Outre les marchandises, la barricade de Kahnawake prive depuis 16 jours les usagers du service de train de banlieue entre Candiac et Montréal qui doivent se rabattre sur des navettes par autobus.
Outre les marchandises, la barricade de Kahnawake prive depuis 16 jours les usagers du service de train de banlieue entre Candiac et Montréal qui doivent se rabattre sur des navettes par autobus.

Le CP obtient à son tour une injonction pour lever la barricade à Kahnawake

Le Canadien Pacifique (CP), qui avait jusqu’ici résisté à demander une injonction pour forcer la levée de la barricade sur sa voie ferrée à Kahnawake, a changé son fusil d’épaule mardi et obtenu une telle injonction en avant-midi en Cour supérieure, à Montréal.

L’injonction est accordée alors que la patience du gouvernement du Québec semble avoir atteint sa limite : «Les barrières doivent être levées maintenant», a déclaré mardi matin le premier ministre François Legault, alors qu’il participait à une annonce.

Invoquant les difficultés croissantes d’approvisionnement pour certains produits, les pertes d’emplois et des pertes de «plus 100 millions $ par jour actuellement, juste pour l’économie du Québec», le premier ministre a affirmé que c’est à la Sûreté du Québec (SQ) d’assumer la tâche du démantèlement des barricades, mais il a reconnu que la question de juridiction est fort délicate, puisque la barricade se trouve sur le territoire mohawk et qu’il y a certains membres de la communauté «qui sont armés».

«Agir si possible avec les Peacekeepers»

«Il faut être prudents parce qu’actuellement, les policiers à Kahnawake ce sont les Peacekeepers. On parle avec (le grand chef) Joe Norton de qui relèvent les Peacekeepers. La Sûreté du Québec est très consciente de ça aussi», a noté M. Legault, disant faire confiance à la SQ pour «essayer d’agir si possible avec les Peacekeepers».

Le Conseil mohawk de Kahnawake a dit évaluer ses options, y compris la contestation de l’injonction obtenue par le CP, soutenant que la compagnie avait évité jusqu’à ce moment «cette tactique de confrontation».

«Avant tout, nous devons signifier clairement aux nôtres que cette injonction ne sera pas mise en vigueur sur ce territoire», a affirmé par communiqué le grand chef Joe Norton.

«Il est vraiment malheureux que le CP suive cette voie d’action irréfléchie, qui ne fera qu’ajouter à la situation problématique», a ajouté le grand chef.

Le Conseil mohawk de Kahnawake a dit vouloir réaffirmer que seuls les «Peacekeepers» ont compétence sur le territoire, soulignant que le dirigeant Dwayne Zacharie avait déclaré lundi soir que l’organisation policière n’avait «aucun intérêt à criminaliser les gens pour faire valoir leurs droits».

À Ottawa, le ministre des Services aux Autochtones, Marc Miller, a cherché à placer des balises en rappelant qu’il y a «un protocole d’entente et d’engagement spécifique aux Autochtones» élaboré à la suite des leçons tirées des crises d’Oka et d’Ipperwash. Même si le «pays souffre et nous voulons évidemment la levée des barricades», a poursuivi le ministre, il s’est dit convaincu que «M. Legault vise aussi une solution pacifique. (...) La sécurité de nos citoyens lui est très chère et m’est très chère aussi. Prenons un pas en arrière, pensons à ce que nous faisons, pensons à la situation dans laquelle on se trouve et essayons, forçons-nous, d’en arriver à cette solution qui est pacifique».

Outre les marchandises, la barricade de Kahnawake prive depuis 16 jours les usagers du service de train de banlieue entre Candiac et Montréal qui doivent se rabattre sur des navettes par autobus. Plus tôt mardi, on a pu apprendre que la location de quelque 30 autobus sur une base quotidienne a coûté près de 540 000 $ à exo depuis le début des perturbations du service.

Pendant ce temps, à Kanesatake, la barricade sur la route 344 s’était transformée en point de contrôle mardi matin, les Mohawks laissant passer la plupart des véhicules. Des parents ont toutefois dû aller reconduire leurs enfants à l’école mardi matin, le transport scolaire étant perturbé, du moins partiellement.

Barricade d’un jour en Estrie

Le mouvement d’appui au petit groupe de chefs traditionnels wet’suwet’en qui s’opposent au passage d’un oléoduc sur leurs terres en Colombie-Britannique s’était étendu en Estrie, alors qu’une nouvelle barricade avait été érigée vers 9h mardi matin sur une voie ferrée de Sherbrooke, dans le secteur Lennoxville.

Une vingtaine de manifestants cagoulés s’étaient installés pour bloquer la voie ferrée, forçant un convoi de marchandises à s’immobiliser.

Leur tentative de blocus aura toutefois été de courte durée, les policiers de Sherbrooke procédant à leur arrestation en fin d’après-midi. Les policiers avaient préalablement tenté d’établir un contact avec les manifestants, mais sans succès. Ceux-ci avaient également refusé toute entrevue aux médias.

L’arrestation des manifestants a été réalisée après le dépôt de deux plaintes pour méfait, a indiqué la police de Sherbrooke.

Les personnes arrêtées ont été remises en liberté selon certaines conditions, incluant une promesse de comparaître, et les dossiers seront soumis au Directeur des poursuites criminelles et pénales pour analyse, a précisé la police de Sherbrooke.