Gilles Lessard a perdu la vie à Larouche le 13 février dernier lorsqu’un train a percuté le tracteur de la municipalité qu’il conduisait.

Frappé par un train, Gilles Lessard est mort de façon accidentelle selon la coroner

Gilles Lessard, l’employé de Larouche qui a perdu la vie le 13 février dernier lorsqu’un train a percuté le tracteur de la municipalité qu’il conduisait, est mort de façon accidentelle, indique le rapport de la coroner. Un traumatisme crânien sévère a causé sa mort.

Me Francine Danais, coroner, a livré son rapport d’investigation final quant à la mort de l’homme de 59 ans. Une première version avait été livrée le 30 août 2019. Elle a été révisée en raison de certaines inexactitudes. Le fait que l’utilisation de la machinerie municipale à des fins personnelles est interdite par la municipalité a notamment été ajouté.

La coroner conclut que l’erreur humaine est à l’origine du drame et que plusieurs facteurs ont contribué à l’accident.

« La visibilité réduite et l’absence d’un horaire régulier pour le passage des trains devaient inciter à la prudence. Le bruit généré par le tracteur, le ventilateur de la chaufferette ainsi que le volume de la radio ont pu faire en sorte que M. Lessard n’ait pas entendu le train approcher. Enfin, l’absence du port de la ceinture a mené à son éjection et au traumatisme crânien qui s’en est suivi », rapporte la coroner dans son rapport.

La Commission des normes, de l’équité, de la santé et sécurité au travail (CNESST) a déterminé qu’il ne s’agissait pas d’un accident de travail. Le Bureau de la sécurité des transports (BST) n’a pas fait enquête.

Les circonstances de l’accident ont pu être établies, notamment grâce à l’enquête du Service de police de Saguenay. Le 13 février 2019, vers 15 h 15, Gilles Lessard, employé de la municipalité de Larouche affecté à l’entretien des rues, s’est rendu chez lui avec le tracteur de la municipalité pour des raisons personnelles. La voie ferrée du CN traverse son terrain. Il s’agit d’un passage à niveau privé. Ce jour-là, il faisait tempête et il y avait de la poudrerie. La visibilité était réduite.

Une locomotive de déneigement avait déblayé la voie ferrée environ une heure plus tôt, laissant un remblai dans l’entrée de M. Lessard. Alors qu’il déblayait le remblai et qu’il se trouvait à la hauteur du passage à niveau, un train est entré en collision avec l’arrière du tracteur de la municipalité, arrachant la souffleuse et l’essieu arrière qui sont demeurés coincés sous le train composé de deux locomotives et 35 wagons.

Celui-ci, qui circulait à une vitesse de 62,7km/h, s’est immobilisé environ 550 mètres plus loin. Sous la force de l’impact, M. Lessard n’étant pas attaché, a été éjecté du tracteur et sa tête a heurté la pelle avant de se retrouver au sol.

Des personnes sont arrivées sur les lieux à peine deux minutes plus tard. Elles ont contacté le 911, mais aucune manœuvre n’a été pratiquée. L’homme était visiblement mort. Les policiers et les ambulanciers arrivés ensuite sur les lieux en sont venus au même constat.

Un policier a constaté que la musique jouait à un niveau très élevé dans le tracteur. L’examen du tracteur révèle que les gyrophares n’étaient pas en fonction et que le ventilateur de la chaufferette était à la position maximum.

Le conducteur du train affirme avoir vu le tracteur quelques secondes avant l’impact et avoir immédiatement déclenché le système d’urgence. Il n’y a pas d’horaire précis pour le passage des trains. La réglementation n’oblige pas l’usage du klaxon aux passages à niveau privés et la vitesse du train était conforme à la réglementation en vigueur.

Il s’agit du troisième accident répertorié par le Bureau du coroner à survenir dans cette municipalité en 26 ans. L’erreur humaine est en cause dans les trois cas.

La coroner recommande à la municipalité de participer à la prochaine campagne de sensibilisation de l’organisme Opération Gareautrain portant le thème « Fini les voies tragiques » et de sensibiliser la population via son journal mensuel Le Rappel sur l’importance de respecter les règles de sécurité sur les passages à niveau.

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LE MAIRE DE LAROUCHE INSATISFAIT


Réjean Bédard, maire de Larouche, est insatisfait du rapport de la coroner. Il estime que les recommandations ne vont pas assez loin et que certains éléments auraient dû être pointés du doigt. 

Le maire a reçu une première version du rapport de la coroner Danais en août. Il a demandé quelques ajouts, ce qui fait en sorte que la version finale vient à peine d’être livrée. 

« On a fait ajouter le fait qu’il est interdit d’utiliser la machinerie de la municipalité à des fins personnelles. Je ne sais pas pourquoi ce n’était pas indiqué. Le code d’éthique est clair », affirme-t-il d’emblée. 

Le jour du drame, Gilles Lessard, employé affecté à l’entretien des rues de la municipalité, a fait fi du règlement. « C’est une petite “incartade”. L’employé déneigeait l’entrée du garage municipal. Sa résidence était située juste en face et son tracteur personnel était brisé. Il a décidé d’aller déneiger le remblai », explique le maire, qui convient toutefois qu’il ne s’agissait pas d’une première offense en la matière. « Il avait déjà été averti pour la même chose l’année précédente, mais il ne l’avait pas refait », assure-t-il. 

Le maire de la municipalité aurait aimé que la coroner se déplace dans sa municipalité pour tirer des conclusions. Il déplore le fait que la vitesse du train n’ait pas été pointée du doigt. « Lors de tempêtes, je sais que le conducteur du train ne voit rien, mais les gens autour, eux, peuvent réagir s’ils le voient arriver. On demande aux gens de réduire leur vitesse sur la route lors de tempêtes. Quand la visibilité est réduite, ça devrait être la même chose pour le train. Même si la vitesse respecte les règles, elle est excessive compte tenu du mauvais temps. J’aurais souhaité des recommandations en ce sens. »

Il estime également que la coroner fait preuve de méconnaissance lorsqu’elle met en cause le volume de la radio dans le tracteur. « La coroner semble mettre beaucoup d’emphase sur le fait que la musique était forte. Ça démontre une méconnaissance du type de véhicule. La cabine est complètement isolée. Peu importe s’il y a de la musique, on n’entend rien. »

Finalement, il juge que la recommandation du coroner qui propose de mettre en place des campagnes de sensibilisation aux dangers destinées aux citoyens ne va pas assez loin. « Je ne suis pas sûr que ça va changer grand-chose », affirme celui qui milite pour faire réduire la vitesse des trains qui passent dans sa municipalité. Il avait d’ailleurs déjà affirmé dans les pages du Quotidien qu’il souhaiterait faire front commun avec les maires des villes et villages du Saguenay-Lac-Saint-Jean traversés par des voies ferrées pour faire changer les choses. 

Le lendemain de la tragédie, les voisins de la victime questionnaient eux aussi la vitesse à laquelle les trains circulent dans la municipalité.