Les deux traversiers qui assurent la liaison entre Tadoussac et Baie-Sainte-Catherine seront remplacés par deux nouveaux construits par Chantier Davie.

La facture des nouveaux traversiers va dépasser 250 M$

«Est-ce que ça pourrait coûter plus cher que 250 millions $? Absolument.»

La ministre de l’Économie, de la Science et de l’Innovation, Dominique Anglade ne fait pas de cachette.

La construction au Chantier Davie des deux nouveaux traversiers qui assureront la liaison entre Tadoussac et Baie-Sainte-Catherine va coûter plus de 250 millions $.  

«Plus de 250 millions $ en effet», répète-t-elle au cours d’une entrevue téléphonique avec Le Soleil.

En 2011, au moment de l’attribution de gré à gré des contrats à Chantier Davie pour la construction des traversiers jumeaux qui remplaceront le NM Armand-Imbeau et le NM Jos-Deschênes, les coûts étaient évalués à 150 millions $. 

Ces derniers mois, au gouvernement du Québec, on évaluait que le montant de la facture pourrait atteindre 250 millions $. Une explosion des billets verts provoquée par une mauvaise évaluation des coûts et par le nombre incalculable de changements apportés aux plans initiaux.

Dominique Anglade n’écarte pas, maintenant, qu’il pourrait en coûter encore plus cher.   

Le montant total de la facture, les contribuables québécois le connaîtront «dans les prochains jours, dans les prochaines semaines», assure-t-elle.

«Les négociations avec Chantier Davie sont terminées. Il ne reste que deux ou trois éléments à attacher.»

Depuis l’été dernier, les pourparlers avec Davie au sujet de la construction des deux bateaux passeurs se font directement avec le ministère de l’Économie, de la Science et de l’Innovation. La Société des traversiers du Québec (STQ) n’est plus dans le décor.

«La STQ et Chantier Davie ne s’entendaient pas», justifie Mme Anglade. «Ils n’ont jamais été capables de régler leurs désaccords. L’impasse perdurait de sorte que les parties n’ont pas été en mesure de conclure quoi que ce soit. Pour nous, ce qui est important, c’est de récupérer les traversiers. Nous avons alors décidé de retirer le dossier des mains de la STQ et de renégocier le contrat au complet avec Davie.»

Le ministère de l’Économie, de la Science et de l’Innovation a fait appel à des experts pour vérifier si l’argent public investi dans la construction des traversiers a bel et bien servi à cette fin et s’il y avait des problèmes chroniques d’exécution ou de productivité au chantier de Lévis.

«Nous avons l’assurance, aujourd’hui, que les travaux se présentent bien. Sur le premier navire, 93 % des travaux sont terminés. Notre objectif est de faire en sorte que les traversiers soient livrés en 2018», indique Dominique Anglade.

Rappelons que les deux bateaux passeurs devaient normalement être livrés à la STQ en 2015.

Déjà près de 250 millions $ investis

Jusqu’à maintenant, selon Mme Anglade, Québec a autorisé des dépenses totalisant près de 250 millions $ pour la construction de deux bateaux passeurs de la STQ.

Une première tranche de 125 millions $ avait été accordée dans les mois suivant la signature des contrats en 2011.

De toute évidence, ça n’a pas été suffisant.

En mars 2016, le gouvernement octroyait une contribution financière sous forme d’une avance d’un montant maximal de 20 millions $ pour renflouer le fonds de roulement de Chantier Davie. 

Dans un décret administratif adopté le 31 décembre 2016 et publié, mercredi, dans la Gazette officielle du Québec, le gouvernement signale que «Davie rencontre actuellement des problèmes de liquidités et désire rétablir son fonds de roulement afin de relancer ses activités de construction navale.»

Un autre décret remontant, celui-là, au 15 mars 2017 et publié, lui aussi, dans la dernière édition de la Gazette officielle, révèle que le conseil des ministres a autorisé Investissement Québec à octroyer une contribution financière sous forme d’un prêt sans intérêt d’un montant maximal de 100 millions $ à Chantier Davie pour achever la construction des deux traversiers dédiés à la traverse entre Tadoussac et Baie-Sainte-Catherine.

Et pour superviser l’utilisation de cette contribution financière, le gouvernement Couillard a demandé à Investissement Québec de créer une société par actions contrôlée directement par la ministre de l’Économie, de la Science et de l’Innovation.

«Attendu que Davie rencontre des problèmes de liquidités importants pouvant interrompre les travaux de construction des deux traversiers et que des négociations ont actuellement lieu entre le gouvernement et Chantier Davie afin de trouver une solution assurant l’exécution pleine et entière du projet, il y a lieu de mettre en oeuvre des conditions favorables à la finalisation de la construction des deux traversiers», précise-t-on dans le décret.

«Il est nécessaire de prévoir la supervision des travaux de construction des traversiers afin d’en suivre l’évolution et de permettre le versement des sommes à Chantier Davie».

La société par actions 9357-2212 Québec contrôlée par la ministre Anglade a été constituée en mars dernier et compte des hauts dirigeants d’Investissement Québec parmi ses administrateurs.