Laurence Vincent Lapointe
Laurence Vincent Lapointe

Laurence Vincent Lapointe: la décision est reportée

Louis-Simon Gauthier
Louis-Simon Gauthier
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — La Fédération internationale de canoë (FIC) demande plus de temps pour étudier le dossier de Laurence Vincent Lapointe. Le comité de contrôle antidopage de la FIC a informé l'athlète de Trois-Rivières qu'il ne serait pas en mesure de rendre une décision dans le délai de 30 jours à compter de la date d'audience, qui a eu lieu à Lausanne le 9 décembre dernier.

La reine mondiale du canoë féminin, qui plaide son innocence pour un test positif au ligandrol, a d'ailleurs pris la parole par voie de communiqué pour la première fois depuis ses deux conférences de presse du mois d'août, tenues à Montréal et Trois-Rivières.

«Je suis certainement déçue de ne pas connaître la décision finale du comité, comme je l'espérais. Dans les circonstances et avec l'attente de la décision finale, je suis tout de même contente de pouvoir reprendre l'entraînement sur l'eau», mentionne celle qui partira pour la Floride dans les jours à venir, afin de reprendre son entraînement. Il est important de spécifier que cet entraînement se déroulera en solo, puisque sa suspension provisoire lui interdit de bénéficier des installations de l'équipe nationale et de l'expertise des entraîneurs.

«Les Jeux olympiques de Tokyo commencent dans moins de 200 jours et je n'ai pas une journée à perdre pour m'entraîner au maximum. Mon rêve de remporter une médaille d'or est loin d'être mort! J'y crois encore et retourner à l'entraînement est le premier pas pour mettre toutes les chances de mon côté.»

Selon l'avocat de Vincent Lapointe, Me Adam Klevinas, le comité pourrait rendre sa décision d'ici deux semaines. D'ailleurs, comment faut-il interpréter ce nouveau délai?

«Ce délai additionnel ne doit en aucun cas être considéré comme une indication défavorable sur la décision rendue à Laurence, assure Me Klevinas. Nous restons confiants que, lorsque la FIC rendra sa décision, Laurence sera blanchie et en mesure de mettre cette affaire derrière elle pour enfin poursuivre son objectif ultime: remporter l'or olympique à Tokyo.»

Laurence Vincent Lapointe, 13 fois championne du monde de canoë, a échoué un test antidopage au ligandrol, en juillet à Montréal. Suspendue provisoirement depuis le 13 août par sa fédération internationale, la jeune femme de 27 ans a toujours maintenu qu'elle n'avait pas consommé cette substance illicite de manière intentionnelle.

Les échantillons A et B prélevés le 29 juillet à Montréal contenaient bien du ligandrol mais, selon le clan Vincent Lapointe, «pour des quantités infimes». 

En entrevue à La Presse, Me Klevinas a dit s'attendre à recevoir la faveur du comité de contrôle antidopage de la FIC, formé de trois arbitres et devant lequel Vincent Lapointe a plaidé le mois dernier en Suisse.


Prudence, prévient Christiane Ayotte

Directrice du Laboratoire de contrôle du dopage sportif à l'INRS-Institut Armand-Frappier, la docteure Christiane Ayotte ne s'étonne pas du délai de la FIC. 

«Cela s'explique probablement par le congé des Fêtes. Il ne s'agit pas d'un délai excessif, j'ai déjà vu des causes qui ont pris six mois avant qu'une décision ne soit rendue», explique Dre Ayotte, qui a d'ailleurs confirmé le test positif au ligandrol de Vincent Lapointe, sans savoir à l'époque qu'il s'agissait en fait d'une athlète canadienne.

«Tout le monde spécule, mais il faut se montrer prudent. Un délai ne doit pas être interprété de manière positive, ni de façon négative. La preuve a été présentée aux arbitres, qui regardent l'ensemble de celle-ci avant de rédiger une décision justifiée.»

Selon Dre Ayotte, un test positif au ligandrol (LGD-4033), qui fait partie de la famille des modulateurs sélectifs des récepteurs aux androgènes, pourrait entraîner une suspension de 9 à 15 mois. «C'est trop facile, trouver du ligandrol. On ne parle pas du dark web, il y en a sur Google! Non seulement la situation ne s'améliore pas, elle empire.»

Le temps presse

La coéquipière en C2 de Laurence Vincent Lapointe, l'Ontarienne Katie Vincent, a réussi à qualifier une embarcation canadienne pour l'épreuve olympique du C1 200 mètres, l'une des deux compétitions de canoë féminin à l'horaire à Tokyo l'été prochain.

C'est sur cette distance (le C1 200 m) que Vincent Lapointe règne sur la scène planétaire depuis des années. Pour le Canada, il reste donc à qualifier une embarcation en vue du C2 500 m, une épreuve que Vincent Lapointe et sa coéquipière Vincent ont également l'habitude de dominer.

Ainsi, avant d'être suspendue, Laurence Vincent Lapointe était identifiée comme une potentielle double médaillée d'or aux Jeux olympiques d'été 2020. La suite de sa carrière repose désormais entre les mains du comité de contrôle antidopage de la FIC.