Malgré toutes les étapes qu’il a parcourues, Sylvain Leblanc garde espoir de revoir un jour la couleur de son argent.
Malgré toutes les étapes qu’il a parcourues, Sylvain Leblanc garde espoir de revoir un jour la couleur de son argent.

Il se fait voler son identité et ne peut toucher sa PCU

Pierrick Pichette
Le Nouvelliste
Saint-Mathieu-du-Parc — Dans l’espoir de pallier la perte de revenus occasionnée par le confinement de la société, nombre de Canadiens ont recours à la prestation canadienne d’urgence (PCU) afin de subvenir à leurs besoins. Toutefois, cette aide étant relativement accessible, elle représentait une mine d’or pour les fraudeurs, qui n’avaient qu’à se munir des informations personnelles d’un citoyen pour encaisser ses versements.

À quelques détails près, c’est le cauchemar à travers lequel a dû passer Sylvain Leblanc lors des derniers mois. Ce Mathieusaintois de 39 ans gagne sa vie en tant que bûcheron à son compte. Lorsque la COVID-19 a frappé la province, son industrie se trouvait déjà dans un creux de vague annuel. Il comptait donc sur la PCU pour lui permettre de passer à travers cette période difficile en conservant une partie de ses revenus habituels.

«J’étais heureux de voir que le gouvernement avait rendu la PCU disponible pour les travailleurs autonomes. Au début, tout s’est bien passé. J’ai reçu les deux premiers versements, qui étaient rétroactifs pour les mois de mars et d’avril. Quand est venu le temps de recevoir le paiement suivant, j’ai remarqué que l’Agence de revenu du Canada (ARC) avait accumulé cinq ou six jours de retard, ce qui n’était pas habituel», a expliqué M. Leblanc.

Inquiet, l’homme est allé vérifier son dossier sur le site de l’ARC, pour se rendre compte qu’on lui avait usurpé son identité. Un fraudeur inscrit à la compagnie Peoples Trust, basée en Colombie-Britannique, avait vraisemblablement modifié ses coordonnées bancaires dans le dessein d’obtenir son versement du mois de mai et s’est ensuite éclipsé.

Sylvain Leblanc a ensuite communiqué avec l’ARC dans l’espoir de recevoir son dû et d’ultimement rétablir la situation. Cependant, comme la pandémie en était à son paroxysme à l’échelle provinciale, parler avec une personne qualifiée pour l’aider n’était, semble-t-il, pas chose facile.

«À ce moment, c’était extrêmement long avant de rejoindre quelqu’un. De plus, je devais le faire en m’occupant de mes enfants, qui étaient à la maison pendant que ma conjointe était au travail. Finalement, on m’a tout simplement répondu que je devais moi-même gérer cette affaire afin d’obtenir mon versement.»

Déterminé, l’homme est entré en contact avec l’entreprise Peoples Trust, mais n’a pas pu y obtenir de réponses à ses questionnements. Il a donc contacté la compagnie Équifax, qui avait le mandat de surveiller ses transactions bancaires depuis la fuite d’informations de Desjardins, mais celle-ci n’avait rien vu passer. Le désespoir se faisait alors sentir.

Des délais interminables

Ce n’est qu’après avoir appelé Desjardins, puis parlé avec une avocate de l’entreprise qui lui a conseillé de cogner à nouveau à la porte de Peoples Trust que le travailleur forestier a pu faire la lumière sur ce qui lui était arrivé.

«La deuxième fois, j’ai pu parler à quelqu’un d’un peu plus gentil chez Peoples Trust. Cette personne m’a confirmé que j’avais été fraudé. Je suis ensuite revenu vers les employés de l’ARC pour les mettre au courant de cette situation, puisque ceux-ci croyaient au départ qu’il ne s’agissait que d’une erreur. C’est à ce moment que le processus a été enclenché», a-t-il indiqué.

Malgré l’apparition de la lumière au bout du tunnel, Sylvain Leblanc n’était pas tiré d’affaire pour autant. D’interminables délais l’attendaient par la suite, le forçant à vivre pendant de nombreux jours sans revenu.

