La Couronne réclame 23 ans et demi de prison pour le «tyran de la Beauce»

Le « tyran de la Beauce » devrait purger 23 ans et demi de prison, estime la Couronne, pour avoir fait subir l’enfer à ses neuf enfants et à leur mère pendant deux décennies en plus d’agresser sexuellement trois jeunes filles du voisinage. La défense suggère de son côté une peine de six ans.

Le père tortionnaire, aujourd’hui âgé de 64 ans, a été déclaré coupable au terme de son procès de 47 accusations pour des sévices physiques et sexuels, dont 41 sur des enfants ou adolescents.

« La violence était tellement omniprésente et subie en présence de tous les enfants », rappelle Me Nicolas Champoux. Rappelez-vous de la grande sœur qui camouflait le visage de ses petits frères pour ne pas qu’ils voient les coups donnés. »

Alcoolisme, toxicomanie, phobie, cauchemars ; les enfants ont témoigné mardi des lourdes séquelles qu’ils traînent toujours, 20 ans après la fin des abus.

Pour aider le juge dans sa réflexion, le procureur de la Couronne Me Nicolas Champoux a fait l’exercice d’attribuer une peine pour chacune des 13 victimes. Si toutes les peines étaient purgées consécutivement, la poursuite en serait venue à proposer une peine globale de 40 ans, ce qui est nettement disproportionné, concède la Couronne.

En suivant les enseignements de la Cour d’appel, le procureur de la Couronne a pondéré les peines pour chaque victime et en arrive ainsi à une suggestion de 23 ans et demi.

Une fois soustraite la détention provisoire de quatre ans et demi, le tyran aurait encore 19 ans à purger.

La Couronne n’a pas trouvé dans la jurisprudence de crimes similaires commis par un accusé au profil similaire. Elle a évoqué des cas qui présentent certaines similitudes comme Jacques Vachon (18 ans) et le bourreau de Beaumont (22 ans).

En raison de la gravité du dossier, la Couronne demande au juge de rendre une ordonnance pour imposer que le père purge la moitié du reliquat de sa peine (soit neuf ans et demi) avant de pouvoir faire une demande de libération conditionnelle.

La Couronne réclame aussi que, comme une psychiatre le recommande, le père tortionnaire soit déclaré délinquant à contrôler et donc sous surveillance durant 10 ans après sa sortie de prison.

« Monsieur ne se reconnaît aucune problématique et n’est prêt à subir aucun traitement, note le procureur de la Couronne. Il se déresponsabilise, banalise et trouve le moyen d’écorcher sa conjointe (aujourd’hui décédée) en disant qu’elle devenait agressive lorsqu’elle buvait. »

Six ans… moins six ans

L’avocat du père tortionnaire, Me Stéphane Harvey, qui n’était pas l’avocat au dossier lors du procès, a de son côté réclamé une peine globale de six ans de détention.

Il demande aussi au juge de compter en double la détention provisoire purgée en raison de conditions d’incarcération difficile. L’accusé n’avait pas accès le jour à son appareil pour l’apnée du sommeil. La détention provisoire de trois ans équivaudrait donc à six années. La Couronne conteste ce calcul et évalue que la loi permet seulement une compensation de 1,5 journée pour chaque jour de prison.

Si le juge suivait la recommandation de la défense, le père sortirait de prison dès le prononcé de sa peine.

L’avocat a insisté sur le fait que son client présentait aujourd’hui des regrets sincères. « J’ai vu du bon, moi, dans monsieur et c’est pour ça que j’ai pris le dossier », dit l’avocat.

Me Stéphane Harvey conteste aussi la demande de la Couronne de contraindre l’accusé à purger la moitié du reliquat de sa peine avant de faire une demande de libération conditionnelle.

« Ce qui est dangereux avec ça, c’est de le punir une deuxième fois », croit l’avocat.

Rien ne justifie que l’accusé soit déclaré délinquant à contrôler, estime de plus Me Harvey.