Le nouveau président-directeur général d’Investissement Québec, Guy LeBlanc, à Montréal, jeudi

Guy LeBlanc confirmé comme nouveau patron chez Investissement Québec

MONTRÉAL — Parce qu'il a «beaucoup d'amis» et une vaste «expérience» dans le monde des affaires, le ministre de l'Économie, Pierre Fitzgibbon, estime qu'il ne faut pas s'étonner de ses relations d'affaires et amicales avec le nouveau président-directeur général d'Investissement Québec (IQ), Guy LeBlanc.

En conférence de presse, jeudi, à Montréal, le ministre Fitzgibbon a d’ailleurs dû répondre à de nombreuses questions entourant le choix de ce candidat - dont la rémunération pourrait s’approcher du million de dollars.

«Les chances que le nouveau pdg d’IQ soit une personne connue de ma part étaient très grandes compte tenu de l’expérience et de l’implication que j’ai dans le milieu des affaires», a-t-il dit, tout en répétant à plusieurs reprises qu’il avait «plusieurs amis».

Avant de faire le saut en politique l’an dernier, le sexagénaire a eu une longue carrière dans le domaine des affaires, où il a été partenaire au sein du fonds Walter Capital en plus de siéger sur plusieurs conseils d’administration.

Talonné à l’Assemblée nationale par les partis d’opposition, qui voyaient un caractère partisan à la nomination et qui ont dénoncé la bonification de la rémunération octroyée à M. LeBlanc et son équipe, le premier ministre François Legault a tenu le même discours que son ministre.

Si toutes les cibles de performance sont atteintes, M. LeBlanc, un comptable de profession, pourrait toucher une rémunération globale presque deux fois plus élevée que celle de son prédécesseur.

Dans l’opposition, la Coalition avenir Québec était souvent montée aux barricades pour dénoncer les nominations partisanes effectuées par les gouvernements libéral et péquiste précédents.

«Le ministre de l’Économie, j’ai eu juste des félicitations depuis son choix, parce qu’il connaît tout le monde ou à peu près dans le monde des affaires», s’est défendu M. Legault.

De longue date

MM. Fitzgibbon et LeBlanc se connaissent depuis longtemps, ayant étudié ensemble au HEC Montréal en plus de se côtoyer chez PricewaterhouseCoopers. Ils sont également partenaires d’affaires, le ministre ayant notamment investi dans l’entreprise en démarrage du fils de sa nouvelle recrue.

Le choix de M. LeBlanc - dont le leadership a été vanté à maintes reprises pendant la conférence de presse - a fait l’objet d’allégations selon lesquelles M. Fitzgibbon aurait outrepassé la recommandation de la firme de chasseurs de têtes retenue par Québec pour imposer son choix.

Interrogé à ce sujet, le ministre de l’Économie a rejeté cette hypothèse, estimant que le processus visant à identifier le candidat pour remplacer Pierre Gabriel Côté, nommé par le gouvernement libéral précédent en 2015 et dont le mandat se termine à la fin juillet, s’est déroulé dans les règles de l’art.

Cela n’a pas empêché M. Fitzgibbon de proposer sa propre liste de candidats. Plus de 12 candidats ont été identifiés au total.

«J’avais identifié sept, huit, dix noms, a-t-il raconté. J’ai dit «voici des noms, en avez-vous d’autres?». On a choisi une firme et eux aussi ont ajouté des noms. À la fin, il y avait effectivement deux candidats. Le critère ultime a été fait avec une grille d’évaluation, (où le critère) du leadership (était important), et à travers ce filtre, c’est Guy LeBlanc qui est ressorti.»

Il n’a pas été possible de savoir si le nom de celui qui était jusqu’à tout récemment associé chez PricewaterhouseCoopers était celui qui figurait en tête de liste de la firme de chasseurs de têtes.

En mêlée de presse au terme de l’annonce, la présidente du conseil d’administration d’IQ, Monique Leroux, a estimé qu’il était «normal» d’avoir des discussions sur le candidat à embaucher à la tête de l’organisme.

«Mais la recommandation du comité, du comité exécutif et du conseil a été unanime pour M. LeBlanc», a-t-elle estimé.

Selon le professeur à l’Université d’Ottawa et titulaire de la chaire Jarislowsky sur la gestion dans le secteur public Luc Bernier, la proximité entre MM. Fitzgibbon et Bernier peut s’avérer un avantage sur certains aspects.

Au cours d’un entretien téléphonique, il a expliqué que M. LeBlanc aura probablement les coudées franches pour parler au ministre de l’Économie.

«Par contre, si sa connaissance du ministre est son seul atout, nous sommes dans le trouble», a-t-il prévenu.

En hausse

Si on ignore toujours les détails de la refonte d’IQ, on sait toutefois que les conditions de rémunération de M. LeBlanc seront modifiées, ce qui lui permettra de toucher «pas loin» de 1 million $ si les résultats sont au rendez-vous, selon le ministre Fitzgibbon.

L’an dernier, M. Côté avait vu sa rémunération globale s’établir à 523 102 $ et il avait touché un salaire de base de 415 236 $.

