Jimmy Bouchard

Jimmy Bouchard plaide coupable d'avoir planifié le meurtre de son ex-conjointe

Le Jeannois Jimmy Bouchard plaide coupable à toutes les accusations déposées contre lui, dont celle d’avoir planifié le meurtre de son ex-conjointe et d’avoir fabriqué des explosifs dans le but de l’éliminer.

Au troisième jour de son procès devant le juge Jean Hudon, de la Cour du Québec, Bouchard a d’abord témoigné devant le tribunal, exprimant ce qui s’était passé entre 2013 et 2016, lorsqu’il a fomenté la disparition de la mère de ses enfants.

Ensuite, Bouchard, qui est âgé de 42 ans, a enregistré des plaidoyers de culpabilité aux accusations d’avoir conseillé une infraction qui n’a pas été commise (article 464 du Code criminel canadien), d’usage d’explosifs (art. 81) dans l’intention de causer la mort, de la possession sans excuse légitime de ces explosifs (art. 82) et de possession non autorisée d’une arme à feu (art. 91). Il est passible d’une peine de détention à perpétuité.

À la conclusion du procès, Me Louis Belliard, en défense, a fait valoir à son client qu’il n’avait aucune chance de le faire acquitter en raison de la preuve hors de tout doute raisonnable qui lui avait été présentée. 

Le juge Hudon a émis le même commentaire avant de quitter la salle. « Si ça peut vous rassurer, je peux vous dire que j’étais du même avis que votre avocat sur votre culpabilité sur tous les chefs », a lancé le magistrat.

Durant son témoignage, Bouchard, de Saint-Stanislas au Lac-Saint-Jean, a exprimé des regrets en lien avec son plan machiavélique, qu’il a tout de même pensé durant trois années.

« Je regrette ce que j’ai fait. J’ai honte. Je suis content que ça ne se soit pas produit. Aujourd’hui, je me rends compte que ça n’avait pas de bon sens de penser à ça », a notamment mentionné Bouchard.

L’individu a aussi précisé au juge Hudon qu’il n’avait pas pris la décision finale d’en finir avec son ex-conjointe et indiqué qu’il n’a jamais été convaincu d’aller jusque-là, du moins jusqu’à la fin du mois de novembre 2016.

« Lorsque j’ai rencontré l’agent d’infiltration, mon père venait d’avoir des problèmes et je me suis dit que je n’avais plus rien à perdre. Je me sentais lâche de ne pas agir et je devais accepter de la faire tuer », a-t-il poursuivi.

Témoignage contredit

Avant de se laisser aller sur ses états d’âme, Bouchard a pris la peine de contredire le témoignage de son bon ami Éric Maltais, tentant de démontrer que c’est son copain qui a tout manigancé pour se débarrasser de l’ex-conjointe.

« Lorsque mon ex est partie avec mon fils, j’en ai parlé à Éric. Il m’a dit que si ça avait été lui, elle ne serait jamais sortie de la maison et il s’en serait occupé. Il m’a offert de trouver quelqu’un pour le faire, qu’il connaissait du monde. Il m’avait même trouvé deux gars pour 20 000 $ et 30 000 $ », a indiqué Bouchard.

L’accusé lui a dit qu’il n’avait pas d’argent pour ça. Maltais lui a fait quelques propositions pour s’en faire, notamment voler des remorques. Son ami était aussi prêt à lui prêter la somme d’argent, qu’il avait en sa possession.

« Il m’a même parlé d’une infirmière à Chicoutimi assez folle pour faire ça lorsque mon ex était pour accoucher, que ça ne serait pas détectable », a poursuivi Bouchard.

Me Nicole Ouellet, du bureau du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), et Me Louis Belliard, en défense, ont reporté les représentations sur sentence au 7 mars.

+

LA PREUVE ÉTAIT IMPORTANTE

Le ministère public et la défense ont estimé que la preuve retenue contre Jimmy Bouchard était à ce point solide et hors de tout doute raisonnable que les plaidoyers de culpabilité enregistrés au terme des trois journées de procès étaient pratiquement inévitables.

« Honnêtement, j’estime que justice a été rendue. Je pense que nous avons fait une preuve hors de tout doute de toutes les infractions et que nous avons démontré toutes les circonstances aggravantes prouvant qu’il devait avoir une déclaration de culpabilité. Le fait qu’il ait plaidé coupable démontre que nous avions une preuve hors de tout doute raisonnable », a commenté Me Nicole Ouellet, du bureau du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) à la sortie du tribunal.

« Il est difficile pour moi de dire ce que j’envisage (comme sentence), mais il s’expose à une peine importante. Juste de penser à la possession des explosifs, c’est une peine importante. Et on peut ajouter le fait d’avoir comploté afin de commettre une infraction criminelle qui ne s’est pas produite, le tout dans un contexte de garde d’enfant et de violence familiale », d’exprimer la procureure de la Couronne.

En défense, Me Belliard a donné quelques explications sur le fait que son client ait plaidé coupable après trois journées de procès.

« L’objectif principal de l’enquête policière était de donner une bonne taloche à Jimmy Bouchard. C’était un dossier exceptionnel dans la carrière de l’enquêteur et mon client a été assez niaiseux pour croire que ça pouvait marcher comme ça et d’engager la police pour faire tuer sa femme », a lancé Me Belliard.

« Les témoins de la Couronne n’étaient pas là pour prouver les faits, mais essentiellement pour dépeindre le portrait d’une personne obsédée, ambitieuse et irresponsable. Lorsque M. Maltais vient dire que les truands n’ont pas voulu faire le coup, parce que Jimmy Bouchard était prêt à faire sauter la voiture, peu importe la manière y compris les enfants, c’était uniquement pour salir le plus possible son ami de 30 ans pour qu’il ait la peine la plus grosse possible », poursuit le criminaliste.

Selon Me Belliard, le procès n’a pas servi à déterminer la culpabilité de son client, car celle-ci était assez évidente, mais de voir à quel point Bouchard peut être dangereux et pour estimer le temps qu’il lui faudra à l’ombre pour comprendre qu’il ne pouvait envisager de faire tuer son ex-conjointe. 

Jimmy Bouchard est incarcéré depuis le 1er décembre 2016, soit depuis plus de 25 mois. Il restera encore en détention jusqu’au moment où le juge Jean Hudon rendra sa décision sur la peine à imposer.