Dans un geste destiné à exprimer leur colère devant le rationnement du propane causé par la grève au CN et les pertes qu’ils subissent, des agriculteurs ont éventré des poches de maïs devant le bureau de circonscription du premier ministre Justin Trudeau à Montréal, lundi.

Grève au CN: la pénurie de gaz de propane gonfle les agriculteurs

Exaspérés par le rationnement de propane provoqué par la grève des 3200 cheminots de la Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada (CN), quelques centaines d’agriculteurs se sont rendus au bureau montréalais du premier ministre Justin Trudeau, lundi, afin de critiquer l’approche de son gouvernement dans ce dossier.

Après une série de discours où Ottawa et le plus important transporteur ferroviaire au pays ont été la cible de critiques, le rassemblent a culminé par le déversement, devant l’entrée de l’édifice, de plusieurs dizaines de sacs de grains de maïs non séché afin d’illustrer les pertes provoquées par la situation actuelle.

«La grève du CN était prévisible, a lancé le président de l’Union des producteurs agricoles (UPA), Marcel Groleau. Le débrayage, le 19 novembre, n’était pas une surprise. Il aurait dû y avoir de la planification pour assurer que le propane soit disponible pendant au moins les premières semaines de la grève.»

Vendredi dernier, des agriculteurs s’étaient rendus avec leurs tracteurs au centre-ville de Montréal, à proximité des bureaux du CN, pour dénoncer les répercussions négatives de la grève, au moment où Ottawa continue d’inciter les deux parties à négocier.

Le propane est nécessaire pour de nombreux agriculteurs. Alors que les producteurs céréaliers ont besoin de ce gaz pour faire sécher leurs récoltes et vendre leurs grains, des éleveurs s’en servent pour chauffer, par exemple, des poulaillers.

En raison du conflit de travail, les livraisons ont plutôt été acheminées vers des établissements comme des hôpitaux et des résidences pour personnes âgées. Le CN dit ne fonctionner qu’à 10 pour cent de ses capacités.

En marche

Depuis le Complexe sportif Claude-Robillard, les manifestants étaient escortés lundi par un cortège d’une quinzaine de tracteurs. Tout au long du trajet, ils ont scandé des slogans comme «Sans propane, l’agriculture est en panne», tandis que d’autres brandissaient des affiches flanquées de déclarations comme «fermez pas le propane, on va tout perdre» et «sans propane, les récoltes vont à la poubelle».

«Dans les prochains jours, il y aura environ 1 million de poussins qui vont entrer en élevage pour nos futures poules pondeuses, a dit le producteur d’oeufs Gislain Houle, dans un discours à la fin du rassemblement. (Sans propane pour chauffer), c’est une question de vie ou de mort pour ces oiseaux-là.»

Pascal Leduc, un producteur de maïs et de lait situé à Mirabel, figurait parmi les manifestants. Sans propane, c’est la moitié de sa récolte qui est toujours dans les champs.

«Mon silo est plein, je n’ai jamais vécu une telle situation, a-t-il dit. J’ai été obligé de le faire refroidir pour faire geler les grains. J’espère ne pas tout perdre. On se croise aussi les doigts pour qu’il ne neige pas. Sinon, c’est le maïs dans le champ qui va écoper.»

Si tous ont pressé la Conférence ferroviaire de Teamsters Canada et le CN de s’entendre, les appels à une loi spéciale ont été peu entendus lors de la manifestation.

Pour le président des Producteurs de grains du Québec, Christian Overbeek, il était «planifiable d’assurer un meilleur approvisionnement de propane» puisque tout indiquait qu’un conflit de travail était sur le point d’être déclenché.

«C’est la même histoire à chaque année, a-t-il expliqué au cours d’un entretien. À chaque automne, il y a toujours une consommation importante de propane. Tout le monde le sait à l’avance qu’il y a d’importants besoins.»

D’autres répercussions

Il semble qu’aucun progrès substantiel n’a été réalisé à la table des négociations qui se poursuivent à Montréal sous les yeux des conciliateurs fédéraux. La convention collective des 3200 chefs et agents de train est échue depuis le 23 juillet.

En raison du débrayage, 70 personnes ont reçu un avis de licenciement temporaire au port de Halifax, selon le syndicat représentant le personnel du CN. De plus, lundi, 550 employés ont été mis à pied temporairement en Saskatchewan par le géant de la potasse Nutrien à cause de la grève qui paralyse le réseau du transporteur ferroviaire.

L’impact de la grève sur le produit intérieur brut pourrait atteindre 2,2 milliards $ si elle devait se prolonger jusqu’à la fin du mois et 3,1 milliards $ si elle se poursuit jusqu’au 5 décembre, a estimé l’économiste en chef de la Banque TD, Brian DePratto.