Actuellement, il y a un processus international pour éradiquer la polio, comme cela s’est fait avec la variole dans les années 1980, et ces éradications se font avec la vaccination.

Le Dr Yves Robert à la défense de la vaccination

Il y a 40 ans, alors qu’il faisait son internat en médecine, le Dr Yves Robert a eu à traiter un cas qui l’a profondément marqué : celui d’un adolescent d’une quinzaine d’années présentant une panencéphalite sclérosante subaiguë (PSS), apparue quelques années après que le jeune patient eut contracté la rougeole. L’enfant était devenu «légume, littéralement», se souvient le secrétaire général du Collège des médecins du Québec, qui vient de publier un éditorial dans lequel il rappelle l’importance de la vaccination.

Avant d’arriver au Collège des médecins, en 2003, le Dr Yves Robert, médecin de famille de formation, a passé plus de la moitié de sa carrière dans le domaine de la santé publique, se spécialisant plus particulièrement en infectiologie et en immunisation. Pour celui qui a contribué à structurer le programme d’immunisation du Québec, la tentation était grande de commenter le retour de la rougeole en Amérique du Nord et le «débat périodique» autour de la vaccination.

Les cas de PSS comme celui qu’il a vu il y a 40 sont rares, très rares même. «Certains collègues de mon âge en ont déjà vu, mais ça reste très rare», souligne-t-il en entrevue au Soleil. Il n’empêche : si son jeune patient avait eu accès au vaccin, «il n’aurait jamais été dans cette condition-là».

«Aujourd’hui, on peut prévenir ce genre de cas-là simplement par la vaccination. Ce sont des cas très rares, on en parle peu, mais ça existe, et c’est très grave. Et plus le nombre de cas de rougeole augmente, plus la probabilité de trouver des cas de PSS augmente. On a donc intérêt à faire en sorte que le virus sauvage ne soit plus là, qu’il ne se propage plus», plaide le Dr Robert, précisant que «le virus vaccinal n’a pas cette propriété-là».

Cette propriété dont parle le médecin, c’est celle qu’a le virus sauvage de la rougeole de rester muet dans certains tissus humains, notamment le cerveau, après la maladie initiale, et de se réveiller quelques années plus tard «pour agir comme un slow virus», comme on le voit avec le virus de la varicelle, qui peut plus tard se transformer en zona. 

«Il y a une famille de virus qui sont des virus à évolution lente, dont celui qui cause ce qu’on appelle la maladie de la vache folle, qu’on a connue au début des années 90. Ces virus-là évoluent sur plusieurs années et peuvent causer, après plusieurs années, une dégénérescence du tissu dans lequel il est resté muet», explique le Dr Yves Robert. 

La dernière grande épidémie de rougeole au Québec remonte à 1989, alors que plus de 10 000 cas avaient été enregistrés. Depuis que les enfants reçoivent deux doses du vaccin contre la maladie, la première vers un an et la deuxième à l’âge de 18 mois, on n’a plus d’épidémie de rougeole, note le Dr Robert. 

«Ce n’est pas vrai qu’on peut choisir le moment de la vaccination, avoir un calendrier à options, comme l’a dit la femme de Carey Price [Angela Price a affirmé sur Instagram en mars qu’elle faisait vacciner ses deux filles en suivant le calendrier alternatif suggéré par le pédiatre controversé Bob Sears, qui propose un programme de vaccins plus étendu dans le temps afin de diminuer le nombre de doses par visite. Sa publication a depuis été retirée.] Il faut vacciner avant le moment où la maladie est le plus susceptible de se manifester, et le plut tôt possible pour que le vaccin ait l’effet de protection désirée. Quand il naît, l’enfant a acquis passivement une protection contre certaines maladies, dont la rougeole. Donc si on voulait le vacciner avant l’âge de six mois, ce ne serait pas une bonne idée puisque le vaccin ne prendrait pas à cause des anticorps passifs transmis par la mère. Voilà pourquoi on retarde un peu le moment», explique le Dr Robert.

Éradiquer la polio

Le médecin rappelle que tant pour la rougeole que pour la poliomyélite, on est «proche d’une éradication», mais on ne l’est toujours pas, d’où l’importance de ne pas «baisser la garde» en termes de vaccination. 

«On est actuellement dans un processus international pour éradiquer la polio, comme on l’a fait avec la variole, qui a été déclarée éradiquée dans les années 1980. On n’a plus de cas au Québec et au Canada, mais il y a encore des régions à risque, notamment en Asie et en Afrique. C’est une maladie qui pourrait revenir parce qu’elle est transmise par un entérovirus présent dans l’environnement qu’on ingère à partir d’un cas de polio qui l’excrète dans ses selles», explique le Dr Yves Robert.

Le Dr Robert insiste : ce n’est pas parce qu’on ne voit plus la maladie qu’il n’y a plus d’indication de vacciner. «Si on ne la voit plus, c’est parce qu’on vaccine. Il ne faut pas baisser la garde tant qu’on n’aura pas le OK des autorités sanitaires internationales qui dit : le risque que ça réapparaisse est maintenant nul. On n’est pas rendu là, ni pour la rougeole ni pour la polio.»

