Une épaisse colonne de fumée était visible, en matinée, mercredi.

Le mauvais sort s'acharne sur l'ABI [VIDÉO]

Alors que toute la région retenait son souffle en prévision du dépôt de l’hypothèse de règlement du ministre Jean Boulet, le mauvais sort semblait s’acharner sur l’Aluminerie de Bécancour (ABI) qui est en lock-out depuis 15 mois. Un incendie a éclaté, mercredi matin, dans la fonderie, ne faisant heureusement aucun blessé. Les travailleurs sur la ligne de piquetage ont entendu deux importantes explosions avant de voir une boule de feu surgir du toit.

«Ça a commencé assez sec. Il y a eu deux grosses explosions suivies d’une ou deux plus petites. (...) Il y a eu une grosse flamme qui est montée assez haut», raconte Jean-Pierre Lehoux, un travailleur. «Vers 9 h 15, il y a eu deux déflagrations au niveau de la fonderie au froid. Par mes contacts, j’ai eu l’information que c’était au niveau du traitement des copeaux. Ce matin, des sous-traitants sont entrés et ils avaient un travail à faire sur le traitement des copeaux avec des soudeurs. L’huile et le feu, c’est ce qui a possiblement causé une explosion», estime Paxton Brière, un autre travailleur. 

Évidemment, le brasier a entraîné tout un branle-bas de combat. Les pompiers de l’usine sont intervenus tout comme les pompiers de Bécancour. Les camions d’incendie de trois casernes se sont rendus sur place. Les pompiers étaient toujours sur place en fin de journée. Il n’a pas été possible de connaître, mercredi, l’ampleur des dommages. Il semble que la zone touchée serait limitée. Selon les informations qui circulaient sur la ligne de piquetage, les dommages n’étaient pas assez importants pour nuire de façon importante aux opérations actuelles de l’aluminerie ou à une éventuelle relance de l’ensemble de la production. L’incendie est d’origine accidentelle. Un compacteur aurait pris feu avant d’exploser.

À la suite des déflagrations, une épaisse fumée s’est échappée de l’usine et était visible à plusieurs kilomètres à la ronde. Cet incendie a fait craindre le pire. «Après 15 mois de lock-out, quand on voit ça en direct, oui, c’est inquiétant. On a entendu deux déflagrations alors c’est certain que ça nous a inquiétés», raconte M. Brière. Heureusement, les informations qui provenaient de l’usine les ont rapidement rassurés. «L’important, c’est qu’il n’y a pas de blessé, et le reste, ça va être des réparations», mentionne M. Brière. «Si ça avait été des unités de coulée qui avaient explosé, ça aurait été autre chose. (...) C’est sûr qu’il va y avoir des réparations à faire, des ajustements à faire, mais au moins, il n’y a pas eu de blessé à l’intérieur», note M. Lehoux.

Le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois, fait partie de ceux qui étaient particulièrement préoccupés. Il s’est d’ailleurs rendu sur les lieux. «Ce n’est pas ça que j’aurais souhaité la journée même où on avait une petite lueur d’espoir avec le dépôt de l’hypothèse de règlement du ministre Boulet. Je ne sais pas si on est marqué, mais je me pose beaucoup de questions sur la suite de tout ça. Aussitôt qu’on a une bonne nouvelle, on en a une mauvaise», déplore-t-il, ajoutant que la fatalité semble s’acharner. «J’ai hâte que ça finisse», a-t-il lancé.

Le brasier a entraîné tout un branle-bas de combat. Les pompiers de l’usine sont intervenus tout comme les pompiers de Bécancour.
Paxton Brière, comme les autres travailleurs de l’ABI, était soulagé que personne ne soit blessé.

Le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, a suivi la situation de près. «La sécurité civile m’a confirmé qu’il n’y avait pas d’enjeux particuliers, et ce qui est le plus fondamental, c’est qu’il n’y a aucune personne qui n’a été blessée. Donc, on a décidé, avec l’accord de la compagnie, de poursuivre dans la même direction, c’est-à-dire de présenter une hypothèse de règlement (...)», a-t-il déclaré, en point de presse.

La direction d’Alcoa a réagi par la voix de sa porte-parole, Anne-Catherine Couture. «Aujourd’hui, nous nous concentrons sur l’examen des causes de l’incendie à ABI et sur le soutien nécessaire à nos équipes sur place. Heureusement, tous les employés sont en sécurité.»

Des travailleurs s’interrogeaient sur les mesures de sécurité dans l’usine alors que lock-out se prolonge. «C’est un peu normal qu’il arrive des choses de même. Normalement, dans l’usine, les opérateurs sont quand même expérimentés. C’est facile pour nous de prévenir le risque. Des fois, le superviseur le sait, mais ce n’est pas vraiment lui qui connaît les opérations, qui connaît les machineries, qui connaît les équipements», note M. Lehoux. «Ça fait des années qu’on est formé. On est expérimenté. On ne sait pas s’ils étaient conscients des dangers», se questionne Alain Cyr, un travailleur.

Est-ce que cet accident aurait pu être évité? Une question à laquelle répondra sûrement la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST). En effet, deux inspecteurs sont allés examiner les lieux où s’est produit l’incendie pour s’assurer notamment que le site est sécuritaire. «Ils se sont rendus sur place afin de recueillir des informations entourant les circonstances de l’explosion», précise Audréane Lafrenière, porte-parole régionale de la CNESST.