«Nous cesserons de soumissionner sur certains projets, certainement dans le secteur minier», a affirmé le chef de la direction, Neil Bruce.

L’action de SNC plonge après l’annonce qu’elle réduira ses activités dans 15 pays

MONTRÉAL — L’action du Groupe SNC-Lavalin a atteint son plus bas niveau en 10 ans jeudi, après que la société a annoncé son intention de mettre fin à ses activités dans 15 pays et affiché une perte de 17 millions $ pour son dernier trimestre.

Le titre a clôturé en baisse de 4,98 $, ou 13,13 pour cent, à 28,97 $ à la Bourse de Toronto.

«Nous cesserons de soumissionner sur certains projets, certainement dans le secteur minier», a affirmé le chef de la direction, Neil Bruce. «Nous n’allons pas continuer - en fait, nous avons déjà cessé - de soumissionner sur des projets purement forfaitaires d’ingénierie, d’approvisionnement et de construction.»

Les soumissions à prix fixe pour les infrastructures et le pétrole et le gaz se poursuivront, mais seulement dans les «régions de base», a-t-il précisé. SNC-Lavalin est fermement ancrée dans les secteurs de la construction et de l’ingénierie, l’exposant à des marges potentiellement plus élevées, mais également aux dépassements de coûts et aux contrats à prix forfaitaire qui peuvent nuire au secteur de la construction.

M. Bruce a refusé de préciser quels pays la société quitterait, mais a indiqué que leurs revenus totaux s’élevaient à environ 85 millions $ sans «plan de croissance à long terme». Cette retraite signifie que SNC se retirera d’entre 25 pour cent et 30 pour cent des quelque 50 États et plus où elle est active.

Le géant de l’ingénierie et de la construction espère également économiser 250 millions $ par an grâce à une refonte organisationnelle qui regroupera ses activités pétrolières et gazières et son unité d’exploitation minière, dans le cadre d’un programme de réduction des coûts dirigé par le chef de l’exploitation, Ian Edwards, qui a été nommé fin janvier.

SNC a indiqué que l’un des autres actionnaires de l’Autoroute 407 pourrait exercer son droit de premier refus sur le projet de la société de vendre la majeure partie de sa participation de 16,77 pour cent dans l’exploitant d’autoroute à péage pour 3,25 milliards $, une opération qui pourrait être finalisée avant la fin juin.

Si cela se produit, SNC devra alors verser à OMERS - le régime de retraite qui devrait lui racheter une participation de 10,01 pour cent du capital de 407 International - une indemnité de rupture correspondant à 2,5 pour cent du prix d’achat, soit environ 75 millions $, a observé l’analyste Benoit Poirier, de Desjardins Marché des capitaux.

«Puisque cet actionnaire doit au moins égaler l’offre de 3,25 milliards $ d’OMERS, le produit net revenant à SNC ne devrait pas changer de façon importante», a ajouté Frédéric Bastien, analyste chez Raymond James.

M. Bruce a refusé de nommer lequel des deux autres propriétaires de l’autoroute à péage - l’espagnole Ferrovial S.A., qui détient une participation de 43,23 pour cent, l’Office d’investissement du Régime de pensions du Canada, avec 40 pour cent - pourrait faire une offre.

Prévisions accueillies avec scepticisme

À la lumière d’un premier trimestre fragile avec des résultats bien en deçà des attentes, les analystes ont accueilli avec scepticisme la confiance affichée par M. Bruce en ce qui a trait aux prévisions de bénéfices de SNC pour 2019.

M. Bastien a estimé que le redressement promis «nous semble irréaliste à première vue».

«Compte tenu des nombreuses initiatives de réduction des coûts des dernières années, nous trouvons quelque peu surprenant qu’il reste encore tant de gras à éliminer de l’entreprise», a-t-il affirmé.

L’analyste Derek Spronck, de RBC Dominion Valeurs mobilières, a fait remarquer que certains se demanderaient si «SNC-Lavalin sera en mesure d’atteindre les cibles de ses prévisions pour 2019».

Yuri Lynk, de Canaccord Genuity, a souligné que l’atteinte de ces objectifs nécessiterait probablement deux «trimestres records» dans la deuxième moitié de l’exercice.

