Manuel Gosselin, président de Camerise Québec et propriétaire des Petits fruits du clocher, à Sainte-Cécile-de-Milton.

La camerise, les ambitions d’un «super fruit»

Les producteurs de camerise passent à la vitesse supérieure. Avec des volumes qui ne cessent de croître, ils lanceront prochainement une campagne de séduction auprès des consommateurs et des industriels, pour vanter ce « super fruit » aux nombreuses vertus pour notre santé.

« Je crois qu’on va les avoir à l’usure ! », lance, un sourire dans la voix, Manuel Gosselin, président du regroupement de producteurs Camerise Québec. Sur sa terre des Petits fruits du clocher, à Sainte-Cécile-de-Milton, l’autocueillette est le mode de récolte principale ; il constate que les gens reviennent d’année en année et que les plus jeunes craquent pour ce petit fruit bleuté à la forme allongée et dont le goût est associé au cassis, au bleuet et à la framboise.

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Étape charnière

Partout au Québec, ils sont nombreux à avoir adopté cette culture. Le volume de production augmente rapidement : de 300 000 livres produites en 2018, les récoltes pourraient atteindre 500 000 livres cette année, selon M. Gosselin, alors que la saison commence vendredi, une semaine plus tard que de coutume.

De son côté, il s’attend à en ramasser 15 000 livres, soit près du double de l’année précédente, alors que la récolte et l’autocueillette s’étireront jusqu’au 25 juillet.

Toutefois, les producteurs de camerise sont à une étape charnière de leur développement. Vivre de la camerise reste un défi. Produire des fruits est une chose, les écouler et les rendre disponibles aux consommateurs en est une autre.

« Jamais on n’aurait pu imaginer l’ampleur de la tâche il y a 12 ans [lors de la création du regroupement], dit-il. On s’imaginait que ça se ferait un peu automatiquement vu les propriétés exceptionnelles du fruit et sa ressemblance aux autres fruits traditionnels en frais d’utilisation », témoigne Manuel Gosselin.

C’est quoi la camerise ?

Faire connaître ce produit est le défi principal des producteurs. L’annonce récente d’un projet de commercialisation de la camerise, avec l’appui du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, tombe donc à point.

« C’est un travail colossal de faire découvrir un nouveau produit, de l’inclure dans les habitudes de consommation des Québécois tout comme de convaincre l’industrie agroalimentaire de le positionner dans ses produits », indique M. Gosselin, qui est également propriétaire de Indigo super fruits, entreprise dédiée à la vente de camerises congelées.

L’association a ainsi mandaté une entreprise de Québec —Triade marketing — afin de l’aider à mettre ce petit fruit sous les projecteurs. « Il y a un gros travail d’éducation à faire qui n’a pas été fait », dit le Miltonnais.

Pourtant, la camerise ne manque pas d’arguments pour faire tourner les têtes. Selon M. Gosselin, on la qualifie de « super fruit », car elle contient deux fois plus d’antioxydants que le bleuet, plus de vitamine C qu’une orange, ainsi que du potassium, magnésium...

« C’est le petit fruit qui allie le plus saine alimentation et facilité d’utilisation, explique-t-il. Plusieurs super aliments doivent être mélangés avec autre chose ; ce n’est pas le cas de la camerise. »

Plus rustique que le bleuet, elle ne nécessite pas non plus de pesticide et peut être cultivée à peu près partout au Québec. « Ça dynamise les campagnes », dit le président de l’association.

Si le Saguenay—Lac-Saint-Jean réunit la majorité des producteurs de camerise, ils sont quelques-uns à tenter l’expérience dans la région. À Rougemont, le verger Cammia, lancé en 2017, prévoit lancer l’autocueillette à l’été 2020.

« Ça prend trois ans avant d’avoir une récolte productive, et six à sept ans avant d’avoir des plants 100 % productifs », rappelle sa copropriétaire Ariane Hébert. Cette dernière croit que le nouveau plan de commercialisation aidera beaucoup. « Autour de moi, j’entends beaucoup dire "C’est quoi ça la camerise ?" », ajoute-t-elle.

D’autres, comme Daniel Hauver, sont encore perplexes. Sur sa terre de Saint-Joachim-de-Shefford, à la limite de Warden, il n’arrive pas à écouler sa production. Il n’offre pas d’autocueillette et son ancien acheteur du Lac-Saint-Jean ne lui garantit plus un prix intéressant. « Quand on calcule tous les investissements que ça amène, c’est un gros pensez-y bien », dit-il, alors qu’il prévoit tout de même vendre ses petits fruits en 2020.

Cependant, M. Gosselin semble confiant en l’avenir. Dans quelques jours, il exportera une tonne de camerises congelées en France — une première pour lui.

Et s’il se fie au succès rencontré par d’autres petits fruits dans le passé, comme la canneberge, la camerise a tous les atouts en main pour devenir un produit vedette. « Ça offre plus de possibilités que les autres petits fruits, selon M. Gosselin. Ça "punch" plus, elle offre par exemple plus de possibilités pour être intégrée à des produits alcoolisés. »

La camerise, prochaine vedette des tablettes ?

— Avec Le Quotidien