C’est pour racheter des biens perdus dans un incendie que l’accusé s’est mis à produire de la résine de cannabis dans le but d’en faire le trafic.

La prison pour un trafiquant repentant

Même s’il semble avoir repris sa vie en main depuis qu’il a été pris avec du cannabis et de la résine de cannabis en sa possession, un petit trafiquant de drogue passera l’automne en prison. Une fois libéré, Raphaël Lauzon sera ensuite soumis à une probation de trois ans.

Le contrevenant avait plaidé coupable d’avoir eu en sa possession 25 petits plants de cannabis, près de 25 kilos de feuilles et de branches de cannabis de même que de 985 g de résine de cannabis en vue d’en faire le trafic. Les faits reprochés remontent au 22 mai 2017 et se sont déroulés à Valcourt.

Au terme de l’audience des observations sur la peine, tenue le 20 juin, le juge Serge Champoux a rendu sa décision à la fin août, condamnant l’accusé à deux peines concurrentes de trois mois, suivies d’une période de probation de trois ans, ainsi que d’un interdit de posséder une arme à feu pendant dix ans. Il lui a aussi imposé une amende de 150 $, sans frais additionnels, concernant un autre dossier distinct, soit d’être entré en contact avec une ancienne flamme alors que cela lui était interdit par une promesse.

Si la peine peut sembler clémente vis-à-vis la proposition de la Couronne, qui réclamait entre 9 et 12 mois d’emprisonnement suivis d’une probation, le juge a expliqué avoir pris en compte la « mobilisation récente, mais véritable, une grande reprise en main, un changement dans les habitudes de vie » et la volonté de cesser de consommer de la drogue de M. Lauzon, un père de famille de 38 ans.

Certes, réitère le juge Champoux, le résident de Valcourt a agi par appât du gain, il avait des antécédents en matière de drogue et de recel, et il a encore une problématique de consommation. « Il ne faut pas minimiser le crime de possession de résine de cannabis dans le but de trafic, affirme le magistrat. On ne peut et on ne devrait jamais banaliser le trafic de drogue. »

Droit chemin

M. Lauzon, décrocheur ayant terminé ses études secondaires à la formation pour adultes, était prestataire de l’aide sociale depuis près d’une dizaine d’années. Il consomme du cannabis depuis très longtemps, mais a cessé de faire usage de métamphétamines en 2006, année de naissance de son premier enfant.

En 2017, l’accusé perd tous ses biens personnels dans l’incendie de sa résidence, sinistre duquel il n’est pas responsable, indique le jugement. « Dans cette période désorganisée de sa vie, il entreprend de faire la transformation de cannabis en résine », dans l’optique de faire un « coup d’argent » lui permettant de racheter les effets perdus dans l’incendie, apprend-on également.

Comme il avait conservé des connaissances et des fréquentations du milieu de la drogue, il fabrique de la résine de cannabis qu’il vend 5 $ le gramme à quelqu’un qu’il sait être revendeur.

Entre son arrestation et l’observation sur sa peine, Raphaël Lauzon a cependant repris le droit chemin, s’est réjoui le juge Champoux.

En effet, à la suite du décès de son père, au cours de la dernière année, l’accusé a eu à revendre « une quantité importante de biens, outils, matériaux ou meubles » dont il avait hérité.

Cette expérience, fort positive, a donné envie à M. Lauzon de poursuivre dans le domaine de la revente de biens en compagnie d’un associé avec qui il a démarré une entreprise en ce sens. « Il semble que les activités du commerce, qui est encore bien jeune mais prometteur, soient susceptibles de favoriser grandement les améliorations au comportement ou à l’attitude de l’accusé, souligne le magistrat. Par ailleurs, l’implication sérieuse et concrète de Raphaël Lauzon dans une telle entreprise exige aussi des changements de comportement au niveau de sa toxicomanie ou de ses fréquentations. »

Ce nouveau cap, soutenu par un témoignage honnête du principal intéressé, laisse croire qu’une chance réelle de réhabilitation peut se concrétiser, explique l’homme de droit. « Je reconnais avoir été favorablement impressionné par sa candeur et son témoignage au moment des observations sur la peine, mentionne le juge Champoux. La preuve faite m’est apparue sincère, réaliste et convaincante. Cela ne signifie pas que l’accusé n’aura plus d’autres malchances financières ou économiques ni que ses problèmes de dépendance au cannabis soient résolus. Mais cela indique une volonté sincère de faire des changements à sa vie, de se rendre utile tant pour la société que pour ses enfants, dans un projet réaliste et réalisable. »