La prévision prévoit un bénéfice avant intérêts, impôts et amortissements d’entre 900 millions $ et 950 millions $.

Plus tôt cette année, la société a réduit ses prévisions de 2018 deux fois en trois semaines, réduisant ainsi de plus de moitié ses prévisions de bénéfices. Elle a aussi interrompu ses soumissions pour de nouveaux projets miniers alors que se poursuivait une querelle diplomatique entre le Canada et l’Arabie saoudite - une source essentielle de revenus pétroliers et gaziers - et que le projet de SNC avec Codelco, la société minière d’État de cuivre du Chili, connaissait des retards. Ce dernier contrat a depuis été annulé par Codelco.

M. Bruce a précisé qu’il était toujours convaincu que la société avait perdu entre 5 milliards $ et 6 milliards $ en contrats au cours des cinq à sept dernières années, parce que ses concurrents européens et américains cherchent à «persuader les clients que nous présentions un risque trop élevé», particulièrement en raison des accusations de corruption qui pèsent sur SNC depuis 2015.

Il a dit s’attendre à ce que cette affaire pénale - qui s’appuie sur des accusations pour des faits qui se seraient produits il y a entre sept et 20 ans - perdure encore pendant trois autres années.

SNC-Lavalin a affiché une perte de 17,3 millions $, ou 10 cents par action, au plus récent trimestre, ce qui est bien en deçà des attentes des analystes. Ceux-ci misaient sur un bénéfice par action de 34 cents, selon les prévisions recueillies par Thomson Reuters Eikon.

Au même trimestre l’an dernier, le bénéfice avait été de 78,1 millions $, ou 44 cents par action.

Les revenus ont totalisé 2,36 milliards $, contre 2,43 milliards $ il y a un an.

Sur une base ajustée, SNC a gagné 21 cents par action au cours du trimestre, contre un bénéfice ajusté de 77 cents par action un an plus tôt.

Les résultats comprennent une perte ajustée de 8 cents dans les activités d’ingénierie et de construction, tandis que les investissements en immobilisations ont rapporté 29 cents par action au dernier trimestre.

Cela se compare à un bénéfice ajusté de 51 cents de l’ingénierie et de la construction il y a un an, alors que le secteur des immobilisations gagnait 36 cents par action.

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ENTENTE AVEC SNC-LAVALIN: LE COMMISSAIRE AUX ÉLECTIONS NIE TOUT INFLUENCE

OTTAWA — L'organisme fédéral qui surveille les élections au Canada affirme que personne du bureau du premier ministre n'a tenté d'aider SNC-Lavalin pour éviter que l'entreprise québécoise soit accusée d'avoir enfreint les lois électorales.

Dans une rare déclaration écrite, le commissaire aux élections Yves Côté affirme qu'aucun ministre, employé politique ou fonctionnaire n'a essayé «d'influencer ou d'interférer» dans toute décision «qui ne les impliquait pas de façon directe à titre de sujet d'une enquête».

Avant que M. Côté publie ce communiqué, les conservateurs avaient une fois de plus demandé aux libéraux lors de la période des questions si quelqu'un du bureau du premier ministre Trudeau était intervenu auprès de M. Côté pour laisser SNC-Lavalin signer une entente de conformité, après que l'entreprise eut été déclarée coupable d'avoir violé les règles de financement.

SNC-Lavalin a signé l'entente en 2016, après avoir admis que des membres de la direction - qui n'étaient plus à l'emploi à l'époque - avaient convaincu des employés d'offrir des contributions aux libéraux et aux conservateurs à la fin des années 2000.

Rembourser des donateurs avec des primes de rendement était un moyen de contourner la loi électorale, qui interdit aux entreprises de faire des dons politiques.

Les libéraux ont obtenu près de 118 000 $ dans le cadre de ce stratagème, alors que les conservateurs ont reçu 8000 $.

M Côté dit avoir choisi de s'exprimer pour maintenir la confiance du public envers son organisme.

«Depuis ma nomination à titre de commissaire, il n'y a jamais eu de tentative d'influencer le déroulement d'une enquête ou d'interférer avec notre travail par des représentants élus, leur personnel politique ou des fonctionnaires, a-t-il soutenu. Et je tiens à être clair: si cela devait jamais se produire, je le dénoncerais promptement et publiquement.» La Presse canadienne