Né en 1954, le Dr Robert se souvient de la dernière grande épidémie de polio, à la fin des années 1950. «Mes parents craignaient beaucoup ça. À l’époque, il n’y avait pas d’intubation pour faire de l’assistance respiratoire. On avait ce qu’on appelait des poumons d’acier, soit de grands tubes métalliques dans lesquels on entrait le patient pour l’aider à respirer, en créant une pression négative. [...] C’était majeur comme épidémie, et ça a frappé l’imagination de nos parents. Quand le vaccin est arrivé, au début des années 1960, ça faisait la file!» raconte le médecin, rappelant que la polio cause une paralysie irréversible. 

Autre maladie grave qu’on peut éviter grâce à la vaccination : la méningite à méningocoque de type C, qui avait causé «une grosse panique» au début des années 1990. «Il y avait des enfants qui mourraient, d’autres qui devaient être amputés à cause de la maladie», se souvient le Dr Robert, qui avait participé à l’époque à la décision de vacciner l’ensemble des jeunes de moins de 16 ans contre le méningocoque C. «J’ai encore en tête le cas d’une enfant qui avait subi une amputation des deux jambes, de trois doigts et une plastie du visage. Elle avait trois ans...» Tant le méningocoque C que le méningocoque B ont depuis été introduits dans le calendrier de vaccination, précise le Dr Robert. 

Méconnaissance scientifique

Le secrétaire général du Collège des médecins se désole de la «méconnaissance» autour de la vaccination et de l’ampleur que prend le mouvement anti-vaccin. Il salue au passage la décision de la ministre de la Santé, Danielle McCann, de ne pas emboîter le pas de la France en rendant la vaccination obligatoire. 

«Si le mouvement antivaccin est très fort en France, c’est parce qu’il y a des lois qui obligent la vaccination. C’est la dernière chose qu’il faut faire parce que ça cristallise l’opposition, ce qui a pour effet de réduire la vaccination. C’est l’erreur majeure que les Français ont faite, et les Américains s’apprêtent à faire la même erreur», déplore le Dr Robert, qui se dit «de ceux qui croient qu’un humain intelligent normal va comprendre l’importance de la vaccination si on lui explique bien les choses». 

Selon le Dr Robert, les réseaux sociaux amplifient le mouvement antivaccin, qu’il attribue en partie à l’absence de culture scientifique. «La science actuellement n’est pas valorisée. Ce qui est valorisé, c’est les croyances. Et les médias ont une part de responsabilité. Dans les années 1990, ils publicisaient des croyances, ils cherchaient la controverse, à débattre de la vaccination sur la place publique. Personnellement, je me suis toujours refusé à débattre sur le sujet. Parce que pour moi, ce n’est pas une question de débat, mais de science. Si je débattais avec un antivaccinaliste, j’avais quelque chose à perdre. L’antivaccinaliste n’a rien à perdre.[…] C’est comme le débat sur la terre est ronde ou la terre est plate. On peut débattre si vous voulez, mais il n’y a aucune pertinence à débattre de ça. Parce que c’est un fait scientifique», tranche le Dr Robert.

Pour illustrer la responsabilité des médias dans la propagation du discours antivaccinal et autres théories «complotistes», le médecin cite l’exemple de la parution du livre La mafia médicale, qui avait valu à son auteure, la Dre Guylaine Lanctôt, sa radiation de son ordre professionnel en 1997. Le Dr Robert avait agi comme témoin devant le comité de discipline. Parmi les déclarations les plus controversées de Guylaine Lanctôt : celle voulant qu’en raison de la vaccination, des enfants naîtront avec des queues de souris et du poil de lapin.

«Il y avait des journalistes qui faisaient la promotion de son livre. Je leur demandais : l’avez-vous lu? Aucun ne l’avez lu! Quand je leur disais ce qu’il y avait dedans, ils n’en revenaient pas. Les médias ont publicisé le livre sans l’avoir lu! C’est frustrant!» laisse tomber le Dr Robert, qui se réjouit de voir maintenant des journalistes et des chroniqueurs prendre davantage le parti de la science que de celui de la controverse.

Le secrétaire général du Collège des médecins, Dr Yves Robert, croit qu’il se fait beaucoup de désinformation, au détriment de la science, sur les réseaux sociaux et dans les médias.

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ROUGEOLE: CRAINTE D'UNE CONTAGION

MONTRÉAL — Les autorités de santé publique de Montréal lancent un appel dans l’espoir de juguler une possible éclosion de rougeole dans la métropole. Des centaines de personnes auraient potentiellement pu être exposées à la maladie entre samedi et mardi dernier. On a dénombré, depuis le début de l’année, sept cas de rougeole à Montréal, mais les cinq premiers étaient des cas d’exposition à la maladie à l’extérieur du pays. Cette fois, deux cas secondaires ont été identifiés, c’est-à-dire deux cas de personnes qui l’ont contractée après avoir été en contact avec une personne infectée arrivant de l’extérieur.

L’un de ces cas est un membre de la famille d’un enfant infecté à l’extérieur du pays et la situation a pu être contrôlée rapidement en isolant toute la famille le temps requis. Le deuxième cas est plus étonnant : il s’agit d’un membre du personnel soignant qui a traité l’enfant. Cette personne a été vaccinée contre la rougeole, mais elle représente un des très rares cas où le vaccin n’a pas fourni l’immunité escomptée. Cette personne a fréquenté, samedi, dimanche et mardi, six endroits, dont une école, un restaurant, un hôtel et une garderie, d’où un potentiel d’exposition de quelques centaines de personnes. La Presse canadienne