Immigration et pénurie de main-d’œuvre: Labeaume a un plan précis

Le maire de Québec dit vouloir discuter immigration et pénurie de main-d’œuvre avec le nouveau premier ministre du Québec, ajoutant que François Legault ne pouvait éluder le «plus gros danger économique» du Québec.

Régis Labeaume a félicité pour sa victoire le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) lundi soir lors d’une conversation téléphonique. Il a réitéré ses bons mots mardi en marge d’une conférence de presse tenue à l’hôtel de ville. 

«Je tiens à féliciter le nouveau premier ministre. Il a connu une grande victoire sans conteste et il a les coudées évidemment franches», a -t-il lancé.

Lors de ce premier entretien officiel, il n’a toutefois pas été question des enjeux qui touchent la capitale nationale. Pour le maire, ce n’est que partie remise, surtout en ce qui concerne les dossiers d’immigration et de pénurie de main-d’œuvre, les deux étant à ses yeux intimement liés.

«Ce qui se dit avant les élections et un gouvernement qui veut gouverner pour tout le monde, il y a toujours beaucoup de différences. Le premier ministre élu a sa victoire. Maintenant, je suis certain qu’il ne peut pas éviter le plus gros danger économique du Québec», a commenté Régis Labeaume.

Il fait ainsi référence à la promesse de la CAQ de vouloir abaisser le seuil d’immigration au Québec alors que l’administration Labeaume réclame une hausse du nombre d’immigrants économiques pour combler les 10 000 emplois vacants dans la capitale. «J’ai hâte d’avoir une bonne discussion là-dessus avec lui», souhaite le maire, précisant avoir un plan précis à présenter publiquement d’ici quelques jours.

Régis Labeaume et l’ex­-gouvernement Couillard, par la voix de son ancien ministre responsable de la capitale nationale, Sébastien Proulx, avaient développé une vision commune du développement de la région, facilitant l’approbation de certains grands projets comme la Promenade Samuel-De Champlain et le tramway. Le maire les a d’ailleurs remerciés pour le travail accompli.

Transport collectif

Le changement de gouvernement ne lui fait pas craindre de perdre son poids politique ou que la réalisation de certains projets soit ralentie ou compromise.

«On verra […] Il y a eu un budget au printemps. Je ne sais ce qu’ils [la CAQ] vont faire avec ça. Mais, par exemple, le transport collectif, on est parti, 215 millions $ dans le dernier budget. Je ne pense pas que personne ne va oser toucher à ça et M. Legault dans mon bureau, m’a appuyé. 


« Le premier ministre élu a sa victoire. Maintenant, je suis certain qu’il ne peut pas éviter le plus gros danger économique du Québec »
Régis Labeaume, maire de Québec

Pour le reste, il croit que le plus gros travail à venir est de faire connaissance avec la nouvelle députation de la capitale. «On va travailler avec ceux qui sont en place. Le personnel change, il faut retravailler, redécouvrir ceux et celles qui sont élus. Sinon, c’est business as usual. C’est la septième fois que ça nous arrive», conclut-il, à propos des changements de gouvernement provincial et fédéral vécus depuis son arrivée à la mairie.

Parmi les nouveaux venus, il y en a au moins un qu’il connaît bien : son ex-bras droit, Jonatan Julien, élu dans Charlesbourg. De toute évidence, il ne tenait pas à s’épancher sur la victoire de celui qui a quitté le parti du maire dans la tourmente. «Je le félicite comme les autres», a dit le maire, de façon détachée. 

QS félicité

M. Labeaume a eu de bien meilleurs mots pour les «deux Gaulois» qu’a envoyés Québec solidaire (QS) dans la région de Québec. «C’est deux personnes intelligentes», dit-il à propos de Catherine Dorion dans Taschereau et de Sol Zanetti dans Jean-Lesage.

Même si ce dernier s’est prononcé contre le projet d’agrandissement du Port de Québec, le maire ne pense pas que cela puisse nuire à de bonnes relations avec QS. «On ne s’entendra pas sur tout. Mais il y a une chose sur laquelle on s’entend : le transport collectif. Ça veut dire qu’on s’entend sur l’essentiel. C’est le projet le plus important au-delà de la main-d’œuvre.»

