Les pompiers ne peuvent à eux seuls protéger toutes les maisons de toutes les villes touchées par les puissantes flammes, relate la Québécoise Gabrielle Gagné.
Les pompiers ne peuvent à eux seuls protéger toutes les maisons de toutes les villes touchées par les puissantes flammes, relate la Québécoise Gabrielle Gagné.

«Je prie pour de la pluie», souhaite une Québécoise vivant en Australie

Judith Desmeules
Judith Desmeules
Le Soleil
Gabrielle Gagné a quitté Québec il y a quatre ans pour s’installer en Australie, les longues journées chaudes et rarement pluvieuses l’avaient attirée. «Je n’aurais jamais cru dire ça, mais je prie pour de la pluie tous les jours», exprime-t-elle en entrevue avec Le Soleil.

La femme de 31 ans demeure à Gerringong avec son copain australien. Elle adore le pays, elle vit près de la plage et fait du surf, la température l’arrête rarement.

«J’étais contente de dire qu’il ne pleuvait presque jamais ici, maintenant c’est tout le contraire», avoue-t-elle par téléphone. 

Les incendies qui attaquent l’Australie depuis plusieurs mois se rapprochent tranquillement de la côte sud du pays, et donc de Gerringong. Certaines maisons près des forêts ont été évacuées, Gabrielle Gagnée et son copain peuvent encore rester à la maison parce qu’ils habitent près de la plage. 

«Les feux sont à environ 25 kilomètres de chez moi, ça se rapproche tranquillement. Mais plus au Sud, à une heure de route, il y a des gens qui se sont fait piéger, les feux les avaient encerclés. Ils ont peur que ça fasse la même chose ici», redoute Mme Gagné, qui a effectué ses études à l’Université Laval. 

Il y aurait un incendie du côté nord et un autre du côté sud de chez elle, les autorités sont inquiètes qu’ils se rejoignent, et qu’ensemble ils soient encore plus ravageurs. 

Toutes les maisons qui n’ont pas accès aux services d’aqueduc se retrouvent avec des puits d’eau asséchés. Plusieurs abandonnent donc leur maison pour cette raison, raconte Gabrielle Gagné.

Communauté en renfort

Les pompiers ne peuvent à eux seuls protéger toutes les maisons de toutes les villes touchées par les puissantes flammes.

«Les pompiers ne sont plus rémunérés, mais ils ne peuvent pas arrêter de travailler et il y a des limites à ce qu’ils peuvent faire. Les gens défendent leur maison eux-mêmes. J’ai des amis qui ont passé le jour de l’An à défendre leur maison avec des amis et des cousins», raconte Mme Gagné.

D’ailleurs, l’Agence France-Presse rapportait samedi que les incendies avaient fait une 24e victime. Un homme est mort en essayant de protéger des flammes la maison d’un ami. 

La Québécoise raconte aussi que plusieurs personnes de son entourage n’ont plus d’eau dans leur résidence. Toutes les maisons qui n’ont pas accès aux services d’aqueduc se retrouvent avec des puits d’eau asséchés. Plusieurs abandonnent donc leur maison pour cette raison.

Les incendies qui attaquent l’Australie depuis plusieurs mois se rapprochent tranquillement de la côte sud du pays.

Sentiment de panique

Une interdiction d’allumer n’importe quel feu à n’importe quel endroit est en vigueur en Australie depuis le mois de septembre. Les citoyens doivent aussi limiter leur consommation d’eau, il est entre autres interdit d’arroser les plantes ou les terrains qui deviennent de plus en plus secs.

«Il y a de la fumée partout, on la sent dans notre gorge et nos vêtements sentent la fumée. Quand tu regardes le ciel, c’est gris et vaporeux. On ne voit plus le soleil, c’est comme s’il était caché.»

La qualité de l’air est aussi médiocre, plusieurs enfants et personnes âgées doivent quitter le pays pour des raisons de santé. 

«Le monde commence à capoter, on ne s’attend pas à ce que ça nous affecte jusqu’à ce que ça nous arrive. Les gens s’entraident beaucoup, ils offrent des chambres à ceux qui ont laissé leur maison et essaient d’évacuer les animaux le plus possible. Il faut aider les autres et on le réalise.»

Mme Gagné note qu’elle remarque aussi beaucoup de levées de fond, les gens de partout se montrent généreux. Elle et son copain attendent de voir s’ils pourront rester dans leur maison après cette fin de semaine (les deux pires journées, selon les autorités australiennes), ensuite ils offriront un toit à ceux qui en ont besoin. «J’ai l’impression que la panique commence dans mon coin, les feux étaient loin avant ce week-end. Je pense que l’ambiance pourrait déraper dans les prochains jours, les gens sont alarmés», ajoute la Québécoise. 

Manque de ressources?

Depuis le début de la crise, le premier ministre de l’Australie Scott Morrison est critiqué pour sa mauvaise gestion de la situation. C’est d’ailleurs l’impression que Mme Gagné et son entourage ont : le gouvernement n’aide pas tant que ça.

«Ce sont les services locaux qui lèvent les alertes et vont cogner à la porte des gens. J’ai vraiment l’impression que ce sont les communautés locales et les services de pompiers qui nous informent. On dirait que le gouvernement ne fait rien, en tout cas, on n’en a pas connaissance», laisse-t-elle entendre.

Elle est d’avis que le «reste du monde doit continuer de faire de la pression» sur le gouvernement australien pour que la situation change.

Lundi, quelques millimètres de pluie sont attendus sur le pays, mais ce sera loin d’arranger les choses. 

«Ça donne des frissons. On aurait besoin d’un mois de pluie sans arrêt», termine Mme Gagné.