L’agente Isabelle Morin a indiqué que quelques secondes avant de faire un virage à gauche sur l’autoroute Laurentienne, elle a entendu sur les ondes un appel pour un homme qui en battait un autre à Wendake. C’était selon elle une raison de plus d’effectuer cette manœuvre. La Couronne doute fortement de cette explication.

La policière Isabelle Morin a-t-elle menti à la cour?

La policière Isabelle Morin a-t-elle menti à la cour? La Couronne a tenté de le démontrer mardi grâce aux ondes policières.

Le procureur de la Couronne Me Guy Loisel s’apprête à terminer son contre-interrogatoire. Il vérifie avec la policière, accusée de conduite dangereuse causant la mort, si tout ce qu’elle a dit depuis le début de son témoignage est bien la vérité. «Oui», répond Isabelle Morin, 47 ans.

La policière a notamment expliqué qu’elle a choisi, avec l’accord selon elle de son partenaire de patrouille, de faire un virage à gauche sur l’autoroute Laurentienne en travaux pour aller rejoindre la sortie George-Muir. Ce faisant, elle devait couper la voie réservée aux conducteurs qui roulaient en direction sud.

La policière a dit qu’elle voulait retourner au poste de police de la Haute-Saint-Charles. L’agente a indiqué que quelques secondes avant sa manœuvre, elle a entendu sur les ondes un appel pour un homme qui en battait un autre à Wendake. Isabelle Morin a ajouté qu’elle avait entendu des compléments d’information disant que l’homme se déplaçait. Elle et son partenaire auraient donc pu le croiser, a-t-elle soumis, et c’était une raison de plus de faire la manœuvre.

Me Guy Loisel doute fortement de cette explication. 

Il a fait entendre au juge Pierre L. Rousseau de la Cour du Québec un extrait, qu’il affirme être en continu, des ondes de la police de Québec, le soir du 10 septembre 2015.

À 22:56:13, la répartitrice finit d’annoncer le cas de désordre à Wendake. Quatre secondes plus tard, Isabelle Morin prend les ondes avec son radio portatif, la voix essouflée, pour rapporter la collision et demander du secours.

«Je vous soumets que l’appel de Wendake n’a pas pu rentrer avant la collision», lance Me Loisel. La policière maintient sa chronologie.

Le partenaire de patrouille d’Isabelle Morin, l’agent Christian Simard, n’avait aucun souvenir de cet appel à Wendake. 

L’avocat d’Isabelle Morin, Me Jean-François Bertrand, a protesté en disant qu’on ne savait pas si l’extrait des ondes policières était réellement en continu. La Couronne en fera la preuve si nécessaire, a dit Me Loisel.

Le ministère public a aussi fait rediffuser en salle d’audience l’extrait des caméras de surveillance du ministère des Transports du Québec. Selon les caméras, la collision est survenue à 22:55:44. 

Le relevé GPS de la boîte noire de l’autopatrouille démontre que les coussins gonflables se sont déployés à 22:55:44. 

La défense a soumis que la concordance des heures n’avait pas été démontrée.

Le procès se poursuit avec l’expertise de l’ingénieur Jean Grandbois, qui a procédé à une reconstitution de la collision.

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UNE VISION PARFAITE DURANT UNE MINUTE

L’expert de la défense en dynamique des véhicules, l’ingénieur Jean Grandbois, estime que la policière Morin avait une vision directe et parfaitement dégagée de la route, pendant environ une minute avant de faire sa manoeuvre. 

Dans son rapport qu’il a commencé à livrer mardi, l’expert évalue aussi que pour le motocycliste Jessy Drolet, les gyrophares étaient «très clairement visibles à partir de 220 m du point d’impact jusqu’à celui-ci, sans interruption». 

Selon l’expert, il était aussi visible que le véhicule patrouille avançait à faible vitesse, soit à environ 13 km/h. La défense présentera mercredi des vidéos de sa reconstitution de la collision.