Le président et chef de la direction de SNC-Lavalin Ian Edwards

Ian Edwards confirmé dans ses fonctions de président chez SNC-Lavalin

MONTRÉAL — Malgré le retour au pouvoir du Parti libéral du Canada (PLC), SNC-Lavalin n'anticipe pas une entente à l'amiable qui permettrait à l'entreprise québécoise de se libérer des accusations criminelles qui pèsent sur elle.

«Nous continuons à nous préparer afin de nous défendre devant les tribunaux», a expliqué jeudi le président et chef de la direction de la firme d'ingénierie et de construction, Ian Edwards, qui a été confirmé dans ses fonctions sur une base permanente.

Il y est allé de ce commentaire au cours d'une conférence téléphonique visant à discuter des résultats du troisième trimestre, où SNC-Lavalin a livré des résultats qui ont dépassé les attentes des analystes, faisant bondir le cours de son action qui a pris 20,6 pour cent, ou 4,06 $, pour clôturer à 23,81 $.

Depuis sa nomination, en avril, le ministre de la Justice sortant David Lametti n'a jamais clairement écarté la possibilité qu'un accord de réparation puisse encore intervenir entre Ottawa et la multinationale, qui n'avait pas été invitée à négocier par le Service des poursuites pénales du Canada l'automne dernier.

Généralement, ces ententes prévoient l'abandon des accusations à l'endroit de la société fautive en échange notamment du paiement d'une amende salée et de nombreuses conditions à respecter.

«S'il y avait une façon de régler ce dossier d'une autre manière, nous serions ouverts, a dit M. Edwards, lorsqu'interrogé sur le sujet. Mais on ne s'y attend pas.»

La victoire des libéraux le 21 octobre avait stimulé le cours de l'action de la multinationale. Les investisseurs semblaient croire que le retour du PLC au pouvoir, même en situation minoritaire, signifiait qu'il y avait encore de l'espoir pour SNC-Lavalin de ne pas avoir à se défendre devant les tribunaux.

Des accusations criminelles de fraude et de corruption pèsent sur l'entreprise pour des gestes qui auraient été posés en Libye entre 2001 et 2018. Le dossier reviendra devant le tribunal le 18 décembre. Un verdict de culpabilité pourrait empêcher SNC-Lavalin de soumissionner sur des contrats fédéraux pour une période pouvant atteindre 10 ans.

Virage amorcé

Grâce à la vente partielle de sa participation dans l'autoroute à péage 407, dans la région de Toronto, le bénéfice net de l'entreprise a grimpé de façon marquée. Sur le bénéfice net de 2,76 milliards $ engrangé au troisième trimestre, environ 2,6 milliards $ provenaient des gains réalisés grâce à la 407.

À la même période l'an dernier, le profit net de SNC-Lavalin s'était établi à 120,7 millions $, ou 69 cents par action.

Les services d'ingénierie, sur lesquels mise la firme pour relancer ses activités, ont également joué un rôle important au troisième trimestre. Le carnet de commandes de ce segment a grimpé de 10 pour cent d'une année à l'autre, pour s'établir à 11,42 milliards $. Des nouveaux contrats totalisant environ 500 millions $ ont été signés pendant le trimestre. Les revenus ont progressé de 11 pour cent, à 1,58 milliard $.

M. Edwards, qui avait pris la relève de Neil Bruce en juin à la suite de son départ à la retraite, voulait rapidement déployer une stratégie visant à réduire les risques. SNC-Lavalin a notamment cessé de soumissionner sur des contrats à prix fixe, où les dépassements de coûts sont absorbés par l'entrepreneur, afin de se tourner davantage vers les services d'ingénierie, où les risques sont moins élevés.

«Il est encore tôt, mais les décisions prises en juillet se traduisent par des résultats et je suis satisfait de nos progrès», a dit M. Edwards.

La valeur des contrats clé en main, que SNC-Lavalin souhaite évacuer de son carnet de commandes d'ici la fin de 2021, était de 3,2 milliards $, comparativement à 3,4 milliards $ en date du 30 juin dernier.

Dans l'ensemble, les analystes ont salué la performance trimestrielle de la firme.

«Il y a des signaux clairs qui démontrent que le plan stratégique commence à prendre forme», a souligné Derek Spronck, de RBC Marchés des capitaux, dans une note envoyée par courriel à ses clients.

Principal actionnaire de l'entreprise avec une participation d'environ 20 pour cent, la Caisse de dépôt et placement du Québec, qui avait exigé des «actions décisives» en juillet dernier, a appuyé la nomination de M. Edwards.

«Depuis qu'il a pris la direction de la société il y a quelques mois, il a clairement mis l'accent sur les défis d'exécution, a indiqué par courriel un porte-parole de l'institution, Maxime Chagnon. C'est un bon point de départ pour le travail qu'il reste à faire.»

Les revenus de SNC-Lavalin ont été de 2,43 milliards $, en recul par rapport aux 2,56 milliards $ du troisième trimestre de l'an dernier. En excluant les éléments non récurrents, le bénéfice ajusté s'est établi à 218 millions $, ou 1,24 $ par action, par rapport à 168,4 millions $, ou 96 cents par action, il y a un an.

Cela a dépassé les attentes des analystes, qui anticipaient un profit par action ajusté de 26 cents, selon la firme de données financières Refinitiv.