Jean-Christophe Réhel a été récompensé pour son roman Ce qu’on respire sur Tatouine.

Jean-Christophe Réhel remporte le Prix littéraire des collégiens [VIDÉO]

Le poète montréalais Jean-Christophe Réhel a su faire vibrer le jury composé de centaines d’étudiants de cégeps et de collèges du Québec qui lui a remis vendredi au Salon du livre de Québec le seizième Prix littéraire des collégiens pour son premier roman «Ce qu’on respire sur Tatouine» paru chez Del Busso Éditeur.

Les deux porte-parole étudiants, Ariane Fortin du Cégep Saint-Laurent et Anthony Lacasse du Collège Bart, ont dit avoir choisi l’oeuvre de Réhel, âgé de 29 ans et qui écrit depuis ses 18 ans, pour sa complexité, sa grande maîtrise littéraire, ses segments imagés, ses personnages attachants, son côté politique, sa beauté du quotidien, ses passages parfois «écoeurants» et ses références à la culture populaire. «J’étais prête à «flasher» mes seins pour le défendre!», a même lancé Ariane Fortin pour démontrer comment cette oeuvre l’avait conquise.

Le roman met en scène un personnage principal qui s’abandonne dans un monde peuplé de références cinématographiques et musicales, dont plusieurs liées au monde de «Star Wars», pour échapper à son quotidien ennuyeux. Réhel, qui a publié plusieurs recueils de poésie, avait comme adversaires «Créatures du hasard» de Lula Carballo, «Les villes de papier» de l’écrivaine de Québec Dominique Fortier, «De synthèse» de Karoline Georges et «Querelle de Roberval» de Kevin Lambert.

«Je suis content, je vais pouvoir m’acheter mes semelles orthopédiques!», a-t-il lancé d’entrée de jeu, mi-sérieux, mi-blagueur, au moment de recevoir la bourse de 5 000 $ qui accompagne le prix. «J’ai eu la chance de rencontrer des étudiants passionnés qui m’ont fait redécouvrir mon propre livre», a-t-il poursuivi, soulignant ensuite l’ironie du fait que le Prix littéraire des collégiens soit le premier prix qu’il remporte comme écrivain.

«Ça fait drôle de gagner ce prix-là, car ma relation avec l’école a toujours été un peu chaotique. J’ai doublé mes mathématiques un million de fois, je suis allé aux adultes, j’ai lâché l’université...», a-t-il confié avant d’inviter les jeunes présents à ne pas craindre de développer leur passion. «Il faut écrire si on a envie d’écrire, sans se poser trop de questions. Il faut prendre des risques, des petits et des grands risques, il faut ignorer ceux qui nous rabaissent, il faut trouver la joie qui passe souvent.» 

En entrevue avec le Soleil, il est demeuré humble. «Ça fait 10 ou 11 ans que j’écris et c’est une belle reconnaissance. Tout le monde aurait pu le gagner, mais c’est moi qui l’ai gagné. Mais je n’écris pas pour gagner des prix», a-t-il commenté. 

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FESTIVAL QUÉBEC BD: UN DEUXIÈME GRAND PRIX POUR FRANCIS DESHARNAIS

Dix ans après l’avoir reçu pour Burqette, sa première bande dessinée, le bédéiste de Québec Francis Desharnais a remporté vendredi soir un deuxième Grand prix de la Ville de Québec pour son roman graphique La Petite Russie, publié chez Pow Pow. Le prix, remis à l’occasion du Festival Québec BD, récompense le meilleur album de langue française publié au Québec par des auteurs canadiens.

La Petite Russie, c’est l’histoire méconnue du petit village abitibien de Guyenne et de sa coopérative de travail, née en 1947, où les grands-parents de l’auteur ont résidé pendant 20 ans. Afin de financer le développement de la colonie, la coopérative conservait 50% du salaire des membres. Cette situation en avait amené certains à qualifier Guyenne de «Petite Russie» en raison de similarités avec la Russie, devenue communiste après la Révolution d’octobre de 1917. L’auteur présente les visages de gens qui ont tout abandonné pour aller s’installer dans cette nouvelle colonie. 

Âgé de 41 ans, Francis Desharnais a étudié en graphisme au Cégep de Sainte-Foy. Il avait remporté en 1998 le prix de la relève au concours Vidéaste recherché pour C’est en revenant du Congo, puis avait réalisé le film d’animation Rumeurs, produit par l’Office national du film, en 2003. C’est en 2008 qu’il a publié Burqette, une bande dessinée composée de capsules humoristiques mettant en scène Alberte, une adolescente matérialiste à qui son père a imposé le port de la burqa. Cette œuvre lui a valu plusieurs prix dont le Prix Réal-Fillion, le Grand prix de la Ville de Québec et le Digi Award de 2012 pour son adaptation numérique sous forme de capsules vidéo.

Autres prix

L’organisation du Festival Québec BD a aussi décidé de remettre son prix hommage Albert-Chartier à Sylvie Rancourt et Paulin Lessard. Sylvie Rancourt a créé la série Mélody, une bande dessinée autobiographique qui raconte les réalités de sa vie de danseuse nue. Quant à Paulin Lessard, c’est pour sa série de science-fiction Les deux petits nains publiée dans plusieurs journaux de 1947 à 1949, à un moment où ce style était presque inexistant au Québec, qu’il a été récompensé.

Les autres lauréats des prix Bédéis Causa sont Jean-François Laliberté et Sacha Lefebvre pour le premier tome de la série de science-fiction U-Merlin qui a décroché le prix Réal-Fillion de l’auteur canadien s’étant le plus illustré avec un premier album francophone. Ceux qui restent de Joseph Busquet et Alex Xoül a décroché le prix Maurice-Petitdidier, coup de cœur du jury pour un album francophone publié à l’étranger, alors que Royal City de Jeff Lemire a reçu le prix Traduction pour un coup de cœur du jury issu d’une traduction.

Le prix Albéric-Bourgeois du meilleur album de langue française publié à l’étranger par des Canadiens a été remis à Mikaël Berthomier, natif de la France, mais résidant à Québec depuis plusieurs années, pour le deuxième tome de sa série Giant. Quant au premier prix Yvette-Lapointe destiné au meilleur album jeunesse de langue française publié par des Canadiens, il a été remis à Adventurosaure de l’auteur montréalais Julien Paré-Sorel. Finalement, le prix Jacques-Hurtubise, accompagné d’une bourse de 1000 $ et qui vise à favoriser la nouvelle création et les auteurs émergents au Québec, a été remis à Julien Dallaire-Charest, qui pourra ainsi mener à terme son projet Pogneurs de spectres.

Francis Desharnais