Les bureaux d’Otéra à Montréal

La Caisse de dépôt fait du ménage dans sa filiale Otéra

Le gouvernement Legault accueille favorablement les mesures prises par la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) à la suite des irrégularités constatées au sein de sa filiale Otéra Capital, mais l’opposition estime que l’affaire démontre une insuffisance de contrôles internes.

Un rapport d’enquête rendu public mardi confirme notamment que les gestes posés par le président de la filiale, Alfonso Graceffa, et l’économiste Edmondo Marandola n’étaient pas appropriés, pas plus que la relation d’affaires et de cœur qu’entretenait sa vice-présidente, Martine Gaudreault, avec un prêteur privé lié au crime organisé. Ces trois dirigeants, ainsi qu’une quatrième personne visée qui n’a pas été identifiée, ont été congédiés. Une révision complète de la gouvernance et du code d’éthique a été instituée.

«Le code d’éthique n’a pas été respecté, les personnes ont été congédiées, ç’a été fait rapidement, ç’a été bien fait, donc je suis satisfait», a d’abord indiqué le premier ministre François Legault en mêlée de presse à l’Assemblée nationale.

M. Legault ne croit toutefois pas qu’il faille revoir l’ensemble de la gouvernance de la Caisse pour autant.

«Je suis convaincu que c’est une exception. Il y a peut-être un problème avec la filiale immobilière, qui était peut-être un peu séparée du reste de la Caisse de dépôt, mais je pense que le code d’éthique est ferme, il est clair. Je pense que les hauts dirigeants des différentes filiales ont peut-être eu leur leçon pour s’assurer que le code d’éthique soit appliqué», a-t-il dit.

Son ministre des Finances, Éric Girard, responsable de la Caisse, s’est aussi dit «très satisfait» de l’enquête et de ses résultats.

«Toutes les sociétés d’État, toute la fonction publique, nous-mêmes, tout le monde doit être vigilant. Dans ce cas-ci, Otéra doit faire des améliorations à son code d’éthique, à sa gouvernance et ce sera fait», a-t-il fait valoir, notant au passage qu’il n’y avait eu ni fraude ni blanchiment et que le portefeuille d’Otéra était demeuré «intègre».

QS: «réaction décevante»

Au contraire, le leader parlementaire de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, a qualifié la réaction de la Caisse de «très décevante».

«C’est une réaction qui minimise l’ampleur des problèmes. On nous dit : “C’est juste quatre personnes”. Ce n’est pas juste quatre personnes : c’est le numéro un de l’entreprise qui s’est fait prêter 9 millions $ pour ses projets d’affaires personnels. Ce n’est pas un petit problème et, à voir la réaction de la Caisse, on a l’impression que tout va bien, madame la Marquise.»

Le député de Gouin estime inconcevable qu’Otéra n’ait pas été soumis aux mêmes standards éthiques que la Caisse de dépôt et ajoute que toutes les filiales de l’institution, incluant Ivanhoé Cambridge, même si la Caisse n’en contrôle que 94 %, devraient être soumises aux mêmes normes.

Il y a vu une nouvelle occasion de critiquer la rémunération du pdg de la Caisse.

«Michael Sabia est payé 3 millions $ par année et chaque année [...] on se fait répondre qu’il faut payer du monde des millions de dollars pour avoir les meilleurs gestionnaires possibles, que ça va nous assurer d’avoir des gestionnaires de haut niveau qui vont instaurer les plus hauts standards de gouvernance et de gestion. Mais c’est drôle, à la Caisse de dépôt et placement du Québec, il continue à y avoir des scandales comme ça et ça prend des journalistes qui sont payés 30 fois moins que M. Sabia pour trouver des problèmes», a-t-il dit.

Importance du journalisme

C’est en effet un travail d’enquête du Journal de Montréal qui a mis au jour les irrégularités reprochées aux quatre personnes congédiées.

Le leader parlementaire du Parti québécois, Martin Ouellet, n’a d’ailleurs pas manqué de le souligner.

«Lorsque ça prend des journalistes, des enquêtes de fond, on voit toute l’importance qu’a le système journalistique au Québec pour s’assurer que la démocratie est respectée et que les filous soient effectivement mis au pilori et qu’on prenne des mesures pour s’en débarrasser», a-t-il lancé.