Le professeur agrégé à l’université McGill, Dominic Frigon, oeuvre sur un projet de recherche avec les villes de Granby et Cowansville afin d’analyser la présence du virus de la COVID-19 dans les eaux usées.
Le professeur agrégé à l’université McGill, Dominic Frigon, oeuvre sur un projet de recherche avec les villes de Granby et Cowansville afin d’analyser la présence du virus de la COVID-19 dans les eaux usées.

Les eaux usées de Granby analysées pour suivre l’épidémie de COVID-19

Les eaux usées peuvent se révéler une ressource insoupçonnée. Surtout en période de pandémie. Des échantillons quotidiens d’eaux usées des villes de Granby et de Cowansville seront en effet prélevés et analysés dans le cadre d’un projet de recherche sur la COVID-19.

«Le virus de la COVID peut être détecté dans les eaux usées. Ça peut être une bonne manière de suivre l’épidémie», fait valoir le professeur agrégé au département de génie civil à l’université McGill, à Montréal, Dominic Frigon.

Selon lui, une dizaine de villes québécoises, dont Granby, Cowansville, Montréal, Québec et Victoriaville, participent au projet, réalisé à l’échelle pancanadienne par le Réseau canadien de l’eau (RCE).

Le RCE a mis sur pied La Coalition eaux usées COVID-19, qui a à sa tête un comité aviseur d’une douzaine de scientifiques. Plusieurs chercheurs de différentes institutions, dont l’université McGill, l’université Laval et l’université du Québec à Trois-Rivières, participent aux travaux de recherche.

Une des prémisses, explique Dominic Frigon, est d’utiliser les eaux usées pour détecter potentiellement les éclosions.

Car la littérature scientifique tend à démontrer que la quantité du virus, présent dans les selles, donc aussi dans les eaux usées d’une localité donnée, est plus élevée quelques jours avant que le nombre de cas rapportés soit en hausse. Des recherches en ce sens ont entre autres été réalisées aux Pays-Bas, en France, en Australie et aux États-Unis, dit-il.

Collaboration

Certaines municipalités ont déjà commencé à recueillir des échantillons d’eaux usées depuis la fin mars et les conservent au congélateur. Le travail d’analyse devrait toutefois débuter sous peu, alors que les laboratoires pourront rouvrir. Ces derniers avaient aussi été mis en pause dans le cadre de la crise sanitaire, explique Dominic Frigon.

«On essaie fortement de faire un lien avec la santé publique. Au lieu d’approcher le travail d’un point de vue strictement de recherche et de démonstration, on essaie d’entrer dans cet effort-là, main dans la main, avec les gens de la santé publique pour leur fournir un outil qu’ils pourront utiliser le plus rapidement possible», souligne-t-il.

L’utilisation des eaux usées en recherche n’est pas nouvelle. C’est d’ailleurs parce qu’une étudiante de Dominic Frigon travaillait déjà sur un projet d’analyses bactériennes avec les eaux usées de Cowansville que le lien a été facile à faire pour ce nouveau mandat.

La proximité de Granby a aussi incité l’équipe de chercheurs à solliciter la collaboration des autorités municipales pour ce projet. La cueillette des échantillons s’en trouve aussi facilitée, souligne le professeur de l’université McGill qui, incidemment, a aussi des membres de sa famille à Cowansville.

«C’est rare qu’on dit non à ce genre de choses là. On a la réputation d’être collaboratifs», affirme le maire de Granby, Pascal Bonin.

Les eaux usées de la Ville de Granby ont par ailleurs été utilisées au cours des dernières années par l’université McGill dans le cadre d’une étude internationale. Celle-ci visait à mesurer la concentration de différentes drogues dans les eaux usées de 120 villes dans 37 pays. Les résultats de l’étude ont été publiés l’automne dernier dans la revue Addiction.