Quelque 75 chauffeurs ont manifesté jeudi matin au début des négociations avec le gouvernement du Québec pour compenser la perte de valeur de leur permis de taxi.

Les chauffeurs craignent la fin de l’octroi des permis de taxi

Des chauffeurs de taxi ont manifesté jeudi à Québec au moment où les représentants de l’industrie et le gouvernement amorcent des négociations pour compenser la perte de valeur des permis depuis l’arrivée d’Uber.

Ils étaient quelque 75 chauffeurs devant le ministère des Finances, voisin du Château Frontenac. Parmi eux, Robert Asselin, qui a voulu faire du taxi un projet de retraite. «J’ai acheté mon permis il y a trois ans. Le gouvernement m’obligeait à acheter un permis et suivre un cours pour devenir chauffeur. J’ai payé mon permis 180 000 $», raconte-t-il.

Un an plus tard, Uber arrivait dans le décor. L’entreprise technologique qui met en contact des utilisateurs et des chauffeurs via une application mobile opère sans permis et les chauffeurs qu’elle emploie n’ont aucune formation.

Aujourd’hui, M. Asselin a toujours son taxi, mais n’en fait plus ou pratiquement plus. Malgré tout, il n’a aucun intérêt à vendre son permis. «Ma situation financière est correcte, mais si je vends mon permis, ça vaut combien? Peut-être 100 000 $, je ne sais pas. Quelqu’un qui est obligé de vendre actuellement est perdant sur toute la ligne», précise-t-il.

C’est justement cette perte de valeur que s’est engagé à négocier le nouveau ministre des Transports, André Fortin, en décembre. En décembre, il annonçait la création d’un groupe de travail. Un des principaux écueils est assurément de s’entendre sur le mode de calcul pour estimer la perte. Mais plus encore, certains craignent que le gouvernement veuille déréglementer l’industrie, ce qui signifierait l’abandon du système de permis.

«Ce qu’on a entendu ce matin n’a rien pour nous rassurer», lance au bout du fil Abdallah Homsy, président du regroupement des intermédiaires de taxi de Québec (RITQ), présent à la table des négociations. 

«On a l’impression que partout dans le monde Uber s’adapte aux lois du pays, mais qu’ici c’est le Québec qui s’adapte à Uber», déplore-t-il. Non seulement les représentants de l’industrie désirent une compensation pour les pertes encourues depuis l’arrivée d’Uber, mais ils veulent assurer la rentabilité au quotidien pour leurs membres.

Dans la seule région de Québec, M. Homsy estime une compensation minimale de 75 000 $ pour chacun des 627 véhicules avec permis. Les négociations porteront aussi sur le mode de versement de la compensation.

Me Marc-Antoine Cloutier, représentant de chauffeurs de la région de Montréal, a la triste conviction que Québec ira «contre vents et marées» pour permettre à Uber de rester dans le paysage du taxi bien que le ministère des Transports s’était engagé à un projet-pilote de deux ans avant de prendre une décision. Dans ce contexte, il rappelle que le gouvernement doit compenser puisque c’est lui qui a créé le système d’émission de permis pour l’industrie. À ses yeux, il est le seul responsable de cette perte de valeur en permettant à Uber d’opérer au Québec.

Le comité de travail doit accoucher d’une proposition d’ici la mi-février avant la présentation du prochain budget provincial.