Le Canada, qui est encore bien loin de la pleine autonomie alimentaire, devra encore dépendre d’importations pour se nourrir une fois que la pandémie sera terminée.
Le Canada, qui est encore bien loin de la pleine autonomie alimentaire, devra encore dépendre d’importations pour se nourrir une fois que la pandémie sera terminée.

Le Canada loin de la pleine autonomie alimentaire

Louis-Denis Ebacher
Louis-Denis Ebacher
Le Droit
Le Canada n’est pas près d’atteindre la pleine autonomie alimentaire, et dépendra encore d’importations pour se nourrir au lendemain de la pandémie. Dans une entrevue accordée au Droit cette semaine, la ministre fédérale de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire Marie-Claude Bibeau affirme que la nature commerçante du pays ne sera pas révolue au lendemain de cette crise mondiale.

« C’est une remise en question intéressante, répond la ministre. Il y a une grande vertu à augmenter notre autonomie. Il reste à voir jusqu’à quel point le consommateur va y participer. »

Au début du mois, son homologue du Québec André Lamontagne a rappelé que « l’autonomie alimentaire » de la province était d’environ 58 % en 2018.

« Même avant (la COVID-19), dit la ministre fédérale, il y avait déjà un enjeu sur l’agriculture entre le Canada et la Chine. Le commerce international, la capacité de transformation, la valeur ajoutée. “Post-COVID”, cela deviendra encore plus important. »

La ministre fédérale de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire Marie-Claude Bibeau

D’autres exemples touchent le commerce entre le Canada et les États-Unis. « Le porc, le canola et les fruits du Canada traversent la frontière deux ou trois fois la frontière avant d’être ici », rajoute Mme Bibeau.

La crise fait jaillir une certaine fragilité du secteur agroalimentaire au Canada. La ministre Bibeau donne l’exemple la fermeture de petits abattoirs régionaux au profit des grandes entreprises américaines. « Faut-il transformer plus au Canada ?, questionne-t-elle. Il y a une longue route entre la région où se trouve la ferme et l’abattoir. La COVID va accélérer la réflexion sur les décisions politiques, industrielles et des consommateurs. Ces trois secteurs doivent réfléchir à cela. »

Le Canada est un pays commerçant - aussi un exportateur - et tire des avantages du commerce international. « On ne va pas produire moins de canola et plus d’oranges demain ! » lance-t-elle.

Comment se débrouillera le Canada dans 10 ans ? Le pays aura-t-il appris à produire tout ce qu’il mange ? « On ne sera pas rendus à l’autonomie à 100 % », souligne Mme Bibeau. « Il faut voir ce qu’il y a de bon ou de mauvais dans les importations. Ce n’est pas systématiquement mauvais. »

Ottawa prévoit investir jusqu’à 3 milliards $ pour bonifier les salaires des travailleurs essentiels, y compris ceux du secteur agroalimentaire.

Pénurie de main-d’œuvre

Le secteur agricole souffre d’une pénurie de main-d’œuvre. Cette épine dans le pied de l’industrie force bon an mal an les agriculteurs canadiens à embaucher plus de 60 000 travailleurs étrangers dans les champs. Le resserrement des frontières internationales complique la tâche des Mexicains ou des Guatémaltèques qui prennent l’avion chaque printemps vers le nord. La ministre les considère comme étant essentiels dans la chaîne alimentaire des Canadiens.

Ce printemps, les gouvernements ont appelé la population à travailler dans les champs pour supporter le secteur et se procurer un emploi, alors que les mises à pied ont frappé toutes les régions. Ottawa prévoit investir jusqu’à 3 milliards $ pour bonifier les salaires des travailleurs essentiels, y compris ceux du secteur agroalimentaire.

« C’est difficile de trouver des travailleurs québécois sur les terres agricoles, rappelle la ministre. C’est un travail difficile. Certains ont décidé d’y aller. Mais est-ce qu’ils vont être encore là en juillet ou en septembre ? »

Mardi, la ministre a confirmé l’accueil de près de 22 000 travailleurs agricoles au Canada, comparativement à environ 25 500 à la fin d’avril 2019.

« Nous avons annoncé 50 millions de dollars pour aider les agriculteurs et les entreprises agroalimentaires à couvrir les coûts reliés à l’isolement obligatoire des travailleurs étrangers temporaires, conformément à la Loi sur la mise en quarantaine », a déclaré la ministre Bibeau.

Le fédéral a entamé des discussions avec le Mexique, la Jamaïque et le Guatemala, d’où proviennent la vaste majorité des travailleurs étrangers temporaires dans le secteur.

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