«Au début, ils m’ont dit que ça prendrait au moins 40 jours avant que je revoie la couleur de mon argent. J’ai donc paniqué, parce que ça signifiait que je devais passer encore tout ce temps sans salaire, je trouvais que c’était beaucoup trop long.»

Le député impliqué

Dans le désespoir, le résident de Saint-Mathieu-du-Parc est allé chercher de l’aide auprès du député du Bloc québécois de Berthier-Maskinongé, Yves Perron. Il a alors enfin pu crier victoire, lorsque l’attachée politique du député, Ingrid Haegeman, a accéléré considérablement le processus pour lui.

«Elle a pu se servir de ses lignes spéciales pour faire bouger les choses dans mon dossier. Elle m’a dit un peu plus tard que c’était pour se régler et que l’ARC allait m’appeler. C’est finalement le 10 juillet que j’ai constaté qu’un versement avait été effectué dans mon compte pour le mois de mai», a-t-il mentionné.

Questionnée sur les recours qu’elle a pu offrir à cet homme, Ingrid Haegeman assure d’ailleurs que les bureaux de députés bénéficient de lignes parlementaires afin d’obtenir des réponses plus rapidement que les citoyens.

«La plupart des gens réussissent à s’en sortir eux-mêmes et tout se passe à merveille. On les encourage donc à continuer de tenter de régler leurs problèmes avant de nous appeler pour ne pas engorger nos services. Toutefois, quand ça ne fonctionne pas, ils sont invités à nous contacter pour qu’on les aide. Quand un député trace un dossier, il ne tombe jamais entre les mailles du filet. Nous sommes là pour aider», a souligné l’attachée politique.

Rien de réglé pour juin et juillet

Celui qui avait vu son compte être suspendu au sein de l’organisme gouvernemental a pu célébrer quelque peu, mais s’est ensuite buté à de nouveaux défis lorsqu’est venu le temps d’obtenir ses versements de juin et de juillet.

«J’ai contacté à nouveau l’ARC, dont les employés se sont encore une fois montrés compréhensifs et sympathisants. J’ai fini par apprendre que ça pouvait prendre jusqu’à 30 jours avant que je puisse recevoir mes prochains versements. C’est à ce moment que je me suis tourné à nouveau vers le bureau du député Yves Perron», a fait savoir Sylvain Leblanc.

Enfin, l’homme de 39 ans n’avait toujours rien reçu à la fin du mois de juillet, plus de 50 jours après avoir constaté la fraude dont il avait été victime. Ingrid Haegeman affirme qu’il devrait avoir des nouvelles positives de l’agence au cours des dix prochains jours.

«Ça n’a pas de logique»

Sans grande surprise, M. Leblanc déplore l’injustice qu’il a subie ainsi que les multiples délais auxquels il a été confronté dans l’espoir de se sortir de ce cauchemar.

«Premièrement, je trouve ça très généreux du fédéral d’avoir accordé cette aide-là à la population. Cependant, je pense que ça n’aurait jamais dû être si long pour les personnes fraudées au Canada avant de voir leurs problèmes se régler. Est-ce que le gouvernement voulait qu’on retourne travailler? C’est un peu du gros n’importe quoi», croit-il.

«Moi, je suis chanceux, je suis jeune et relativement à l’aise avec les ordinateurs pour me sortir du trouble. Par contre, je crois que d’autres auraient pu abandonner devant cette impasse. C’est comme un combat que j’essaie de mener. Si c’était arrivé à mon père, je crois que le dénouement aurait pu être bien plus négatif», a déclaré Sylvain Leblanc.

Au pays, 713 cas de fraudes d’identité ont été rapportés entre le 6 mars et le 30 juin «lorsque des informations personnelles ont été utilisées pour demander la PCU». C’est du moins ce qu’affirme le Centre antifraude du Canada.

Ce dernier invite les citoyens victimes d’un vol d’identité à consulter le www.canada.ca/fr/agence-revenu/organisation/securite/protegez-vous-contre-fraude.html. Il est également possible d’obtenir de l’aide par téléphone auprès de Service Canada en composant le 1 866 274-6627 ou encore directement à l’ARC au 1 800 959-7383.