L’expansion de l’oléoduc Trans Mountain doit ajouter une capacité de 590 000 barils par jour à sa capacité quotidienne actuelle de 300 000 barils. Le tout pour montrer que le Canada est un bon endroit pour investir, selon une porte-parole de Canadian Natural Resources.

La suspension de de Trans Mountain pourrait nuire à l’investissement

CALGARY — La suspension des travaux sur le projet d’expansion du pipeline Trans Mountain, de Kinder Morgan Canada, aura un effet dissuasif sur l’ensemble des investissements au Canada, ont estimé lundi des observateurs de l’industrie.

Kinder Morgan Canada a décidé dimanche de donner au gouvernement jusqu’au 31 mai pour lui garantir qu’elle pouvait commencer à dépenser en toute tranquillité d’esprit la plus grande partie de son projet de construction de 7,4 milliards $. La société ne souhaite pas se retrouver dans la même situation que certains de ses concurrents, qui ont abandonné l’an dernier deux projets — le pipeline Énergie Est de TransCanada et le projet Northern Gateway, d’Enbridge.

«Nous sommes devenue une juridiction à haut risque politique en raison de l’ambivalence apparente du gouvernement pour ce qui est du développement de nos ressources. Et nous sommes une économie de ressources», a observé lundi Bob Skinner, de l’école de politique publique de l’Université de Calgary.

Selon lui, Kinder Morgan et les développeurs d’autres mégaprojets sont prudents et cherchent à protéger les intérêts de leurs actionnaires. C’est ce qu’ils tentent de faire lorsqu’ils suspendent des investissements de milliards de dollars parce qu’ils ne savent pas s’ils auront tous les feux verts requis pour compléter un projet.

Dans une déclaration faite dimanche, le chef de la direction de Cenovus Energy, Alex Pourbaix, a prévenu qu’il y aurait un «effet dissuasif sur l’investissement [...] à travers tout le pays» si le projet Trans Mountain échouait.

La suspension potentielle de tels projets énergétiques affecte l’économie canadienne dans son ensemble, a affirmé l’économiste en chef adjoint de la Banque CIBC, Benjamin Tal.

«L’investissement en énergie représente une importante partie de l’investissement total au Canada, particulièrement en ce qui a trait au taux de croissance. Dans la mesure où nous observons une certaine incertitude à ce chapitre, il peut y avoir un impact plus large», a-t-il expliqué.

L’expansion de l’oléoduc Trans Mountain doit ajouter une capacité de 590 000 barils par jour à sa capacité actuelle de 300 000 barils par jour pour montrer que le Canada est un bon endroit pour investir, a affirmé une porte-parole de Canadian Natural Resources, qui détient un contrat pour la livraison de 75 000 barils par jour sur le nouveau pipeline.

«Le gouvernement du Canada a approuvé l’expansion du projet Trans Mountain en s’appuyant sur de solides preuves scientifiques et a jugé que le projet était conforme à l’intérêt national après avoir procédé à des examens exhaustifs sur l’environnement, les détenteurs de parts et les questions réglementaires», a expliqué Julie Woo, dans un courriel. «Il est temps de voir ce projet aller de l’avant.»

Exode des capitaux

Des investissements d’affaires qui devraient avoir lieu au Canada sont redirigés vers les États-Unis, a averti récemment le chef de la direction de la Banque Royale, Dave McKay. Selon lui, cet exode des investissements est déjà en cours, particulièrement dans les secteurs de l’énergie et des technologies propres, en raison de la faible réponse d’Ottawa à la réforme fiscale aux États-Unis.

Tim McMillan, chef de la direction de l’Association canadienne des producteurs pétroliers (ACPP), aimerait voir les mêmes rabais au Canada pour les droits de forage de pétrole et de gaz naturel, les actifs et les entreprises, qu’aux États-Unis.

Il suggère au gouvernement fédéral d’étudier la suggestion de la première ministre de l’Alberta, Rachel Notley, sur une éventuelle prise de participation financière dans le projet Trans Mountain. Le gouvernement pourrait peut-être en offrir une garantie de remboursement de l’investissement de Kinder Morgan si le projet ne va pas de l’avant tel que promis, plutôt que de n’offrir qu’un appui verbal.

«C’est un grave problème pour nous, et pas seulement pour ce projet en particulier. Nous avons eu une série d’événements, comme Énergie Est et d’autres, qui ont placé le Canada dans un cul-de-sac en tant qu’endroit où investir», a estimé le chef de la direction de l’Association canadienne de pipelines d’énergie, Chris Bloomer.

«Ce qui se passe va avoir des répercussions dans l’avenir pour ce qui est de la façon dont nous faisons les choses dans ce pays. Il ne faut pas oublier cela dans tous les projets.»

Dans un rapport publié en février, la Banque Scotia a estimé que les retards dans la construction de pipelines, incluant l’expansion de Trans Mountain, le remplacement de la Ligne 3 d’Enbridge, et le projet Keystone XL de TransCanada, entraînaient des rabais dans les prix du brut canadien qui coûtaient environ 15,6 milliards $ par année à l’économie. Cet impact devrait cependant s’amoindrir au cours de l’année, avec l’augmentation de la capacité du transport ferroviaire.

L’action de Kinder Morgan Canada a perdu lundi 2,32 $, soit 12,6 %, pour clôturer à 16,12 $ à la Bourse de Toronto.

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OTTAWA SONGE À INVESTIR POUR LA CONSTRUCTION

OTTAWA — Le gouvernement fédéral n’exclut pas d’investir des sommes pour l’expansion de l’oléoduc Trans Mountain afin qu’il aille de l’avant, comme songe à le faire le gouvernement de l’Alberta.

«Notre gouvernement examine activement toutes les options à sa disposition pour faire avancer ce projet, qu’elles soient réglementaires, juridiques ou financières, a fait savoir le ministre fédéral des Ressources naturelles, Jim Carr, par courriel. Nous travaillerons de concert avec tous les partenaires de bonne volonté. Ce pipeline va se construire.»

Questionné à ce sujet lors de son passage à Montréal lundi après-midi, le premier ministre Justin Trudeau n’a pas voulu préciser quelles options étaient envisagées.