Gilbert Rozon

Gilbert Rozon échoue dans sa tentative d'effacer «prédateur sexuel» et «viol»

La Cour supérieure inflige un revers sur toute la ligne à Gilbert Rozon, qui tentait de faire effacer certains mots et expressions — dont «prédateur sexuel» et «viol» — des allégations contenues dans la demande d'action collective intentée contre lui.

Dans une décision de 17 pages rendue mardi, le juge Donald Bisson a rejeté l'ensemble des modifications réclamées par Gilbert Rozon à la Demande d'autorisation déposée par le groupe Les Courageuses, représenté par la comédienne Patricia Tulasne.

Le groupe Les Courageuses a déposé, en novembre dernier, une Demande d'autorisation afin d'intenter une action collective visant à obtenir, pour «toutes les personnes agressées et/ou harcelées sexuellement par Gilbert Rozon», des dommages-intérêts compensatoires et des dommages-intérêts punitifs de la part du producteur.

Celui-ci avait répliqué, au début du mois de mars, par une demande en radiation d'allégations, soutenant que certains passages de la Demande d'autorisation étaient «calomnieux et diffamatoires à son égard en plus d'être non pertinents».

Il demandait ainsi au tribunal d'effacer de la requête, avant même qu'elle ne soit entendue, les termes «prédateur sexuel», «viol», ainsi que des références à des accusations de voies de fait et de séquestration à l'endroit d'une femme de 31 ans qui avaient été portées à son endroit en 1998.

Ces accusations avaient été retirées par la Couronne après qu'il eut plaidé coupable à une accusation d'agression sexuelle contre une jeune femme de 19 ans en 1998 et pour laquelle il avait reçu une absolution.

Il demandait aussi que soit retirée la référence à l'ouverture d'une enquête du Service de police de la Ville de Montréal à son endroit, en octobre 2017.

Le juge Bisson rappelle d'abord qu'au stade de l'autorisation, «la requérante [Les Courageuses] doit satisfaire un fardeau de démonstration et non de preuve».

Revers

En présentant ses arguments, Gilbert Rozon avait offert des définitions de ce qu'est un prédateur sexuel, définitions que le juge Bisson a eu tôt fait de retourner contre lui : «la Demande d'autorisation fait état d'agressions sexuelles répétées commises par M. Rozon sur des femmes de son entourage, dans son entourage, dans la sphère artistique, politique et sociale, avec une position de pouvoir et d'influence. Cela est un pattern, un modus operandi, une cible de victimes qui correspond aux définitions de prédateur sexuel suggérées par M. Rozon lui-même.»

Le magistrat a suivi exactement le même cheminement avec les définitions de «viol» présentées par M. Rozon : «Le Tribunal constate que la Demande d'autorisation contient de nombreuses références à de la violence et de la pénétration sexuelle» et, après avoir fait état de ces références, il conclut qu'«en suivant les définitions de M. Rozon, la Demande d'autorisation et les pièces sont suffisantes pour justifier l'emploi du mot viol

Par ailleurs, Gilbert Rozon cherchait à faire retirer les références aux accusations passées et retirées, ainsi qu'à l'enquête déclenchée par le SPVM en alléguant que ces questions relevaient d'une Cour criminelle et excédaient donc la juridiction de la Cour supérieure en matière civile, un argument que le juge a balayé du revers de la main, estimant que ces allégations «sont pertinentes».

Le magistrat est allé plus loin en rappelant que les démarches en Cour civile et en Cour criminelle ne s'excluent pas mutuellement : «Si la demanderesse prouve dans un procès au mérite que M. Rozon a violé plusieurs membres du groupe proposé, ces gestes contitueront alors autant de fautes entraînant la responsabilité civile de leur auteur, sans qu'il soit nécessaire que celui-ci ait été condamné au criminel pour ces actes».

Plus encore, le juge Bisson reproche à Gilbert Rozon des failles fondamentales dans son argumentaire : «Le raisonnement de M. Rozon est illogique puisqu'il ne demande pas la radiation des termes agression sexuelle apparaissant à de multiples reprises dans la Demande d'autorisation et pourtant inclus au Code criminel».

Si Gilbert Rozon s'estime victime de diffamation, le juge Bisson lui rappelle qu'il n'aura qu'à le faire valoir en temps et lieu : «Si la demande d'autorisation était rejetée, ou si l'action collective, si autorisée, était rejetée au mérite, alors à ce moment M. Rozon aurait peut-être une cause d'action en diffamation à l'endroit de la demanderesse».

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LE GRAND MONTRÉAL COMÉDIE FEST NOMME SA DG

Le nouveau festival d'humour, qui était né dans la foulée des allégations d'inconduite sexuelle contre l'ex-grand patron de Juste pour rire, sera dirigé par une femme.

Diane Arseneau, une gestionnaire spécialisée dans l'organisation d'événements, prendra les rênes du Grand Montréal comédie fest, qui présentera sa première édition cet été, du 1er au 15 juillet 2018.

Cette initiative avait été lancée en novembre dernier par un groupe d'humoristes qui avaient choisi de se dissocier du Groupe Juste pour rire après que l'ex-fondateur du festival, Gilbert Rozon, eut été visé par plusieurs allégations d'inconduite sexuelle.

Mme Arseneau, qui a une formation en droit et en gestion des affaires, fait ses premiers pas dans le domaine de l'humour. Par le passé, elle a travaillé chez Thomson Reuters, TC Media et au journal Les Affaires, où c'est elle qui a créé la division des conférences et des événements.

«C'est mon emploi de rêve, que j'ai eu. J'aime l'humour à titre de consommatrice d'humour et j'aime le processus de développement humoristique», a-t-elle expliqué en entrevue téléphonique, ajoutant qu'elle suivait des cours à l'École nationale de l'humour pour le plaisir.

Dans ce contexte, Mme Arseneau ne croit pas avoir été choisie uniquement parce qu'elle est une femme, mais selon elle, sa nomination est «sensée» par rapport à la démarche du festival, qui dit prôner l'égalité entre les sexes.

«Mais je ne suis pas vraiment là-dedans, moi. J'ai 22 ans d'expérience en gestion événementielle, je pense que mon CV parlait de lui-même», a-t-elle confié.

Le Grand Montréal comédie fest, un organisme sans but lucratif, a été mis sur pied notamment avec l'aide du Mouvement Desjardins. D'autres investisseurs ont signifié leur intérêt, selon Mme Arseneau, mais rien ne peut être annoncé pour l'instant.

Bien en selle pour cet été

Diane Arseneau, qui est arrivée en poste il y a seulement quelques jours, assure que le festival se déroulera comme prévu cet été, malgré l'échéancier serré.

«On est en plein dedans, on est dans le jus!» a-t-elle affirmé en éclatant de rire.

«Mais je dois vous dire que je suis agréablement surprise du travail qui a été fait en à peine quatre mois par un groupe de personnes qui était là à temps partiel.»

Le Grand Montréal comédie fest, ainsi que le festival Juste pour rire se chevaucheront cet été. Le Zoofest, qui appartient au Festival Juste pour rire, commencera ses représentations le 5 juillet, tandis que le festival lui-même doit commencer ses activités le 14 juillet.

Selon Diane Arseneau, le nouveau festival se distinguera par son offre de spectacles originaux et variés qui seront présentés partout dans la région de Montréal, et pas seulement sur l'île.

«On veut ramener l'événement, que ce soit effervescent», a-t-elle souligné.  

Vicky Fragasso-Marquis, La Presse canadienne