La commission devait terminer ses travaux à la fin de cette année, mais la commissaire en chef, Marion Buller, prévient depuis un certain temps que cet échéancier sera trop serré.

L’enquête sur les femmes autochtones demande une prolongation de deux ans

La Commission chargée de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées a officiellement demandé au gouvernement fédéral une prolongation de deux ans de son mandat.

La commission devait terminer ses travaux à la fin de cette année mais la commissaire en chef, Marion Buller, prévient depuis un certain temps que cet échéancier sera trop serré.

Pour ce faire, elle a demandé un budget de 50 millions $ supplémentaires pour ces deux ans, a confirmé la commissaire Michèle Audette. Le gouvernement fédéral a déjà investi 53,83 millions $ pour les deux premières années.

La commissaire Buller a expliqué mardi que compte tenu de la participation massive des familles, des survivantes et de membres des communautés autochtones, une prolongation de deux ans est nécessaire pour remplir adéquatement le mandat confié à la commission.

Ce temps supplémentaire permettra d’aller plus loin sur certains sujets et de rejoindre davantage de communautés, a souligné Mme Audette.

En entrevue téléphonique avec La Presse canadienne, elle a reconnu que la commission demandait un montant substantiel, mais selon elle, il s’agit d’un investissement.

«Oui, ça peut paraître beaucoup, mais mobiliser un pays avec autant d’enjeux, c’est de l’argent qui est investi, non seulement pour les femmes autochtones, mais pour les Canadiens et Canadiennes aussi», a-t-elle déclaré.

Mme Audette a souligné que la commission était partie «d’un bout de papier de cinq pages» pour arriver à une «vaste consultation d’un sujet très complexe et diversifié».

La commissaire a insisté sur le fait qu’il restait encore beaucoup de travail à faire pour respecter le mandat que lui a fixé le gouvernement.

«Ça prend du temps, ça prend des experts, ça prend le temps qu’il faut pour amener cette nouvelle recherche-là», a-t-elle indiqué, soulignant que la commission se penchait sur une multitude de sujets, dont la relation entre les Autochtones et le système judiciaire - un dossier qui a fait beaucoup jaser récemment à travers le pays avec le cas de Colten Boushie.

Interrogée quant à savoir si cette demande de prolongation était inévitable en raison de l’ampleur du mandat, Mme Audette a avoué que ses collègues et elle savaient depuis longtemps qu’ils avaient devant eux un travail titanesque, mais ils ont voulu se «donner une chance» avant de demander officiellement plus de temps.

«D’entrée de jeu, c’était clair pour moi et mes collègues qui me soutenaient dans ce beau projet de société que c’était très, très exigeant pour un délai très serré», a-t-elle déclaré.

La ministre examine la demande

La ministre des Relations Couronne-Autochtones et des Affaires du Nord, Carolyn Bennett, a pris bonne note de la requête. Elle en discutera «au cours des prochaines semaines» avec les familles, ses partenaires autochtones, ses homologues des provinces et des territoires et ses collègues du cabinet.

Mme Bennett rappelle que les familles de ces femmes et filles ont besoin d’obtenir des réponses à leurs questions sur les échecs systémiques et institutionnels «qui mènent à l’assassinat de si nombreuses femmes autochtones» au Canada. Le gouvernement, a-t-elle dit, est résolu à leur présenter les recommandations concrètes qu’elles attendent et à mettre fin à cette tragédie.

Le gouvernement libéral de Justin Trudeau avait mis sur pied cette commission d’enquête tout de suite après son élection, à la fin de 2015. Si Ottawa accepte la prolongation de deux ans, le mandat de la commission Buller durerait jusqu’à la fin de 2020. La commission a entendu jusqu’ici plus de 760 témoins au cours de près de 250 audiences tenues dans différentes régions du pays.

Les travaux de la commission ont toutefois connu de nombreux déboires - démissions de commissaires et de membres du personnel, plaintes des Autochtones sur le déroulement quasi judiciaire des audiences, problèmes de communication avec les intervenants.

«Il y a eu des épreuves sur notre chemin, mais nous avons pu faire des progrès importants pour faire la lumière sur l’enjeu des femmes et filles autochtones disparues ou assassinées», a plaidé Marion Buller lors d’une conférence téléphonique.

«Nous croyons que la majorité des Canadiens appuie le prolongement de notre travail», a-t-elle ajouté.