«Elle semble n’avoir aucun intérêt pour ses enfants et ne s’inquiète que d’elle», a dit le juge Serge Champoux, de la Cour du Québec, au sujet de l’accusée de 37 ans.

La mère de Granby ayant maltraité ses enfants veut retrouver sa liberté

La mère de Granby accusée d’avoir maltraité ses trois enfants — et pour l’un d’eux, de l’avoir battu à répétition — doit-elle retrouver sa liberté sous conditions en attendant son procès ?

Chaque partie a exposé ses arguments, mardi, à l’enquête sur remise en liberté de la femme de 37 ans, dont l’identité est protégée par une ordonnance de non-publication.

« Je comprends que la preuve n’est pas particulièrement clémente », a reconnu Me Marie Guironnet, de la défense. Mais elle a fait valoir que les gestes reprochés à sa cliente ont été posés alors qu’elle était « dans une grande détresse et avait des problèmes de santé ».

« Madame est prête à sortir [de prison], a dit l’avocate. Elle a la volonté de se reprendre en main. » En plus d’avoir commencé des démarches pour se trouver une thérapie en gestion de la colère, l’accusée a proposé « une grosse somme d’argent » en guise de caution.

Me Guironnet a ajouté que sa cliente n’avait pas d’antécédent judiciaire, ayant obtenu une absolution en 2016 pour une infraction liée au cannabis. Refuser de la remettre en liberté serait « dommageable pour l’opinion publique » étant donné qu’elle est déjà détenue depuis un mois et demi et souffre de problèmes de santé.

Un argument que le juge Serge Champoux, de la Cour du Québec, a mis en doute. « Qu’a-t-elle fait depuis 2012 [pour sa santé] ? », a-t-il demandé. Il a aussi lancé un « vous avez vu les photos ? » — de l’appartement insalubre et des blessures infligées aux enfants — lourd de sens.

« Elle semble n’avoir aucun intérêt pour ses enfants et ne s’inquiète que d’elle », a dit le juge. Ce à quoi Me Guironnet a répondu que sa cliente a « pris conscience de ce qu’elle a perdu » et qu’elle « aura l’occasion de présenter une défense ».

Sévices

De son côté, la Couronne a aussi réfuté l’argument voulant que le public serait choqué que l’accusée reste emprisonnée. « La remettre en liberté minerait clairement l’opinion publique envers la justice », a dit Me Valérie Simard-Croteau.

Elle a fait valoir que les blessures subies par l’enfant le plus âgé sont « dans le haut de l’échelle des sévices qu’on peut infliger à une personne sans causer sa mort ». L’adolescent de 17 ans avait été trouvé amaigri, couvert de plaies et incapable de marcher. Il est hospitalisé depuis l’intervention des policiers, en février.

Ses frères de un et trois ans présentaient pour leur part des ecchymoses et des égratignures. Leur mère fait l’objet de neuf accusations liées à la violence et au défaut de fournir les choses nécessaires à la vie de ses enfants, en plus de trois causes pendantes de vol, fraude et voies de fait.

« Ce sont les accusations les plus graves qu’il est possible d’imaginer pour une mère envers ses enfants », a dit Me Simard-Croteau, ajoutant qu’il s’agit de crimes « antisociaux et antihumains » qui « dépassent l’entendement ».

« Les problèmes de santé n’impliquent pas qu’on blesse des enfants à un tel point. »

Au surplus, la poursuite a rappelé que l’accusée n’a pas d’adresse fixe, souhaite payer sa caution avec des allocations familiales obtenues illégalement et que personne ne se porte garant d’elle. Elle nie aussi avoir un problème de santé mentale, de toxicomanie ou de jeu.

La possibilité qu’elle écope d’une « longue peine d’emprisonnement » est forte, a dit Me Simard-Croteau. Le juge Champoux doit rendre sa décision mercredi.