Ghislain Abel devra purger une peine discontinue de 90 jours les fins de semaine.

La prison de fin de semaine pour un «crime de compassion»

En tentant d’étouffer son père mourant, Ghislain Abel a commis un «crime de compassion» qui lui vaut une peine discontinue de 90 jours et non de l’emprisonnement ferme comme le réclamait la poursuite.

Le juge Jean Asselin de la Cour du Québec n’en fait pas une cachette; l’exercice de détermination de la peine, toujours délicat, l’était particulièrement dans le cas de Abel, cet homme de 54 ans de Sainte-Agathe-de-Lotbinière, sans antécédent judiciaire, qui, dans un moment de désespoir, a tenté d’étouffer son père de 80 ans dans une chambre de l’Hôtel-Dieu de Lévis, le 23 avril 2015. Le fils avait posé une couverture sur le visage de son père et avait exercé une pression.

L’octogénaire ne recevait plus que des soins de confort depuis cinq jours. Il est finalement décédé le 25 avril sans que l’agression n’ait eu d’impact, estiment les médecins.

Ghislain Abel a plaidé coupable à un crime de voies de fait graves, une infraction sérieuse qui commande généralement des peines d’emprisonnement ferme.

La Couronne réclamait d’ailleurs une peine de 18 mois tandis que la défense demandait au tribunal de faire preuve d’empathie et de prononcer un sursis de peine.

Sans cautionner ou banaliser le crime d’Abel, le juge Asselin le qualifie de «crime de compassion».

Oui, le crime constitue un acte répréhensible important à l’égard de la victime, une personne âgée vulnérable, insiste le juge.

«Il n’en demeure pas moins que, mal préparé à la souffrance de son père et se sentant responsable de sa dégradation physique par sa décision d’abstention de traitement, le Tribunal est d’avis que l’infraction perpétrée par l’accusé ne relève pas d’une grande réflexion et n’a que très peu de chance de se reproduire.»

Au moment du crime, Ghislain Abel venait d’assister, durant le même mois d’avril, au décès de sa mère et de son beau-père. «Ce contexte difficile atténue sa culpabilité morale», estime le juge Asselin.

Tout comme la procureure de la Couronne l’avait plaidé, le juge Jean Asselin souligne dans sa décision l’importance de dénoncer ceux qui voudraient, de leur propre chef et en dehors du cadre légal de l’aide médicale à mourir, décider d’abréger les souffrances de leurs proches. «Peu importe la souffrance d’une victime, une personne ne peut, de sa propre initiative, au nom de la dignité humaine, contribuer à mettre fin à la vie de celle d’autrui», rappelle le juge.

Dans ses recherches, le juge n’a pas constaté une épidémie de cas judiciarisés qui s’apparentent à celui de Ghislain Abel.

Une peine de 90 jours à purger les fins de semaine apparaît juste et proportionnelle, conclut le juge Asselin. Ghislain Abel devra en outre effectuer 200 heures de travaux communautaires et verser un don de 1500 $ à la Fondation de la Maison Michel-Sarrazin, qui assure des soins de confort aux personnes en fin de vie, et un autre don de 1500 $ à la Fondation Gilles Kègle, l’infirmier de la rue.