Pour améliorer l’accès aux soins de santé, les infirmières praticiennes devraient pouvoir poser des diagnotics, selon leur ordre professionnel.

Les infirmières praticiennes spécialisées veulent poser des diagnostics

L’Association des infirmières praticiennes spécialisées du Québec (AIPSQ) se réjouit des engagements pris par les différents partis, qui promettent de donner plus d’autonomie à ses membres. Elle souhaite maintenant que ces engagements se concrétisent, notamment par la modification de la Loi médicale, qui empêche actuellement les infirmières praticiennes spécialisées (IPS) de poser des diagnostics.

«C’est cette loi-là au Québec qui fait en sorte que d’autres professionnels de la santé ne peuvent poser de diagnostic. Ailleurs au Canada, les IPS le peuvent», rappelle en entrevue au Soleil la présidente de l’AIPSQ, Christine Laliberté.

Il faut, dit-elle, faire confiance au professionnalisme des IPS du Québec, qui sont les mieux formées au Canada et qui ont tout autant à cœur la sécurité des patients que les médecins.

«On a une pratique sécuritaire. C’est évident que quand l’opinion d’un médecin est requise, ou quand ça devient de la deuxième ou de la troisième ligne, l’IPS n’en posera pas, de diagnostic, elle va référer le patient. Il faut se fier à son jugement, à son évaluation de la situation, elle est formée pour ça. Elle ne ferait jamais quelque chose juste parce qu’elle est autorisée à le faire, mais bien parce qu’elle a les compétences pour le faire», souligne Mme Laliberté.

En attendant la modification de la Loi médicale et le décloisonnement des pratiques en santé, un processus qui peut être long si tant est que le prochain gouvernement décide de s’engager dans cette voie, il faut assouplir «rapidement» les lignes directrices des nouveaux règlements régissant la pratique des IPS, réclame Christine Laliberté.

Car à l’heure actuelle, lorsqu’une infirmière soupçonne qu’un patient souffre de diabète d’hypertension, d’hypercholestérolémie, d’asthme, d’une maladie pulmonaire obstructive chronique ou d’hyperthyroïdie, elle a le droit d’amorcer un traitement, mais il lui est interdit de poser le diagnostic. Le patient doit obligatoirement rencontrer un médecin dans un délai de 30 jours suivant l’amorce du traitement par l’IPS, ce qui a nécessairement un impact sur l’accessibilité, déplore la présidente de l’AIPSQ.

Christine Laliberté insiste : si les IPS veulent être utilisées «à leur plein potentiel», c’est pour améliorer l’accès.

«Ce n’est pas pour prendre la place des médecins ou parce qu’on veut travailler en silo. On va toujours collaborer avec les médecins. Le projet Archimède et la clinique SABSA sont de bons exemples de collaboration maximale. […] Il n’y a pas une IPS qui va s’isoler des médecins», dit Mme Laliberté.

Pendant la campagne électorale, des candidats du Parti québécois, de Québec solidaire et de la Coalition avenir Québec ont fait allusion au «corporatisme» du Collège des médecins, qui expliquerait selon eux sa réticence à déléguer des actes. Le Collège n’a pas voulu commenter ces accusations. «Le Collège des médecins ne commente pas la campagne électorale, nous collaborons avec le gouvernement au pouvoir pour améliorer la protection du public», nous a d’abord répondu le Collège.

L’ordre professionnel a par la suite assuré qu’il reconnaissait l’expertise et l’autonomie professionnelle des IPS. «Afin de répondre aux besoins de santé de la population québécoise, une offre concertée, adaptée et centrée sur la personne est essentielle et nécessite l’instauration d’une pratique de collaboration» qui se concrétise notamment par un partenariat avec un médecin, a réitéré le Collège des médecins.

Au sujet des nouveaux règlements encadrant la pratique des IPS, le Collège rappelle qu’un comité de suivi a été créé pour «examiner de façon générale la qualité de la pratique clinique de l’IPS» et «faire des recommandations».

«Il faut assurer la qualité de l’acte avant de penser à l’élargissement de la pratique des IPS», conclut le Collège.