Le chef de l’opposition officielle, Pierre Arcand

Groupe Maurice: «incohérent», accuse Pierre Arcand

François Legault ne lève même pas le petit doigt pour sauver un groupe immobilier québécois de 2 milliards $ alors qu’il déchirait sa chemise dans l’opposition pour sauver les restaurants St-Hubert. C’est ce qu’a déploré le chef de l’opposition officielle, Pierre Arcand, dans une entrevue à La Presse canadienne mardi.

Il s’explique mal que M. Legault - qui se prétend grand défenseur des fleurons québécois - n’ait pas tenté d’aider l’important gestionnaire québécois de résidences pour aînés Le Groupe Maurice, vendu lundi à des intérêts américains.

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En entrevue dans son bureau de l’Assemblée nationale, M. Arcand n’a pas caché sa stupéfaction; il a accusé le premier ministre de ne pas comprendre le rôle d’Investissement Québec (IQ), le bras financier du gouvernement, de «nager en pleine improvisation» depuis huit mois et d’«ajuster» son discours au gré du vent.

Mardi, M. Legault a déclaré qu’il n’était pas intervenu dans la transaction parce que les résidences pour aînés ne consistent pas un «secteur stratégique» qui crée de la richesse.

«On a un chef de l’opposition officielle qui ne comprend même pas que d’investir dans un propriétaire de résidences pour personnes âgées, ce n’est pas stratégique, ça n’aide pas le développement économique du Québec. Pauvre Parti libéral», a-t-il nargué en Chambre.

C’est plutôt M. Legault qui ne comprend pas l’importance du Groupe Maurice, qui a des actifs de plus de 2 milliards $, rétorque M. Arcand. Sarcastique, il félicite le fonds immobilier américain Ventas d’avoir «flairé la bonne affaire» dans un secteur en pleine expansion, étant donné le vieillissement de la population.

Il s’attend notamment à ce que Ventas mette la main sur des «terrains importants» pour des projets de construction. «C’est drôle, les Américains ont l’air à trouver que ça va leur créer pas mal de richesse, a-t-il souligné en entrevue. (Luc Maurice) avait besoin de 600 millions $, IQ aurait pu lui passer 50, 100 millions $, crime! Ils ont un coffre d’un milliard dont ils ne savent pas quoi faire.»

Selon lui, la transaction Le Groupe Maurice/Ventas est «tombée entre deux chaises», un «vacuum» dû au fait que le Québec compte en ce moment un président sortant d’IQ et un nouveau président «pas encore tout à fait arrivé».

«Il y a deux pdg à Investissement Québec payés à gros prix. La protection des sièges sociaux, ça fait partie intégrante du mandat. Est-ce que ça va prendre un troisième pdg à Investissement Québec pour vous aider?» a lancé Pierre Arcand de son siège au Salon bleu.

Nationalisme économique?

Le chef intérimaire libéral a accordé une rare entrevue individuelle, mardi, alors que le ton monte à l’Assemblée nationale en cette fin de session parlementaire.

Il estime que François Legault a beaucoup changé depuis son arrivée au pouvoir, lui qui «déchirait sa chemise» pour tenter de sauver des fleurons québécois, tels que les quincailleries Rona et les restaurants St-Hubert BBQ. En 2016, St-Hubert a été vendu pour 537 millions $ à une entreprise ontarienne.


« Il y a deux pdg à Investissement Québec payés à gros prix. La protection des sièges sociaux, ça fait partie intégrante du mandat. Est-ce que ça va prendre un troisième pdg à Investissement Québec pour vous aider? »
Le chef de l’opposition officielle, Pierre Arcand

La stratégie de «nationalisme économique» du premier ministre, «je ne la comprends pas», a-t-il déclaré. «Quand ça fait son affaire, c’est des secteurs stratégiques, (...) il ajuste son raisonnement. (...) Il y a quelque chose de tout à fait incohérent.»

Par ailleurs, M. Arcand a dit s’inquiéter pour l’avenir du siège social du Groupe Maurice au Québec. Toutes les opérations comptables «risquent d’être centralisées à Chicago», d’après lui.

Il a cité les paroles de M. Legault, qui, dans un passé pas si lointain, s’inquiétait «qu’on en revienne là où on était il y a 50 ans, c’est-à-dire d’avoir seulement au Québec des succursales de compagnies de l’extérieur».

Le Groupe Maurice exploite 31 résidences où logent 10 000 aînés. L’entente prévoit que Ventas écrira un chèque de près de 2 milliards $ pour acquérir 85 % de la division immobilière du Groupe Maurice. De cette somme, 987 millions $ permettront de racheter les parts d’Ipso Facto. Luc Maurice conservera la majorité des 15 % restants.

Lundi, Le Groupe Maurice a précisé que ses opérations ne seront pas affectées par le changement de contrôle. De même, l’équipe de direction restera en place.

Le Groupe Maurice estime posséder près de 9 % des parts du marché des résidences pour aînés au Québec. M. Maurice a soutenu qu’il compte ouvrir de deux à quatre nouveaux complexes par année au cours des dix prochaines années sur l’axe Ottawa-Québec.

Ventas, pour sa part, possède plus de 1200 propriétés aux États-Unis, au Canada et au Royaume-Uni.