Au moment de l’intervention chez Guy Turcotte en février 2009, Patrick Bigras travaillait pour la Régie de police de Rivière-du-Nord, qui couvrait notamment le territoire de Piedmont. Ce corps de police a été aboli et ses troupes ont été absorbées par la Sûreté du Québec (SQ) à la fin de 2009.

Le policier qui a arrêté Guy Turcotte s’est donné la mort

MONTRÉAL — Le premier policier qui est entré dans la maison où Guy Turcotte a tué ses deux enfants est mort dans les derniers jours. Il aurait mis fin à ses jours.

Patrick Bigras, 45 ans, a subi un stress post-traumatique après avoir passé les menottes au meurtrier à proximité des corps de ses deux petites victimes, en février 2009.

Si une enquête du coroner permettra d’éclaircir les circonstances exactes de sa mort (le coroner se penche sur tous les cas de suicide allégués au Québec), personne ne remet en question le fait que cette intervention avait brutalement affecté la vie du policier.

«C’est bien certain que l’événement n’est pas responsable à lui seul du suicide. Souvent, il y a une spirale d’événements qui surviennent par la suite en raison de la détresse de la personne», a indiqué Pierre Veilleux, de l’Association des policières et policiers du Québec (APPQ) en entrevue téléphonique. Mais ses difficultés partent de cet événement, croit M. Veilleux. 

Depuis que la mort de M. Bigras s’est ébruitée, les milieux policiers sont en deuil. Plusieurs agents de la paix ont modifié leur photo de profil sur les réseaux sociaux en signe de tristesse.

«Le décès du policier Patrick Bigras est une tragédie, a écrit la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, sur Twitter. Mes pensées accompagnent ses proches. Les policiers et intervenants d’urgence sont des êtres humains qui vivent des situations éprouvantes. Il est primordial de rappeler l’aide disponible.»

Expérience traumatisante

Pendant le premier procès de Turcotte, en 2011, Patrick Bigras avait témoigné n’avoir jamais rien vécu d’aussi traumatisant que cette intervention. Il avait dû arrêter le travail pendant une dizaine de semaines. M. Bigras avait alors 12 ans d’expérience dans la police et était intervenu lors d’une vingtaine de suicides.

M. Bigras et un confrère avaient été appelés à la maison de Guy Turcotte à Piedmont, dans les Laurentides, par les parents de l’homme, le matin du 21 février 2009. Ils étaient sans nouvelles de leur fils depuis plusieurs jours. La maison était verrouillée, et aucun mouvement n’y était visible. Le policier y est entré par une fenêtre et a découvert les deux petites dépouilles. Guy Turcotte se trouvait à moitié nu sous un lit.

«Tu es un imbécile», a lancé le policier Bigras au meurtrier, a-t-il relaté devant la justice, des années plus tard. «Je le sais», lui aurait répondu Turcotte.

Isabelle Gaston réagit

La mère d’Olivier et d’Anne-Sophie, les deux enfants tués par Turcotte, s’est dite choquée par la mort de Patrick Bigras, hier.

«Il a été le premier à voir l’horreur sans avoir été préparé pour “ça”. On a beau être formé et entraîné à affronter la souffrance et les drames, nulle préparation, aussi solide qu’elle soit, ne nous a immunisés à faire face à ce qu’il a vu», a-t-elle écrit sur sa page Facebook, hier après-midi.

Isabelle Gaston a blâmé son ex-conjoint pour ce nouveau décès. «La mort de l’agent Bigras démontre tristement qu’une autre victime collatérale perd la vie par les gestes insensés de Guy Turcotte. Puis maintenant une autre famille qui aura de la peine, de la rage et de l’incompréhension», a-t-elle écrit.

Au moment de l’intervention, Patrick Bigras travaillait pour la Régie de police de Rivière-du-Nord, qui couvrait notamment le territoire de Piedmont. Ce corps de police a été aboli et ses troupes — dont faisait partie M. Bigras — ont été absorbées par la Sûreté du Québec (SQ) à la fin de 2009.

Cellule de crise

Pierre Veilleux, de l’APPQ, a garanti que les collègues éplorés de Patrick Bigras recevront du soutien. «On met en place une cellule de crise pour faire entrer les professionnels, les psychologues, a-t-il dit. Il y a des rencontres de groupe, notamment.» Le leader syndical a indiqué que le stress post-traumatique était de plus en plus pris au sérieux par les employeurs du domaine policier.

L’an dernier, une ambulancière qui est intervenue sur les lieux de l’attentat de la Grande Mosquée de Québec s’est donné la mort. Andréanne Leblanc avait revêtu son uniforme de travail au moment fatidique, même si elle était en arrêt de travail. Les ambulanciers «sauvent des vies, mais ce sont aussi des personnes humaines. Ils auraient peut-être besoin de plus de suivi après des événements comme ça», avait affirmé sa mère en entrevue avec La Presse.

En 2013, un pompier volontaire de Lac-Mégantic avait mis fin à ses jours quelques mois après la tragédie ferroviaire. Il avait tiré des décombres la dépouille de son ex-conjointe.