Jennie Carignan, originaire d’Asbestos, sera promue au grade de major-général dès jeudi, et partira pour l’Irak en novembre afin de diriger la mission de l’OTAN.

La brigadier-général Jennie Carignan se prépare pour l’Irak

La brigadier-général Jennie Carignan cédera dans quelques jours le commandement de la 2e Division du Canada, et ce qu’elle retient de son mandat est surtout la relation de confiance qu’elle a su entretenir avec ses équipes.

«Pour moi, les moments forts sont surtout mes interactions avec mes équipes. Je suis très inspirée par les gens que je mène. Et ça, c’est ce qui fait que je me lève le matin pour aller travailler», exprime Mme Carignan, en entrevue avec Le Soleil.

Jennie Carignan, originaire d’Asbestos, sera promue au grade de major-général dès jeudi, et partira pour l’Irak en novembre afin de diriger la mission de l’OTAN.

«Mon départ est doux-amer. Normalement, on essaie de rester en poste deux ans. Mais on n’a pas toujours le contrôle sur les missions qui ont besoin de personnel. On a besoin de moi dans ce rôle-là et, franchement, je pense que j’ai la bonne formation et la bonne expérience pour le faire. Je me sens prête pour y aller.»

La brigadier-général Carignan remplacera un autre Canadien, le major-général Dany Fortin. Elle indique en toute humilité qu’elle ne voit pas sa promotion comme une récompense, plutôt comme des attentes envers elle.

«On s’attend à ce que je fasse autre chose à un autre niveau. J’ai toujours pris ça comme ça vient, j’ai toujours tendance à me concentrer sur ce que j’ai à faire. Ce qui est important pour moi, c’est de faire mon possible pour que tout se passe bien.»

Préparation

L’OTAN mène depuis l’automne 2018 une mission devant fournir conseils et formation au ministère irakien de la Défense dans la lutte contre les bombes artisanales, la coopération avec les civils, la maintenance de véhicules blindés et la médecine militaire. Ottawa avait annoncé en mars que la participation du Canada allait être prolongée jusqu’à la fin de l’année 2020. Quelque 580 militaires y sont déployés, dont 250 soldats canadiens.

«Il est certain qu’une préparation physique doit se faire pour cette mission. La manipulation d’armes, il faut connaître les techniques de guerre, bien utiliser notre équipement de protection, les premiers soins... Toutes les habilités de base que tous les soldats doivent avoir. Dans mon cas, il y aura beaucoup d’étude. Je ne connais pas tout ce qu’il se passe là-bas. Je vais m’assurer de bien comprendre les intentions de l’OTAN envers la mission. Je vais me déplacer en Irak avec major-général Fortin, il va me transmettre beaucoup d’informations.

La brigadier-général Carignan ajoute que même si on a beaucoup d’expérience en poche, il faut s’avouer qu’on ne sait pas tout.

«Il y a aussi du travail à la maison. Je vais m’assurer que je passe du temps de qualité avec mes proches, pour que tout le monde soit confortable avec mon départ.» 

Bilan : «fierté»

Les opérations nationales menées dans la dernière année, en soutien aux autorités civiles, sont parmi les événements marquants de Mme Carignan.

«Des opérations comme dans le cas des Îles-de-la-Madeleine ou des inondations du printemps, c’est pour ça qu’on fait ce métier-là, pour faire ce genre d’opérations-là. C’est une source de très grande fierté d’amener mon équipe en soutien à la population du Québec.»

Pour ce qui est des défis, la brigadier-général note évidemment la légalisation du cannabis.

«Pour une force de sécurité professionnelle, c’est un changement quand même difficile à gérer. On avait une politique de zéro tolérance... Comment j’ai fait? J’ai fait confiance à mon équipe. On a fait notre travail d’éducation et, jusqu’à maintenant, ils ont très bien fait ça. Je suis rassurée, quand nos gens entrent au travail le matin, ils sont en forme et sont alertes.»

Une pionnière

Jennie Carignan est la plus haut gradée militaire au Québec, et demeure la première femme à commander une unité de combat dans l’histoire des Forces armées canadiennes. Par le passé, elle a servi notamment en Bosnie-Herzégovine, sur le plateau du Golan et en Afghanistan. Voilà qu’elle ajoute une autre corde à son arc. Cette femme a de quoi être une inspiration pour plusieurs.

«C’est important de ne pas se laisser intimider par l’uniforme militaire. C’est très caricaturé dans les films et ça ne représente pas la réalité. On a besoin de soldats avec différentes habilités, diverses expériences et c’est important d’avoir cette diversité-là. Qui qu’on soit, si on est intéressé par les Forces, c’est important de l’essayer. Il ne faut pas se laisser arrêter par les stéréotypes», a-t-elle dit en message à ceux ou celles qui espèrent peut-être suivre ses traces.

«La vie militaire, c’est une vie de service, c’est une cause très honorable. On contribue à quelque chose de plus grand que nous», termine la future major-général.