À Matane, les vents étaient d’une rare violence et les accumulations de neige ont été fort abondantes

La tempête sème la désolation dans l'Est-du-Québec

MATANE — La tempête qui a soufflé sur l’Est-du-Québec vendredi a causé des casse-tête à plusieurs citoyens et intervenants de première ligne, mais aussi des incidents et des dommages importants. La Ville de Matane a déployé ses mesures d’urgence en raison d’inondations causées par le déferlement des vagues.

Vendredi matin, la route de Matane-sur-Mer était jonchée de débris, de blocs de glace, de revêtements arrachés. Des cabanons tordus témoignaient de l’assaut des vagues. Les glaces ont fracassé certaines fenêtres et le fleuve a inondé des résidences. Vendredi après-midi, le décompte des résidents évacués s’élevait à une vingtaine de personnes.

Les vents étaient d’une rare violence et les accumulations de neige ont été fort abondantes. «J’ai des employés municipaux qui travaillent à la Ville de Matane depuis 30 ans et qui n’ont jamais vu autant de neige au centre-ville, raconte le maire Jérôme Landry. Les déneigeurs n’étaient pas capables de fournir. Dans le secteur de Saint-Luc, c’était incroyable : il y avait des murs de neige et ça se remplissait tout de suite!»

La route de Matane-sur-Mer était jonchée de débris et de blocs de glace vendredi matin.

Du côté sud de la Gaspésie, c’est à Chandler que les dommages ont été les plus évidents, où neuf personnes ont été évacuées vendredi matin. «On a aussi eu beaucoup de pluie pendant la nuit avant que la neige reprenne, signale la mairesse Louisette Langlois. Il y a eu de l’eau dans les sous-sols. Il est trop tôt pour évaluer les dommages. Les pompiers auront besoin de quelques jours pour terminer cette évaluation. Les équipes de travaux publics ont travaillé toute la nuit pour débloquer les égouts pluviaux bouchés par la neige.»

Ces dommages sont moins considérables qu’à la suite de la tempête du 30 décembre 2016, notait cependant Mme Langlois, encore inquiète au sujet de la prochaine marée haute.

À Rimouski, l’une des principales conduites d’eau potable a été endommagée. Les employés municipaux ne sont pas parvenus à colmater la fuite pendant la journée de vendredi. «Bien qu’il ne soit pas possible de déterminer à quel moment exact la situation rentrera dans l’ordre, notre scénario positif nous indique que la fuite sera réparée vers le milieu de la nuit [de vendredi à samedi]», a fait savoir le maire Marc Parent.

À Rivière-du-Loup, un centre d’hébergement temporaire a été mis en place à l’école secondaire afin d’accueillir des automobilistes coincés à cet endroit à cause de la fermeture de l’autoroute 20 en direction est.

Blessé grave dans une avalanche

Un malheureux incident est survenu à Sainte-Angèle-de-Mérici, près de Mont-Joli, alors que deux motoneigistes faisaient de la randonnée hors piste lorsque l’un d’eux a emprunté une pente ascendante qui a déclenché une avalanche. Celle-ci a alors emporté l’autre motoneigiste. 

«Il a été enseveli par la neige pendant un certain temps avant d’être secouru par les services d’urgence, relate l’agent d’information de la Sûreté du Québec (SQ), Claude Doiron. Des policiers, des pompiers et des ambulanciers ont tous coordonné leurs efforts pour se rendre sur les lieux. Ça a été difficile en raison des conditions climatiques et de la visibilité nulle. Après un certain temps, le motoneigiste et la motoneige ont été retrouvés sous la neige. L’homme a été évacué par traîneau, pris en charge par les ambulanciers, puis transporté vers l’hôpital de Rimouski, où on craint pour sa vie.»

La SQ a ouvert des centres opérationnels dans différentes villes de l’Est-du-Québec, dont Rivière-du-Loup, Matane et Chandler, afin de pouvoir être en communication constante avec les ministères de la Sécurité publique et des Transports, de même qu’avec les autorités municipales. 

La SQ avait augmenté son effectif sur le territoire, avait préparé ses équipements, ses véhicules tout-terrain et ses policiers motoneigistes étaient prêts à intervenir. «Ça a été le cas dans certains endroits où on a dû aller chercher des gens qui étaient prisonniers à l’intérieur de leur véhicule, raconte le sergent Doiron. Ça s’est bien terminé.»  Avec la collaboration de Gilles Gagné

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VICTIMES DE LA MER DÉCHAÎNÉE

Les glaces, charriées par les vagues déferlantes, ont causé des dommages importants à certaines résidences du secteur de Matane-sur-Mer.

Les glaces, charriées par les vagues déferlantes, ont causé des dommages importants à certaines résidences du secteur de Matane-sur-Mer. «Les glaces ont tout défait le derrière de la maison, ont arraché le cadre de la porte et la mer a rentré, vague après vague, à la grandeur de la maison pendant quatre heures», déplorait un propriétaire de l’endroit encore sous le choc. Selon lui, sa résidence est une perte totale. «J’en ai pour au moins 350 000$», estimait l’homme avant de couper court à la conversation, tellement il était découragé.

Une autre résidente du secteur s’est fait réveiller par «un bruit infernal» à 2h dans la nuit de jeudi à vendredi. «Les vagues étaient très fortes et je craignais que les fenêtres du salon cassent», décrit Diane Bellemare. «J’avais vraiment peur! Les vagues arrivaient et ça rentrait dans la maison. L’eau rentrait dans le sous-sol et au premier plancher, ça rentrait par la porte et le cadrage de la fenêtre. C’est décourageant! J’ai une petite bâtisse où on mettait le spa. C’est tout cassé, tout défait. Les portes patios sont toutes brisées à cause de la mer.»