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LEGAULT PRÊT À COLLABORER AVEC «RÉGIS»

Le premier ministre désigné est sûr d’établir une bonne collaboration avec la maire de Québec Régis Labeaume. «On doit aider à développer Québec et je vais bien m’entendre avec Régis», a soutenu François Legault.

Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) a réitéré son engagement à débuter la construction d’un troisième lien routier entre Québec et Lévis d’ici 2022, tout en accompagnant la Ville de Québec dans la construction de son tramway. «Et le tramway, à Québec, et le troisième lien sont importants».

Le député de La Peltrie, Éric Caire, ne voit «pas de problème» dans la relation entre un gouvernement caquiste et le maire Régis Labeaume. «Nous avons un amour commun de la ville de Québec, nous avons des objectifs communs; il y a aucune raison pour qu’on ne s’entende pas.»

À l’est, et vite

M. Caire croit que la priorité de la CAQ dans la région de Québec est de «livrer la promesse du troisième lien». Dès qu’un nouveau ministre des Transports sera nommé, il devra «poser les gestes nécessaires» pour que le bureau de projet du troisième lien se concentre sur un scénario à l’est et fasse avancer les travaux plus rapidement. 

Le député de La Peltrie croit que la façon «la plus simple» de réaliser l’interconnexion entre les deux rives est de faire passer le transport en commun sur un troisième lien tout neuf.  

Il n’en fallait pas plus pour que le chef de l’opposition à l’hôtel de ville, Jean-François Gosselin, demande à l’administration Labeaume de retourner sur la planche à dessin pour redéfinir son réseau structurant de transport collectif. «À la lumière des informations données par M. Caire, avec le projet de tramway, il [M. Labeaume] devra refaire ses devoirs et s’assurer que le projet convient au nouveau gouvernement élu majoritairement.»

Enfin, M. Caire croit que son gouvernement doit aussi se montrer combatif pour que le pont de Québec soit repeint. «Il y aura des bagarres à faire avec le fédéral pour qu’il respecte sa promesse de légiférer et d’obliger le propriétaire du pont [le CN] à l’entretenir».  Patricia Cloutier et Jean-­François Néron

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LA CERTITUDE D'UN TROISIÈME LIEN À L'EST HABITE LEHOUILLIER

Gilles Lehouillier se réjouit de l’élection d’un gouvernement caquiste. Le maire de Lévis dit avoir maintenant la certitude de la réalisation d’un troisième lien à l’est.

«Les gens me disent : “Enfin le troisième lien va se réaliser”. C’est un enjeu important», rapporte M. Lehouillier. Au moment de l’entrevue au Soleil, il n’avait pas encore parlé au premier ministre élu, François Legault, mais avait eu un entretien avec les élus caquistes François Paradis et Marc Picard.

«La vision que j’ai est qu’on va nettoyer le mandat du bureau de projet et se concentrer sur un élément qui est un nouveau lien à l’est. On va gagner un an et demi. La volonté est là au niveau de la CAQ [Coalition avenir Québec]», soutient M. Lehouillier, qui a confiance de voir le début d’une construction d’ici quatre ans.

Lors d’une éventuelle rencontre avec M. Legault, le maire tient aussi à discuter des problèmes de main-d’œuvre que rencontre la région. Il y a 7000 postes à combler dans Chaudière-Appalaches. Nous allons identifier les irritants dans le recrutement de la main-d’œuvre étrangère. On va lui dire ce qui accroche. Le système doit être moins complexe pour voir accès à des personnes compétentes.»

De plus, il dit toujours croire au tramway à Québec et à une interconnexion avec Lévis. Mais avant tout, il doit discuter avec le prochain gouvernement de la manière que sera intégrée cette interconnexion dans la perspective qu’un troisième lien reliera les deux rives.

Enfin, M. Lehouillier espère une «certaine équité» entre Montréal et Québec et les régions. «Oui, les gens veulent qu’on s’occupe de la métropole et de la capitale, mais ils veulent aussi qu’on s’occupe des régions. Quand il y a un bon leadership et de l’équité, ça améliore les relations entre les maires», conclut-il.  Jean-François Néron