François Legault suggère d'aller ailleurs que chez Rona.

Les indépendants affiliés à Rona irrités par le gouvernement Legault

MONTRÉAL — En suggérant aux Québécois d'aller magasiner ailleurs que chez Rona, le gouvernement Legault a irrité plusieurs marchands indépendants affiliés au quincaillier, qui s'estiment mêlés contre leur gré à une histoire qui ne les concerne pas.

Pour certains, les sorties du premier ministre François Legault et de son ministre de l'Économie, Pierre Fitzgibbon, à la suite des licenciements survenus chez Lowe's représentent carrément un appel au boycottage qui provoque une onde de choc nuisible à plusieurs entrepreneurs québécois.

«M. Legault n'a pas l'air de comprendre le quotidien des marchands affiliés et il a tout mis dans le même panier», a déploré au cours d'une entrevue téléphonique Isabelle Gauthier, de la troisième génération chez Rock Gauthier & Fils, qui exploite deux quincailleries affiliées à l'enseigne Rona depuis plus de 35 ans, à Les Cèdres et Saint-Polycarpe.

Dans la foulée de la délocalisation de 60 emplois du service de comptabilité chez Lowe's à Boucherville, M. Legault a affirmé qu'il essayait «d'acheter québécois dans des magasins québécois», en nommant au passage des enseignes comme Patrick Morin et Canac.

Quant à lui, M. Fitzgibbon a affirmé qu'il irait «ailleurs» que chez Rona pour effectuer ses emplettes s'il devait effectuer des travaux de rénovation.

Selon Mme Gauthier, les commentaires du premier ministre et de son ministre de l'Économie ont obligé des marchands à passer en mode «gestion de crise» afin de rassurer à la fois leurs employés ainsi que leur clientèle.

Dans une lettre adressée entre autres à MM. Legault et Fitzgibbon, Mme Gauthier et sa famille se disent «outrées de la désinformation» propagée par le premier ministre cette semaine.

«Nous supportons nos entreprises à bout de bras, car la (concurrence) est féroce et vous venez défaire tout le travail en amont, écrit-elle. Vous nous mettez des bâtons dans les roues en cette période où il faut faire preuve de courage pour rester dans un marché très (concurrentiel).»

Maître chez eux

En plus de magasins à grande surface et d'établissements franchisés, le réseau de Rona et Lowe's compte environ 150 détaillants indépendants.

Si ceux-ci peuvent par exemple profiter du réseau du quincaillier pour effectuer leurs achats dans le but de profiter de meilleurs prix, ils conservent la mainmise sur la gestion quotidienne des activités de leurs établissements.

«Il y a beaucoup d'amalgames qui se font en ce moment, a souligné la directrice des ressources humaines et du marketing chez Pont Masson, qui compte sept succursales sous l'enseigne Rona. Ce n'est pas en évitant d'aller chez les marchands Rona que cela va faire mal à Lowe's. Cela va d'abord faire mal à beaucoup de familles québécoises.»

Pont Masson compte quelque 375 employés répartis à travers son réseau présent à Valleyfield, Rigaud, Mirabel, Alfred, Roxboro, Sainte-Clotilde-de-Châteauguay et Casselman, en Ontario

Son président, Éric Bailey, a expliqué que dans chaque marché, l'embauche se fait localement et des fournisseurs locaux sont mis à contribution. Les commentaires du gouvernement Legault viennent compliquer la tâche à ces entrepreneurs.

«On a entendu ce qui a été dit par le gouvernement, mais nous ne sommes pas d'accord. La comptabilité, l'administration, les ressources humaines, ce sont tous de bons emplois chez nous. Cela n'a rien à voir avec ce qui se passe à Boucherville.»

En otage

L'Association québécoise de la quincaillerie et des matériaux de construction (AQMAT), qui regroupe environ 1000 marchands de nombreuses enseignes, dont Rona, de distributeurs et fabricants de quincaillerie et de matériaux de construction, est également préoccupée.

Son président et chef de la direction, Richard Darveau, croit que les marchands indépendants Rona se sentent «pris en otage» dans un débat dans lequel ils n'ont rien à voir.

«C'est dommage parce que l'on fait de la politique sur leur dos, a-t-il dit. Je ne souhaite pas qu'il y ait une perte d'achalandage pour des raisons qui ne les concernent pas. En ce moment, ils ont mauvaise presse, parce que le mot Rona sort, et pas pour les bonnes raisons. Mais cela n'a rien à voir avec les marchands affiliés indépendants.»

Le syndicat des Travailleurs et Travailleuses unis de l'alimentation et du commerce, qui représente quelque 2700 travailleurs dans 28 magasins Rona et Réno-Dépôt, a également fait une sortie, jeudi en fin de journée, pour «encourager la population à continuer de fréquenter les établissements» du détaillant.