«Si tu es déjà un professionnel qualifié et que tu arrives ici pour recommencer à zéro ce que tu avais déjà... et que tu as le fardeau de la famille en plus. Tu te fais à l’idée que ça n’arrivera pas», a déclaré un participant à l’un des groupes de discussion menés par Léger pour les besoins de l’enquête.

La reconnaissance du diplôme demeure un irritant pour les immigrants

La reconnaissance des diplômes demeure un irritant pour les immigrants diplômés à l’étranger qui décident de s’établir au Québec. Avec l’aide de la firme de sondage Léger, le Conseil interprofessionnel du Québec a mené du 15 novembre au 21 décembre 2018 une enquête auprès de 484 personnes ayant fait une demande de reconnaissance auprès d’un Ordre et n’ayant reçu qu’une reconnaissance partielle. Ceci afin d’évaluer l’ampleur du phénomène et d’y trouver des solutions. Un premier coup de sonde de cette ampleur et de cette nature au Québec.

Sur les 3661 demandes de diplômés hors Québec pour l’intégration d’un ordre professionnel, seulement 34 % reçoivent une reconnaissance complète, 3 % un refus et la grande majorité, soit 63 %, des prescriptions liées à une reconnaissance partielle ou une situation étudiée. De ce dernier groupe, 66 % finissent par avoir leur reconnaissance complète alors que 34 % échouent ou abandonnent carrément le processus. Pourtant, le sondage démontre que près de la moitié de ces personnes s’installaient au Québec pour améliorer leurs perspectives professionnelles.

Chez les personnes sondées, la plupart des demandes (44 %) concernaient la profession d’infirmière alors qu’aucune des autres professions ne représentait plus de 5 % des demandes, le métier d’avocat, magistrat, conseiller juridique ou juriste arrivant loin au deuxième rang. La majorité des répondants (71 %) pratiquaient aussi leur profession depuis plus de cinq ans à leur arrivée au Québec.

«Il y a de nombreuses infirmières qui viennent de pays comme l’Afrique où il n’y a pas d’ordre professionnel. Les programmes d’étude sont également différents, il n’y a pas de cours de gériatrie par exemple. Donc c’est sûr que ça demande une mise à jour pour obtenir le droit d’exercer», explique Gyslaine Desrosiers, présidente du Conseil interprofessionnel du Québec.

Plusieurs insatisfaits

Parmi les répondants, seulement 54 % se disaient plutôt satisfaits ou très satisfaits de leur situation professionnelle alors que 43 % sont très insatisfaits ou plutôt insatisfaits. Et pour cause, ils ne sont que 35 % à avoir déniché un emploi dans leur domaine alors que 26 % en ont trouvé un dans un domaine différent du leur et que 12 % ont dû retourner aux études après l’échec du processus de reconnaissance professionnelle. 

Plusieurs répondants ont fait plus d’une tentative de reconnaissance professionnelle, la moyenne s’élevant à près de deux pour les examens professionnels, à 1,6 pour les examens de langue et à 1,3 pour les stages et la formation. Chez ceux qui ont décidé de ne pas compléter les stages ou la formation demandés par l’Ordre, la longueur du processus (35 %), le fait que leur situation personnelle ne leur permette pas de répondre aux demandes de l’Ordre (22 %), une situation familiale difficile (11 %) et des conditions de stage ou de formation qui ne leur convenaient pas (11 %) sont les raisons les plus souvent invoquées. 

La conciliation études-­travail-famille, la nécessité de gagner un revenu et les difficultés financières figurent bien en haut des raisons invoquées par ceux qui n’ont pas complété les demandes de l’Ordre. «Si tu es déjà un professionnel qualifié et que tu arrives ici pour recommencer à zéro ce que tu avais déjà... et que tu as le fardeau de la famille en plus. Tu te fais à l’idée que ça n’arrivera pas», a d’ailleurs déclaré un participant à l’un des groupes de discussion menés par Léger pour les besoins de l’enquête.

Mauvaise information

Le sondage révèle aussi que 48 % des répondants considèrent que l’information obtenue à l’étranger sur le processus ne correspondait pas à la réalité québécoise, étant même «complètement déconnectée de la réalité» selon un autre participant d’un groupe de discussion. Les immigrants ne seraient aussi pas au fait des dépenses nécessaires pour réussir la trajectoire d’intégration menant au permis de pratique et à un emploi qualifié. Au total, 61 % auraient aimé un meilleur accompagnement de la part de l’ordre professionnel et de l’aide à la préparation des examens des ordres. Certains ont aussi de la difficulté à s’inscrire aux formations prescrites ou ont l’impression que les étudiants québécois sont privilégiés pour les places de cours ou de stages.

«Il y a quelque chose à améliorer, c’est certain. On préfère parler d’une information qui est mal comprise. Est-ce qu’ils ont anticipé les démarches et les mises à jour à faire? De l’étranger, on ne voit pas toujours la réalité québécoise et tout le processus qui peut être très long», souligne Mme Desrosiers.

«On regarde pour augmenter la fréquence des stages. Une personne qui arrive doit souvent travailler tout de suite, si elle doit attendre plusieurs mois avant de pouvoir faire son stage, ça devient difficile. Ils ont besoin de financement pendant cette période, il faudrait peut-être implanter un système comme celui des prêts et bourses», poursuit-elle.

La plupart des immigrants consultés souhaiteraient un parcours plus clair et plus transparent et bénéficier de davantage d’accompagnement. Parmi les pistes de solution soumises par les diplômés hors Québec, on note des services d’orientation de carrière et d’employabilité spécialisés dans leur domaine (36 %), davantage d’information sur les démarches de reconnaissance professionnelle avant l’arrivée au Québec (34 %), un accès à de l’aide financière (30 %) et une aide dans la recherche de stage (16 %).  Avec Céline Fabriès