L’Australie a annoncé en avril qu’elle comptait contraindre Google, Facebook et d’autres géants du numérique à partager les recettes publicitaires provenant des contenus d’actualité repris par leurs sites.
L’Australie a annoncé en avril qu’elle comptait contraindre Google, Facebook et d’autres géants du numérique à partager les recettes publicitaires provenant des contenus d’actualité repris par leurs sites.

Google balaie la demande de dédommagements des médias australiens

SYDNEY — Google a opposé une fin de non-recevoir aux médias australiens lui demandant des centaines de millions de dollars de dédommagements du fait de la captation des recettes publicitaires, soutenant que l’essentiel de ces revenus n’était pas lié aux sites d’information.

La directrice générale en Australie du groupe californien, Mel Silva, a affirmé que Google engrangeait à peine dix millions de dollars australiens (9,23 millions $) de revenus publicitaires liés aux contenus d’information, soit une fraction de ce qu’avançait l’autorité australienne de la concurrence.

L’Australie a annoncé en avril qu’elle comptait contraindre Google, Facebook et d’autres géants du numérique à partager les recettes publicitaires provenant des contenus d’actualité repris par leurs sites.

Dans la foulée, la Commission australienne de la concurrence et de la consommation (ACCC) a estimé que Google et Facebook, ensemble, réalisaient environ six milliards de dollars australiens (5,54 milliards $) par an de revenus publicitaires en Australie.

Des groupes de presse de premier plan ont demandé aux deux géants du Net de reverser au moins 10 % de cette somme aux médias locaux, qui seraient selon eux privés de l’essentiel de leurs revenus publicitaires à cause des deux groupes.

Mme Silva a jugé ces chiffres totalement irréalistes.

«Nous sommes tous d’accord sur le fait que l’information de grande qualité a une grande valeur sociale. Mais il faut aussi prendre en compte l’économie», a-t-elle écrit dimanche sur un blog.

«Affirmations sans fondement»

Elle a affirmé qu’en 2019, Google n’avait engrangé que 10 millions de dollars australiens de recettes liées aux clics sur des publicités placées à côté de recherches liées à l’actualité.

«Le gros de nos revenus ne vient pas des recherches liées à l’actualité, mais des recherches à caractère commercial par exemple quand quelqu’un recherche des chaussures de course et clique sur une publicité», a-t-elle dit.

Mme Silva a également balayé l’argument de l’ACCC selon lequel les géants du Net tireraient des «bénéfices indirects» importants du fait de publier des contenus d’actualité parce que ceux-ci permettraient d’attirer les internautes.

L’information «ne représente qu’une toute petite minorité de requêtes» sur Google, en l’occurrence à peine 1 % des requêtes l’an passé en Australie sur Google Search, a affirmé Mme Silva.

Elle a par ailleurs rétorqué que son groupe, en revanche, contribuait à valoriser les sites australiens d’information en orientant vers eux nombre d’internautes.

«Très simplement, beaucoup de gens (d’Australie et au-delà) passent de Google vers les sites australiens d’information, ce qui permet aux médias de gagner de l’argent en leur montrant de la publicité ou en leur vendant des abonnements», a-t-elle dit.

Google Search, a-t-elle poursuivi, a été utilisé 3,4 milliards de fois en 2018 pour accéder à des sites d’information australiens, soit un service qui a rapporté 200 millions AUD à ces médias.

Cette position n’augure rien de bon pour les négociations que l’ACCC espère lancer entre  Google, Facebook et les médias australiens pour l’élaboration d’un «code de conduite» qui porterait à la fois sur le partage des revenus, la lutte contre la désinformation ou encore la protection de la vie privée.

Mme Silva a affirmé que son entreprise était prête à participer à ces discussions, mais qu’il était capital de «fonder les décisions sur des faits, pas sur des chiffres inexacts ou des affirmations sans fondement».

L’ACCC a jusqu’à la fin juillet pour élaborer ce «code de conduite».