Les libéraux font le pari que les électeurs canadiens veulent des politiques efficaces pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Les conservateurs croient que ces mêmes électeurs ne veulent pas payer trop cher pour ces politiques.

Les libéraux et les conservateurs s'affrontent sur le climat

OTTAWA — Un jour après que le chef conservateur Andrew Scheer eut accusé les libéraux de préparer une «taxe secrète sur le carburant» pour les familles, les aînés et les agriculteurs, les libéraux ont réagi en alléguant que les conservateurs n'avaient que du salissage à offrir plutôt qu'un véritable plan sur le changement climatique.

Les élections fédérales auront lieu dans plus de trois mois, mais les deux partis ont déjà ouvert les hostilités. Les libéraux font le pari que les électeurs canadiens veulent des politiques efficaces pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Les conservateurs croient que ces mêmes électeurs ne veulent pas payer trop cher pour ces politiques.

Les conservateurs s'en sont pris cette semaine aux normes sur les carburants propres que prévoient présenter les libéraux, qui forceraient le passage à des «combustibles propres» pour réduire les émissions de gaz à effet de serre de 30 millions de tonnes par an.

Au départ, les conservateurs avaient prévu envoyer une lettre des députés Shannon Stubbs et Ed Fast à la ministre de l'Environnement, Catherine McKenna, pour déplorer le manque de détails du plan, notamment quant à son impact sur les prix de l'essence. Mais lundi, le parti a décidé d'adopter un ton plus ferme. À la place, le chef conservateur Andrew Scheer a publié une lettre ouverte au premier ministre Justin Trudeau dans laquelle il a accusé les libéraux de préparer une taxe secrète, s'engageant à se débarrasser de ce plan s'il remporte les élections d'octobre.

Mais les libéraux se sont défendus. En conférence de presse, mardi, les députés Sean Fraser et Mona Fortier ont reproché aux conservateurs de prôner des politiques qui correspondent à une «action contre le climat».

Certains premiers ministres conservateurs des provinces utilisent l'argent des contribuables pour tenter d'invalider la tarification sur le carbone du gouvernement fédéral, malgré deux jugements favorables à Ottawa en Ontario et en Saskatchewan, a déploré M. Fraser.

Impact sur les prix

Les députés libéraux se sont défendus de vouloir imposer «une taxe secrète», arguant qu'il s'agissait de nouvelles normes sur les carburants, et pas d'une nouvelle taxe.

M. Fraser a cependant refusé de dire comment cette norme pourrait avoir un impact sur le prix à la pompe.

En avril, la Chambre de commerce du Canada a déclaré qu'une taxe fédérale sur le carbone et une norme sur les carburants propres équivalaient à une «double ponction», en facturant deux fois les entreprises pour chaque tonne d'émissions. La chambre a estimé que d'ici 2025, la norme de carburant propre ajouterait 1,5 cent par litre d'essence et 3,7 cents par litre de diesel.

Dans une analyse publiée par Environnement Canada en février, le ministère a reconnu que les coûts de la mise en œuvre de la norme se répercuteraient probablement sur les consommateurs, les ménages et les utilisateurs industriels. Mais l'analyse n'a pas précisé le coût exact.

Un projet de règlement ne devrait pas être publié avant 2020; les détails seraient ensuite finalisés en 2021 et la nouvelle norme n'entrerait en vigueur qu'en 2022.