«C’était rendu toxique, explique le maire Pascal Bonin. Ma carapace est ben épaisse, mais alentour de moi...»

Le maire Pascal Bonin ferme ses pages Facebook

« J’ai atteint le point de saturation. Le négatif était rendu plus grand que le positif. »

Après cinq ans à se confier, à partager des nouvelles de la Ville, mais aussi à subir des commentaires hargneux et calomnieux, le maire de Granby Pascal Bonin a annoncé vendredi qu’il fermait ses pages Facebook officielle et personnelle.

Une décision mûrement réfléchie, dit-il, puisque les nombreuses remarques blessantes sapaient son moral et nuisaient à sa vie de famille.

« C’était rendu toxique, explique le père de trois enfants. Ma carapace est ben épaisse, mais alentour de moi... Je suis père avant d’être maire et ma famille en avait assez. »

Fini, écrit-il, de répondre à des internautes à 23 h les dents serrées ou d’avoir l’air bête avec ses proches « parce qu’un troll [NB : une personne qui provoque ou insulte sur internet] se défoule et se paye la traite sur moi ».

« Les politiciens, on est des gens normaux et je ne suis pas payé pour manger leur marde ou pour être le déversoir de leurs frustrations », ajoute M. Bonin, maire depuis plus de 4 ans.

Quand il échange avec quelqu’un en personne ou aux assemblées municipales, il y a « un certain respect, un certain décorum » que certains perdent derrière un clavier, dit l’homme de 45 ans.

« C’est très rare que les gens m’abordent au micro en me traitant de gros tata. Personne ne dit ça entre quatre yeux. »

Outil
Les quelque 10 heures par semaine qu’il passait à gérer son compte et à répondre aux questions via le populaire réseau social seront désormais consacrées à sa famille. Les citoyens pourront toujours lui écrire directement par courriel.

« C’est triste parce que c’était une page très appréciée, dit M. Bonin. C’était un outil de travail et c’est pas tous les gens qui étaient incorrects avec moi. » Le maire de Granby ne souhaitait pas confier la gestion de sa page Facebook à une agence ou à un employé. « Tous les maires de grandes villes ont des gens pour s’occuper de ça, mais je ne voulais pas que la Ville paie pour ça. »

Il dit ne pas regretter cette expérience, mais espère que les gens réalisent que « ce qu’ils écrivent, ça a une influence et ça peut blesser, surtout si c’est des faussetés ».

« Moi, j’ai le goût d’être heureux dans la vie, affirme Pascal Bonin. Je suis justement venu à la mairie parce que j’aimais les gens. » Il ne s’inquiète pas pour les trolls, qui de toute façon iront ailleurs pour « exprimer leur liberté d’expression ».