Le Droit a obtenu des données révélant le délai maximal d’attente pour voir un neurologue dans la région en fonction des différents codes de priorité établie pour le système par lequel transitent les requêtes en médecine spécialisée.

Jusqu’à 616 jours d’attente pour un neurologue

Six cent seize jours. Tel est le plus long délai d’attente actuellement observé pour obtenir une consultation avec un neurologue en Outaouais.

Avec seulement deux neurologues pratiquant à temps complet en établissement, le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO) est confronté ce printemps à des périodes de découverture de garde. La liste d’attente écope. 

Le Droit a obtenu des données révélant le délai maximal d’attente pour voir un neurologue dans la région en fonction des différents codes de priorité établie pour le système par lequel transitent les requêtes en médecine spécialisée.

Pour les codes A et B, qui nécessitent respectivement une consultation à l’intérieur de trois à dix jours, le CISSSO réussit à répondre aux demandes sans aucune attente.

La situation se corse toutefois pour les cas moins urgents. Pour un code C, la plus longue attente actuellement observée au CISSSO est de 119 jours (près de quatre mois), alors que la cible est fixée à un maximum de 28 jours.

Pour une priorité D, l’objectif est que les patients soient vus en trois mois ou moins, mais le délai maximal atteint tout près d’un an.

Les cas les moins prioritaires, les E, doivent pour leur part être vus à l’intérieur de 12 mois, selon les cibles établies par Québec. Dans cette catégorie, l’attente la plus longue en neurologie atteint 616 jours en Outaouais, ce qui équivaut à environ un an et huit mois.

La quantité de patients touchés est considérable. Pour 2018-2019, 1105 rendez-vous ont été donnés en dehors des délais prescrits. Pour les priorités C, D et E, les consultations ont été réalisées hors-délai dans 72 à 90 % des cas.

Le président de l’Association des médecins omnipraticiens de l’ouest du Québec, le Dr Marcel Guibault, indique que ces délais représentent un certain casse-tête pour les médecins de famille, qui ignorent à quel moment leurs patients pourront être vus par un spécialiste. « Les réponses qu’on a, c’est que le délai [ciblé] ne sera pas respecté, mais on n’a pas d’indication pour savoir quand va être la consultation », déplore-t-il.

Dans l’attente, les patients sont souvent portés à retourner voir leur médecin de famille. « Ça nous met dans une situation un peu désagréable, note le Dr Guilbault. C’est sûr qu’on essaye d’aider le patient d’une autre façon, mais ça augmente le nombre de visites. Quand tu n’as pas une consultation en spécialité rapidement, le patient revient te voir pour le même problème, mais on n’a pas vraiment plus de réponses la deuxième fois. Quand on parle d’accessibilité aux médecins de famille, ça fait partie des problématiques d’être obligés de faire plus de visites pour ces patients-là, alors qu’on ne devrait pas. Ça enlève des rendez-vous pour d’autres patients. »

Le directeur adjoint des services professionnels du CISSSO, le Dr Nicolas Gillot, souligne que malgré les délais pour les cas moins prioritaires, l’organisation « assure » le service pour les urgences neurologiques.

Des démarches sont en cours auprès de l’Association des neurologues du Québec pour « trouver des moyens d’avoir des remplacements temporaires », a indiqué le Dr Gillot.

Le CISSSO explore aussi la piste de la plateforme eConsult Québec, qui a été mise en place sous forme de projet pilote dans une clinique de Gatineau afin que les omnipraticiens puissent obtenir rapidement, en quelques clics, l’avis de spécialistes.

« Il y a des travaux qui sont faits au niveau provincial pour diffuser eConsult de manière générale partout, a fait savoir le Dr Gillot. […] Ça répondrait à beaucoup de problématiques. »

Le CISSSO souhaite trouver une solution rapidement, mais le nombre de neurologues est « quand même assez restreint ». « Le fait d’avoir si peu de médecins, ça fragilise le service, reconnaît le Dr Gillot. C’est pour ça qu’on est en train de regarder pour avoir du dépannage pour venir nous aider, et c’est pour ça aussi que par moment, on fait appel à Montréal quand on n’a pas d’autre choix, pour au moins dépanner par téléphone. »