Les militaires étaient à pied d’oeuvre, jeudi, à Louiseville. On voit sur la photo la brigadier général Jennie Carignan.

Inondations en Mauricie et au Centre-du-Québec: «une lueur au bout du tunnel»

Trois-Rivières — Le niveau du fleuve s’est stabilisé jeudi, mais les prévisions changent continuellement, donc il est difficile de déterminer si les riverains peuvent enfin souffler ou si dame nature leur réserve d’autres mauvaises surprises.

Si les pires pronostics semblent écartés, personne n’est prêt à crier victoire d’autant plus que la pluie se pointe et que le moral des sinistrés est plus que jamais mis à l’épreuve.

«On commence à voir une lueur au bout du tunnel. Une lueur de lumière. Les prévisions sont plus encourageantes», affirme Bernard Létourneau, porte-parole de la Sécurité civile. Si mercredi, la Sécurité civile craignait que le niveau du lac Saint-Pierre atteigne 3,92 mètres, il semble qu’il ne dépassera pas les 3,75 mètres. «Ça devrait être pas mal le maximum. Ça va rester stable pendant deux ou trois jours. Ce qui nous aide, c’est que les grandes marées nous ont lâchés. En principe, ça ferait en sorte que le lac Saint-Pierre baisse, mais il va rester stable, parce qu’on attend pas mal de pluie», explique M. Létourneau.

En effet, 20 à 40 millimètres de pluie sont attendus de vendredi midi à samedi. Après la fin de semaine, si les prévisions s’avèrent, le lac Saint-Pierre devrait se mettre à descendre pour passer sous les 3 mètres aux alentours du 5 mai. Le seuil d’inondation mineure du lac Saint-Pierre est de 2,70 mètres. Les riverains risquent donc d’avoir les pieds dans l’eau encore plusieurs jours. «Tout ce qu’on peut leur dire c’est d’être patients», laisse tomber M. Létourneau.

D’ailleurs, à Bécancour, on ne se réjouit pas trop vite. Dans cette municipalité, quelque 110 résidences sont toujours isolées. «Les pronostics sont moins alarmants que ce qui était prévu. C’est sûr que c’est encourageant. La seule chose que je crains, c’est le vent. Le vent, il n’y a rien de pire, parce que ça balaie le rivage, ça endommage les murets et tout ça. Mais pour le moment, on tient le coup», affirme Jean-Guy Dubois, maire de Bécancour. Même son de cloche du côté de Trois-Rivières. «Plusieurs facteurs peuvent influencer la crue des eaux: la pluie, la fonte des neiges, la marée, le vent, si bien que la situation peut changer, évoluer de jour en jour ou même d’heure en heure. Donc, il est beaucoup trop tôt pour écarter la possibilité que cela puisse continuer à monter», prévient Ginette Bellemare, mairesse par intérim de Trois-Rivières. Il reste que les dernières prévisions sont encourageantes. «Oui c’est encourageant, mais il faut faire attention», soutient Mme Bellemare. «Je rappelle toujours aux gens que c’est important qu’ils continuent à se préparer, à se mobiliser», ajoute-t-elle.

Quelque 115 résidences demeurent isolées dans la capitale régionale. Les rivières Milette, Bettez et Lacerte font partie des cours d’eau sous observation. Elles pourraient gonfler en raison de la pluie qui est annoncée dans les prochains jours. «Hier [mercredi], des inspections ont été faites le long des cours d’eau pour vérifier que l’écoulement se fait correctement. Si l’eau continue à monter, il est possible qu’il y ait débordement sur les terrains et sur la voie publique. Il ne faut pas s’inquiéter si cela arrive. La Ville est sur le terrain. On surveille de près la situation et on est prêt à agir en cas de besoin», affirme Mme Bellemare.

La mairesse de Nicolet, Geneviève Dubois, attend aussi de constater que la situation s’améliore vraiment avant de croire à une fin prochaine de cette crue printanière. «Là, je pense qu’on pourra peut-être un peu souffler», lâche-t-elle. «Le défi pour nous, c’est de perdurer dans le temps, parce que les niveaux vont baisser tranquillement. Il ne faut pas que les gens se découragent.»

À Nicolet, une trentaine de militaires ont fait des sacs de sable et les ont distribués chez des citoyens. D’ailleurs, des soldats sont encore mobilisés un peu partout dans la région afin de porter assistance aux sinistrés, notamment en remplissant des sacs de sable et en construisant des digues. Ils étaient notamment nombreux, jeudi après-midi, sur l’avenue du Lac-Saint-Pierre-Ouest à Louiseville lors de la visite de la brigadier général Jennie Carignan. Accompagnée du maire Yvon Deshaies et de la députée de Berthier-Maskinongé, Ruth-Ellen Brosseau, elle a réitéré que les troupes allaient rester sur le terrain tant et aussi longtemps que leur présence sera nécessaire. Environ 200 soldats étaient d’ailleurs au travail en Mauricie et au Centre-du-Québec jeudi, pour un total de 990 un peu partout au Québec. La brigadier général a profité de l’occasion pour remercier les autres intervenants impliqués dans la gestion de la situation pour leur collaboration dans la mise en place de mesures afin d’aider les personnes touchées.

«C’est un gros travail d’équipe. Ça nous permet de mieux vous appuyer. Ça nous fait extrêmement plaisir d’être ici. Ça fait partie de notre raison d’être. C’est pour ça qu’on s’entraîne», a-t-elle déclaré.

Mme Carignan a également indiqué que les troupes qu’elle dirige pourront facilement être redéployées à des endroits différents si le besoin se fait sentir au cours des prochains jours. Dans cette optique, elle considère que les opérations de 2017 ont permis d’améliorer les techniques d’intervention.

«On a pris beaucoup d’expérience au cours des dernières années car nous avons eu plus d’opérations nationales. Ça nous a permis de développer nos capacités et notre collaboration avec les autorités civiles et les différents paliers de gouvernement. On est beaucoup mieux intégré en termes de prévention. La collaboration était déjà en place avant que la crise ne se développe», a-t-elle expliqué.

D’une même voix, le maire Deshaies et la députée Brosseau ont remercié les soldats pour leur aide.

«Merci d’être là car nous avons besoin d’aide. Quand les bras manquent, j’aime ça voir ça. De plus, j’aime bien le kaki», a lancé le maire Deshaies.

«La présence de l’armée, qui est arrivée plus tôt qu’en 2017, est très appréciée. [...] Je crois que vous avez fait 5000 sacs de sable alors merci beaucoup», a poursuivi la députée Brosseau.

Par contre, la présence des militaires ne règle pas tout. Plusieurs commencent à être fatigués et à avoir hâte que la situation se stabilise. C’est notamment le cas un peu partout sur les rives du fleuve. Rencontrée alors qu’elle s’affairait sur le terrain autour de son chalet de Batiscan avant que la marée ne monte, une dame a spontanément répondu que ça allait mal lorsque Le Nouvelliste est allé à sa rencontre.

«Ça n’a jamais été aussi pire, même en 2017», a confié sur un ton exaspéré celle qui a poliment refusé de donner son prénom et se limitant à dire qu’elle s’appelait Mme Lefebvre.