Les grutiers ont commencé une grève lundi dernier, dans l'ensemble des chantiers du Québec. Et la grève est illégale, puisque la convention collective qui lie les associations patronales et les organisations syndicales est en vigueur jusqu'en 2021.

Grève des grutiers: Couillard prévient qu'il y aura des conséquences

MONTRÉAL — Le premier ministre Philippe Couillard a prévenu vendredi «qu'il y aura des conséquences» et que son gouvernement «ne ferait pas de compromis» relativement à la grève illégale que mènent les grutiers depuis cinq jours.

«Ceux qui pensent que parce qu'il y a des élections qui s'en viennent, le gouvernement pourrait marchander une sorte de solution à l'écart des lois. Enlevez cette illusion de votre esprit», a déclaré le premier ministre en mêlée de presse à Québec.

Son ministre des Transports, André Fortin, avait annoncé plus tôt que le gouvernement enverrait une mise en demeure au syndicat des grutiers pour réclamer «tout dommage généré par leur grève illégale».

Le ministre Fortin juge «inacceptable» que les grutiers désertent leurs chantiers depuis une semaine. Les dommages liés aux retards sur les chantiers leur seront réclamés, a-t-il assuré.

Interrogé sur l'impact de la grève sur les travaux au pont Champlain, l'attaché de presse du ministre fédéral des Infrastructures, Amarjeet Sohi, a affirmé qu'il était encore «trop tôt» pour se prononcer. Dans une déclaration envoyée par courriel, Brook Simpson a assuré que le ministre suivait la situation de près avec son partenaire privé.

La vaste majorité des grutiers ont défié l'ordonnance du Tribunal administratif du travail, qui les a sommés de cesser leur grève illégale. Ils ne sont pas retournés sur les chantiers vendredi matin, selon la Commission de la construction du Québec (CCQ).

Le tribunal avait accueilli jeudi soir la demande d'ordonnance provisoire déposée par la CCQ pour faire cesser la grève. Selon la décision, l'urgence d'agir est justifiée, car «il apparaît évident que les chantiers de construction subissent des impacts importants en lien avec cet arrêt de travail».

Le syndicat n'a pas répondu à la demande d'entrevue de La Presse canadienne.

La CCQ et l'ACQ dénoncent la grève

Mélanie Malenfant, porte-parole de la CCQ, a dit qu'elle «comprenait très bien» la décision du gouvernement du Québec.

«Ça cause aussi des torts aux contribuables, parce que tous les retards sur les chantiers, ça va probablement occasionner des coûts qui sont importants pour le gouvernement», a-t-elle soutenu en entrevue téléphonique.

Guillaume Houle, porte-parole de l'Association de la construction du Québec (ACQ), a indiqué que son organisation invitait tout entrepreneur affecté par ces moyens de pression à déposer une plainte auprès de la CCQ et à aviser les autorités policières.

«C'est dommage, on aurait aimé que les syndicats participent davantage. On s'entend, la FTQ-Construction, l'Inter, ont envoyé des messages clairs aux grutiers de retourner au travail. Si les grutiers ne respectent pas les consignes du juge, de leur syndicat, il devraient faire face aux réprimandes appropriées», a-t-il affirmé.

Les grutiers ont commencé une grève lundi dernier, dans l'ensemble des chantiers du Québec. Et la grève est illégale, puisque la convention collective qui lie les associations patronales et les organisations syndicales est en vigueur jusqu'en 2021. Au chantier du nouveau pont Champlain, qui relie Montréal à la Rive-Sud, les moyens de pression avaient même débuté jeudi dernier.

Le litige prend sa source dans les changements qui ont été apportés à la formation des grutiers, le 14 mai dernier. Les grutiers, mécontents, allèguent que les changements apportés nuiront à leur propre sécurité et à celle du public.

Des recours aux grutiers

Selon l'avocat spécialisé en droit du travail Éric Thibaudeau, les travailleurs ont pourtant plusieurs recours devant eux pour faire valoir leur point de vue.

«Les syndicats ont déposé un recours en Cour supérieure pour faire déclarer illégal ou non conforme le règlement [sur la formation] qui a été adopté. Laissons les tribunaux faire leur travail au lieu de plutôt tenter une grève illégale», a-t-il expliqué en entrevue.

Me Thibaudeau suggère aussi que les grutiers pourraient exprimer leur «droit de refus» s'ils ressentent face à ce règlement un «danger réel» en vertu de la Loi sur la santé et la sécurité du travail — ce qui n'a pas encore été fait, selon le juriste.

Selon lui, il faudra surveiller attentivement ce qui se passera mardi.

«L'ordonnance a été rendue hier soir, assez tard. Demander à des dizaines, ou des centaines de revenir sur un chantier de construction rendu à cette heure-là pour le lendemain matin, c'est un petit peu difficile à organiser», a-t-il ajouté.

«Je pense qu'il ne faut pas nécessairement donner trop de poids à ce qui se passe aujourd'hui. Le véritable test sera mardi», a-t-il soutenu. Avec le congé férié de la Fête nationale, les grutiers doivent normalement retourner au travail mardi.

Pressions du syndicat

En milieu de soirée, jeudi, la FTQ-Construction avait relayé la décision du tribunal dans un communiqué de presse, dans lequel elle rappelait «aux salariés grutiers leur obligation d'offrir immédiatement leur prestation normale et habituelle de travail».

La centrale syndicale a réitéré cet appel, vendredi, tout en demandant au gouvernement du Québec de former un comité indépendant pour étudier le règlement lié à la formation.

«Ce nouveau règlement a été adopté par des parties intéressées. Cependant, pour étudier l'impact du nouveau règlement sur la sécurité, il faut un regard extérieur, d'où la demande au gouvernement de former un comité indépendant ou encore de confier ce mandat à un juge à la retraite», a-t-elle affirmé dans un communiqué transmis en fin d'après-midi.

«La FTQ, qui soutient les revendications des grutiers et grutières, demande à ces derniers et au syndicat de respecter l'ordonnance émise hier [jeudi] et de fournir leur prestation normale de travail», poursuit-elle.