«La cause des changements climatiques a besoin d’un leadership fort, surtout des grands joueurs comme les États-Unis, la Chine et l’Inde», explique Yvan Cliche.
«La cause des changements climatiques a besoin d’un leadership fort, surtout des grands joueurs comme les États-Unis, la Chine et l’Inde», explique Yvan Cliche.

Les élections américaines, cruciales pour l’enjeu mondial du climat

Yvan Cliche
Fellow, Centre de recherches et d'études internationales de l'Université de Montréal (CERIUM)
POINT DE VUE / Les prochaines élections américaines seront, on le sait, historiques à bien des égards. Elles le seront certainement pour la suite du combat mené par la communauté internationale pour limiter le réchauffement du climat. 

La boîte de recherche américaine Wood Mackenzie, spécialisée sur l’énergie, indique qu’une réélection de Donald Trump mettra définitivement fin à toute possibilité de décarboner le secteur électrique avant 2050.

C’est bien connu, l’enjeu climatique n’a pas été une priorité pour l’administration Trump. Au contraire, le président américain a, avec bravade, retiré les États-Unis de l’Accord de Paris de 2015, cet engagement des pays signataires visant à limiter le réchauffement de la planète à 1,5 degrés C.

Pis encore, le président américain s’est tourné vers les industries ciblées comme de grands émetteurs de gaz à effet de serre (charbon, pétrole) pour les encourager à maintenir intact leur modèle d’affaires en plus de mettre au rencart plus d’une centaine de réglementations à caractère environnemental.

Malgré ce virage tout trumpien, l’abondance de la production et la compétitivité des prix du gaz aux États-Unis ont contribué à réduire la place du charbon, qui a atteint le plus faible niveau de production depuis plus de 40 ans, entraînant au passage des pertes d’emplois.

En adéquation avec son créneau America First, Trump a surfé sur l’indépendance relative acquise par les États-Unis dans le domaine énergétique. Depuis la révolution du pétrole et du gaz de schiste vers 2006-2007, les États-Unis nagent en effet dans ces hydrocarbures, avec des exportations qui ont surpassé les importations l’an dernier, une première depuis 67 ans.

Cela a permis à Trump de parler — avec le style rhétorique macho qu’on lui connaît —, non pas d’indépendance, mais de domination énergétique (energy dominance), et à utiliser cette arme pour s’engager dans des rapports de force avec des producteurs de pétrole encombrants sur le plan politique, comme l’Iran et le Venezuela.

Il a également frappé de sanctions les entreprises impliquées dans le projet Nord Stream 2, qui doit acheminer du gaz russe vers l’Europe et dont la mise en service est prévue en 2022, pour favoriser l’exportation de gaz naturel liquéfié d’origine américaine.

L’administration Trump a aussi veillé à resserrer les liens avec le régime saoudien, qui reste le pays le plus influent dans le milieu pétrolier en raison de ses réserves massives et de ses coûts de production peu élevés. Ce pays à la réputation sulfureuse a été, rappelons-nous, le premier visité par Trump à la suite de son élection, et non le Canada, comme le veut la coutume, sauf exception.

Malheureusement, avec ces prises de position pro-hydrocarbures, l’enjeu du climat est devenu, au lieu d’une cause nationale et consensuelle, complètement politisé aux États-Unis, avec les dirigeants républicains résolument en dehors de cet enjeu, et les démocrates voulant faire partie de la solution.

Côté démocrate en effet, l’enjeu du climat est abordé de front, avec un plan ambitieux axé sur un secteur électrique décarboné dès 2035, grâce notamment à des centaines de milliards en investissements dans l’énergie solaire et éolienne, le stockage d’énergie, l’efficacité énergétique et l’électrification des transports.

Une politique nécessaire car, malgré la pandémie, cet enjeu doit rester une préoccupation centrale de la communauté internationale, comme nous l’a rappelé le mouvement Grève pour le climat en 2018 et 2019.

D’autant que, malgré tous les efforts engagés par les pays signataires à l’Accord de Paris, les objectifs de cette entente (volontaires, rappelons-le) ne seront pas atteints, loin de là. En matière de pollution de l’air causée par les émissions, peu de progrès ont été réalisés sur ce front depuis 20 ans.

Clairement, donc, la cause des changements climatiques a besoin d’un leadership fort, surtout des grands joueurs comme les États-Unis, la Chine et l’Inde.

L’élection de Joe Biden, qui a promis de faire revenir rapidement son pays dans l’Accord de Paris, est donc cruciale pour que la communauté internationale garde un certain espoir d’apporter des solutions à cet enjeu majeur.