La CNESST a ordonné la fermeture du Zoo de Saint-Édouard.

Infrastructures défaillantes: la CNESST ordonne la fermeture du Zoo de Saint-Édouard

SAINT-ÉDOUARD-DE-MASKINONGÉ — La Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail ordonne la fermeture du Zoo de Saint-Édouard étant donné que les nombreuses défaillances de ses installations mettent à risque la sécurité des gens qui s’occupent des animaux saisis depuis le 21 mai. Par cette décision, les animaux doivent être relocalisés dans les meilleurs délais, une opération qui avait été suspendue le 24 mai à la suite du dépôt par Normand Trahan d’une requête visant l’annulation des mandats de perquisition qui lui ont été imposés.

Une inspection du zoo a eu lieu samedi et la CNESST conclut que les travailleurs ne peuvent prodiguer les soins nécessaires aux animaux de façon sécuritaire. Cette inspection a été menée à la suite du dépôt d’une plainte de travailleurs de la SPCA de Montréal, confirme la CNESST.

«Les infrastructures sont défaillantes. Des clôtures sont endommagées, des portes sont sans ancrage dans le sol. Des animaux pourraient s’évader et entrer en contact avec des travailleurs, les clôtures ne permettent pas d’assurer la sécurité des travailleurs. C’est un souci de la SPCA que les animaux entrent facilement en contact avec les travailleurs» déclare Julie Fournier, responsable des communications de la CNESST, qui n’est pas en mesure d’affirmer si des animaux pouvaient se sauver du zoo.

La plainte aurait été déposée samedi, soit le même jour que l’inspection a été menée, une réaction habituelle de l’organisme, selon Mme Fournier.

«Quand on reçoit une plainte concernant la sécurité, la CNESST réagit rapidement. C’est notre devoir de s’assurer de la sécurité des travailleurs», ajoute Mme Fournier.

Cette dernière ignore si le Zoo de Saint-Édouard a déjà fait l’objet d’une inspection de la CNESST.

L’organisme estime également qu’il est impossible de rendre les lieux sécuritaires tant que les animaux sont présents. Voilà pourquoi ces derniers doivent être déplacés à court terme en raison de la menace à l’égard des travailleurs.

Des gens de la Humane Society International sont autorisés à demeurer sur place afin de prendre soin des animaux le temps qu’ils soient relocalisés.

«Considérant l’urgence de la situation, la SPCA de Montréal et l’organisme Aquariums et zoos accrédités du Canada (AZAC) travaillent conjointement afin de reloger le plus rapidement possible les animaux présentant un risque plus élevé vers des établissements qualifiés. Humane Society International (HSI), qui est responsable du transport et du placement des animaux, travaille en partenariat avec des établissements qualifiés et des transporteurs d’animaux enregistrés et expérimentés, ainsi qu’avec des vétérinaires, afin d’assurer un transport sécuritaire et approprié pour chaque animal, en tenant compte des besoins de chaque espèce et avec toutes les précautions nécessaires», déclare par voie de communiqué la SPCA de Montréal, en précisant que le déplacement d’animaux sera fait sous la supervision d’un vétérinaire et en respect des pratiques reconnues.

En raison de la judiciarisation du dossier, la SPCA de Montréal et la HSI refusent de dire si des animaux ont été déplacés au cours des derniers jours. Il semblerait qu’aucun animal n’ait quitté le zoo, lundi.

La responsabilité de la SPCA

Me Michel Lebrun, avocat de Normand Trahan, estime que cette inspection et cette décision de la CNESST concernent la SPCA de Montréal, car c’est cet organisme qui s’occupe de l’entreprise de son client depuis la saisie.

«C’est la situation gérée par la SPCA qui a été considérée par la CNESST. Depuis le 21 mai, des tigres se seraient échappés, des employés de la SPCA seraient en danger. En ce qui concerne les travaux, mon client était en train de les faire pour motif de sécurité en vue de l’ouverture quand il a été arrêté. Les travaux n’auraient pas été repris par la SPCA. Concernant le rapport de la CNESST, je comprends que la décision est à l’encontre de la SPCA.»

Me Lebrun déclare ne pas avoir été contacté par la CNESST concernant cette inspection ni M. Trahan. Il avance que les choses seraient différentes à l’heure actuelle si son client n’avait pas été arrêté il y a deux semaines.

«Le zoo n’aurait pas été dans ces conditions, car on était en train de faire les travaux. Mon client fonctionnait en règle avec les lois en vigueur. Il n’a jamais eu de problème avec la CNESST et il n’y a jamais eu d’accident au zoo, de mémoire. »

Selon Me Lebrun, les requêtes pour restitution de biens saisis, déposées le 23 mai, devraient être entendues le 11 juin. Aucune date n’a été arrêtée pour entendre la requête visant à casser les mandats de perquisition.

Les animaux ne doivent pas bouger, selon Jacinthe Bouchard

Selon Jacinthe Bouchard, ce ne sont pas les animaux qui doivent quitter le Zoo de Saint-Édouard, mais bien les employés de la SPCA de Montréal afin que différents intervenants prennent les choses en main.

«On va aller dans le gros bon sens. Les animaux ne doivent pas être déménagés. C’est une histoire, car ils (la SPCA) ne savent plus comment s’en tirer. Ils ne savent plus quoi dire. Enlevez les employés de la SPCA et on va faire les travaux. On a quelqu’un, et ce n’est pas M. Trahan, qui veut mettre 100 000 $ pour remettre le zoo conforme. Il y a plein de travaux à faire, les animaux ne sont pas à 100 %, mais il y a autre chose à faire que les transférer», raconte la propriétaire de Zoo Académie et spécialiste du comportement animal.

Quand elle parle d’«histoire, Mme Bouchard fait référence au fait que deux tigres sont sortis de leur enclos, la semaine dernière, sans quitter leur périmètre de sécurité clôturé. 

Selon elle, cet incident ne représentait aucun risque. Maintenant que la CNESST déclare qu’il faut fermer le zoo en raison du risque de la sécurité des employés, Mme Bouchard demande que les gens de la SPCA quittent simplement les lieux.

«En tant que propriétaire de mon entreprise, je n’ai pas droit à la CNESST. On leur dit: Allez-vous-en», déclare Mme Bouchard, dubitative devant le fait qu’une inspection et un rapport soient réalisés durant une fin de semaine.

Mme Bouchard soutient qu’elle n’entretient aucun parti pris à l’égard du propriétaire du Zoo de Saint-Édouard. Elle rappelle que Normand Trahan était en train de rénover certaines infrastructures lorsque les travaux ont été interrompus par la saisie du 21 mai.

«Selon l’avis de la Faune, il avait jusqu’en 2020 pour finir les rénovations. Oui, il y a du travail à faire, mais on peut mettre plus de clôtures. Ça fait 30 ans  (que M. Trahan a un zoo) et il n’a jamais perdu un animal.»