Le gouvernement du Québec cherche à éradiquer le message de bienvenue bilingue dans les commerces et services publics de la province.

Le Café Bonjour/Hi ouvrira ses portes à Montréal

Il n’y a pas de doute sur la formule de salutations par laquelle les clients seront accueillis dans le futur Café Bonjour/Hi de Dave Plant, cependant que le gouvernement du Québec cherche à éradiquer ce message de bienvenue bilingue dans les commerces et services publics de la province.

L’entrepreneur de 32 ans a choisi ce nom il y a environ un mois et demi, après qu’un employé de son autre restaurant lui eut suggéré à la blague de baptiser son nouveau café d’après la phrase qui s’est retrouvée au cœur d’épineux débats linguistiques.

«C’est un brin controversé, c’est bilingue — et nous allons être dans un quartier bilingue, donc c’est important — et je me suis dit que c’était quand même drôle», a expliqué M. Plant dans une entrevue téléphonique avec La Presse canadienne.

La formule de salutations hybride a été largement adoptée par les commerces de détail à Mont­réal afin d’accueillir une clientèle diversifiée. Mais cette phrase est également devenue source de controverse pour ceux qui craignent l’érosion progressive du français.

Vendredi, le ministre responsable de la langue française a signalé que le gouvernement cherche un moyen d’interdire le «Bonjour-Hi!» afin de donner suite à deux motions adoptées de manière unanime à l’Assemblée nationale, invitant les commerçants et leurs employés à accueillir leur clientèle en français seulement.

Simon Jolin-Barrette n’a pas précisé comment il compte procéder, se contentant de déclarer en mêlée de presse que «les gens souhaitent être accueillis en français». Bien qu’il n’écarte pas la voie législative, le ministre a dit ne pas être «dans une logique de police de la langue».

«Symbole d’opposition»

Pour M. Plant, il est plutôt amusant de constater que son café, qui n’a toujours pas ouvert ses portes, soit devenu malgré lui un symbole d’opposition à la proposition du gouvernement caquiste.

Mais il se dit prêt à assumer ce pied de nez, lui qui passe déjà une bonne partie de ses journées à discuter d’actualité avec les résidants et les touristes qui fréquentent son restaurant, Bouffe Dave Plant Food.

«J’aime parler de politique, discuter et débattre, donc ça me va, fait-il valoir. Et le personnel du café va être bilingue de toute façon.»

Le ministre Jolin-Barrette s’appuie sur des données de l’Office québécois de la langue française (OQLF), selon lesquelles le recours à des salutations bilingues est en hausse.


« C’est un brin controversé, c’est bilingue — et nous allons être dans un quartier bilingue, donc c’est important — et je me suis dit que c’était quand même drôle »
Dave Plant

L’OQLF rapporte qu’entre 2010 et 2017, l’utilisation du «Bonjour-Hi!» a doublé à Montréal, la formule étant employée dans 8 % des cas. L’accueil en anglais a également augmenté, passant de 12 à 17 % sur la même période. L’accueil en français demeure la norme : il était utilisé dans 75 % des cas en 2017, comparativement à 84 %, sept ans plus tôt.

Dave Plant ne se préoccupe pas outre mesure des démarches que compte entreprendre le gouvernement de François Legault.

D’une part, il juge «troublant» que le gouvernement semble vouloir contrôler comment les gens se saluent et il estime qu’une telle loi serait inconstitutionnelle, inapplicable ou les deux. D’autre part, il relève que la controverse l’aidera à faire connaître son nouveau café, qui devrait ouvrir ses portes en novembre.