Mais le salaire de base du nouveau dirigeant d’IQ devrait grimper, et ce dernier, ainsi que les membres de son équipe, auront également droit à des émoluments incitatifs à court et long terme dans l’espoir de stimuler la performance.

«La plus importante partie de la rémunération va être sur un cycle de trois ans, a dit M. Fitzgibbon. On veut que le développement économique soit au centre des actions. Pour mesurer ces gestes, il faut plus qu’un an.»

Au terme de l’exercice 2017-2018, IQ avait affiché un bénéfice net record de 264 millions $, ce qui était toutefois attribuable à un élément non récurrent - la vente de vieilles actions de Domtar. Le rendement ajusté des capitaux propres avait fléchi de 0,2 point de pourcentage, à 5,3 pour cent.

C’est surtout sur l’aspect de la rémunération que M. Bernier a réservé ses critiques.

«Avant de payer quelqu’un 1 million $ pour gérer IQ, il serait bien que les résultats soient au rendez-vous, a dit l’expert. La rentabilité d’IQ a toujours été faible et les résultats n’ont jamais été éblouissants.»

M. Bernier s’est également demandé s’il était normal que le nouveau patron puisse avoir une rémunération globale similaire à celle du président-directeur général d’Hydro-Québec, Éric Martel, qui a touché 826 148 $ en 2018. Avec Patrice Bergeron, La Presse canadienne

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CONFLITS D'INTÉRÊTS: LEGAULT VEUT ASSOUPLIR LES RÈGLES DU CODE D'ÉTHIQUE

Le premier ministre François Legault a dit jeudi vouloir changer les règles sur les conflits d’intérêts de ses ministres en précisant que la Commissaire à l’éthique et à la déontologie était d’accord, mais cette institution dément avoir une position sur cet enjeu.

L’opposition officielle soupçonne pour sa part le chef caquiste de vouloir assouplir le cadre actuel pour ne pas que ses ministres soient forcés de vendre rapidement à perte leur participation dans des entreprises.

Les règles actuelles du Code d’éthique donnent 60 jours à un ministre pour se départir de ses intérêts dans une entreprise ou les confier par exemple à une fiducie. Or M. Legault plaide que c’est trop court. Le chef caquiste veut plutôt s’assurer que ses amis ne perdent pas d’argent, soupçonne l’opposition.

À l’origine de ce débat: le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, qui a nommé jeudi son ami et partenaire d’affaires Guy LeBlanc à la tête d’Investissement Québec, le bras financier du gouvernement. Les deux étaient actionnaires et administrateurs d’une entreprise de protéines végétales et ont renoncé à leur poste et actions.

Il est difficile de vendre en 60 jours sa participation dans une entreprise qui n’est pas cotée en bourse, a laissé entendre M. Legault à la période de questions. Apparemment, M. Fitzgibbon n’a pas touché la cagnotte qu’il aurait souhaitée dans la vente.

«Souvent, la personne est obligée de faire des gros sacrifices sur le prix parce ce n’est pas facile de trouver des acheteurs qui vont payer le prix du marché. Donc, il va falloir se pencher sur ces règles, combien de temps on donne aux nouveaux députés ministres pour vendre des placements privés. Ça ne peut pas se faire instantanément.»

Le premier ministre estime que «la Commissaire à l’éthique est d’accord» pour revoir la loi, mais dans une entrevue téléphonique accordée à La Presse canadienne, la responsable des communications de l’organisme a émis des réserves.

«La commissaire ne commente pas le Code d’éthique, on le met en application, a déclaré sa porte-parole, Shirley Ann Sheridan. Ce ne sera pas entendu dans l’espace public.»

L’opposition officielle s’est offusquée de l’annonce des intentions de M. Legault, puisqu’il est usage de s’entendre avec tous les partis quand il s’agit de modifier les règles d’éthique des élus.

«C’est quoi la motivation première de M. Legault: ne pas avoir de conflits d’intérêts ou s’assurer que son ami personnel ne perde pas d’argent?» a demandé le député libéral Gaétan Barrette, dans une mêlée de presse.

«Là, on arrive et (le premier ministre dit): «Il faut changer les règles parce que mon chum a un problème avec ses investissements dans le secteur privé». Franchement, c’est n’importe quoi!»

Demande d’enquête

Le Parti québécois (PQ) a pour sa part demandé une enquête à la Commissaire à l’éthique concernant Pierre Fitzgibbon. Le PQ le soupçonne en effet d’avoir passé des instructions à l’administrateur de sa fiducie sans droit de regard - ce qui est interdit en vertu du Code d’éthique - pour vendre ses intérêts dans l’entreprise de protéines végétales .

«Le ministre a affirmé publiquement par le biais de son attaché de presse, que la vente des actions (...) a été réalisée à la demandé de M. Fitzgibbon», a écrit le député péquiste de René-Lévesque, Martin Ouellet, dans une lettre adressée à la Commissaire à l’éthique, Ariane Mignolet. Patrice Bergeron, La Presse canadienne