Les citoyens de la 122e Rue, à Beauport, déplorent, et ce depuis huit ans, l’insomnie causée par le trafic qui roule à vive allure à quelques mètres de leurs résidences.
Les citoyens de la 122e Rue, à Beauport, déplorent, et ce depuis huit ans, l’insomnie causée par le trafic qui roule à vive allure à quelques mètres de leurs résidences.

Incommodés par le bruit de l’autoroute 40, ils interpellent Dr Arruda… depuis six ans

Huguette Barrette et Claude Cochrane vivent sur la 122e Rue à Beauport depuis soixante ans. Les deux voisins demandent au Directeur national de la santé publique, Dr. Horacio Arruda, d’enfin proposer une solution concrète afin de diminuer le bruit de l’autoroute Félix-Leclerc qui est en train de leur «faire perdre la carte».

Les citoyens de la 122e Rue, à Beauport, déplorent principalement, et ce depuis huit ans, l’insomnie causée par le trafic qui roule à vive allure à quelques mètres de leurs résidences. Les camions lourds qui roulent du côté est de l’A 40 vers Charlevoix et la Côte-Nord doivent descendre une pente de 7 % vers le fleuve avant de s’engager dans une courbe où la limite de vitesse recommandée est fixée à 65 km/h. Les camionneurs actionnent alors leur frein moteur causant ainsi un bruit de «coup de tonnerre» racontent plusieurs citoyens à qui Le Soleil a réussi à parler, malgré le bruit assourdissant des véhicules. 

Les effets sont néfastes sur la santé de Mme Barrette et de M. Cochrane, âgés respectivement de 66 et 60 ans. «Le bruit est tellement fort que, pour dormir, je dois prendre une médication, mettre des bouchons et fermer les fenêtres. Et malgré ça, j’entends le bruit des freins moteur dans la maison», raconte M. Cochrane, qui précise que son insomnie cause chez lui de l’irritabilité, de la nervosité et un manque de concentration.

M. Cochrane souligne également que l’autoroute a été construite près de trente ans après sa maison, bâtie en 1931. L’autoroute, construite dans les années 60, n’a vu que ses premiers automobilistes en 1975. «Au tout début, on ne parlait pas de mur antibruit. Parce que c’était une autre époque, mais aussi parce que la circulation n’était pas perturbante à l’époque», explique-t-il. M. Cochrane, qui habite le quartier depuis sa tendre enfance, assure que le nombre d’automobiles, mais aussi de camions a augmenté de façon prononcée avec le développement de Beauport, de Beaupré et de Charlevoix.

Huguette Barrette et Claude Cochrane vivent sur la 122e Rue à Beauport depuis soixante ans.

Retour historique

En décembre 2011, Mme Barrette, M. Cochrane et plusieurs voisins décident de déposer une plainte commune auprès de la santé publique du Québec afin que le gouvernement trouve une solution pour réduire le bruit de l’autoroute Félix-Leclerc. 

Après plusieurs démarches administratives auprès de la direction régionale de santé publique de la Capitale-Nationale (DRSP), Mme Barrette reçoit, le 7 novembre 2014, une lettre signée de la main du Dr. Horacio Arruda, directeur national de santé publique et sous-ministre adjoint. Dans sa lettre, Dr. Arruda indique à Mme Barrette qu’après une discussion avec la DRSP, «une proposition de plan d’action [lui] sera acheminée dans les meilleurs délais, afin de trouver des solutions durables au problème du bruit environnemental dans [son] milieu de vie.»

À la fin de sa lettre, Dr. Arruda assure à Mme Barrette que la Direction de santé publique du Québec soutiendra «la DRSP dans ses démarches et qu’[elle] suivra la situation de près.» Dans quatre autres lettres émises à Mme Barrette le 20 avril, 25 juin, 8 septembre 2015 et le 9 janvier 2018, le directeur national de santé publique réitère sa position et dit prendre «très au sérieux [la] problématique». 

À l’été 2015, la direction de santé publique (DSP) demande finalement au ministère des transports du Québec (MTQ) d’effectuer une étude du climat sonore. Les citoyens, voyant que l’étude est réalisée lors de travaux routiers dans le secteur, ont peur que le bruit analysé ne soit pas représentatif de leur situation. L’étude est donc refaite en 2016. 

En juin dernier, près de quatre ans après leur dernière étude, l’équipe santé et environnement de la DSP publie finalement son rapport sur «l’exposition des résidents du secteur de la 122e Rue, Québec, au bruit de la circulation routière». 

En citant notamment l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la DSP soutient que les «valeurs guide de l’OMS» qui déterminent si le bruit ambiant est néfaste à la santé des citoyens sont de 53 dBA (décibels pondérés pour l’oreille humaine) en moyenne dans le jour et de 45 dBA la nuit. Or, selon les études du climat sonore réalisées par le MTQ en 2015 et 2016, des deux côtés de l’autoroute, les citoyens du secteur sont exposés à une fréquence qui se situe entre 58 et 60 dBA le jour et entre 52 et 55 dBA la nuit. 

La DSP admet donc que «le bruit environnemental auquel sont exposés les citoyens du secteur de la 122e Rue occasionne une nuisance qui pourrait entraîner des effets non désirables sur leur santé et leur bien-être». 

Au terme de son rapport, le directeur de santé publique recommande notamment que «le MTQ et la Ville de Québec poursuivent leur réflexion qui pourrait éventuellement permettre de trouver des solutions». 

Des solutions existent

Selon l’avocate des citoyens, Me Blais, la DSP a discuté de solutions concrètes avec ses clients. Or, à ce jour, aucune proposition officielle ne leur a été faite. «Pourquoi il n’y a aucune solution concrète sur la table? Nous n’avons pas la réponse. Posez directement la question à M. Arruda», a lancé Me Blais aux journalistes convoqués sur les lieux. 

Pour M. Cochrane et Mme Barrette, l’idée de déménager n’est pas la meilleure solution. Beauportois depuis toujours, M. Cochrane et Mme Barrette aiment profondément leur quartier. «On est bien ici. Au niveau social, on a un réseau et on est en sécurité», explique doucement M. Cochrane. Tout comme son voisin, Mme Barrette vit elle aussi dans sa maison d’enfance, acquise par son père en 1963.

Me Blais a refusé de partager les exemples de solutions concrètes émises par la santé publique. Elle soutient que ce n’est pas à ses clients de parler de solutions. «La direction de la santé publique, ce sont eux les experts, qu’ils nous proposent des solutions. Mes clients sont ouverts à tout», a-t-elle toutefois insisté. 

L’avocate a également refusé de confirmer aux médias si des démarches judiciaires pourraient être entamées.

L’histoire de M. Cochrane et de Mme Barrette rappelle celle des citoyens résidant près de l’autoroute Laurentienne qui se sont battus pendant près de trente ans pour obtenir un mur végétal antibruit. Dans le cadre de ce dossier, le MTQ et la Ville de Québec se sont finalement divisé la facture qui s’élevait à un peu plus de dix millions de dollars.

À savoir que le promoteur privé des nouveaux condominiums bâtis près de l’A 40, sous le boulevard des Chutes, a fait installer un mur antibruit pour ses nouveaux résidents dès 2009.