Frappé au visage avec un os à soupe

Tanné de voir le concierge de la Villa des Sables faire le ménage de son logement et toucher à ses affaires, Jean-Rock Boivin, un homme de 80 ans, a décidé de régler lui-même le problème en assénant un coup d’os à soupe au visage de la victime.

Au printemps dernier, les choses ont dégénéré dans une chambre de la résidence pour personnes âgées de la rue Saint-Dominique, à Jonquière.

L’octogénaire a été accusé au départ de voies de fait armées, de voies de fait causant des lésions et de menaces. Il a plaidé coupable à des voies de fait causant des lésions corporelles devant le juge Jean Hudon, de la Cour du Québec.

Mardi matin, Me Sébastien Vallée, du bureau du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), et Me Charles Cantin, en défense, ont soumis une suggestion commune pour un sursis de sentence de 12 mois, accompagnée d’une probation de 12 mois et d’une interdiction ferme d’entrer en contact avec la victime, de se trouver à son domicile ou à son lieu de travail. Il devra aussi faire un don de 150 $ à la Fabrique Saint-Dominique de Jonquière même si ses moyens financiers sont plutôt limités.

« Vous ne pouvez même pas vous retrouver en présence de la victime lorsque vous allez chercher votre amie de coeur à la Villa (endroit que l’accusé n’habite plus) », a précisé le juge Hudon.

Sa justice
Jusqu’au 26 mars 2018, l’accusé était un homme sans histoire. Il a passé les 80 premières années de sa vie à faire ce qu’il avait à faire, sans jamais attirer l’attention.

Mais lors de cette journée printanière, l’accusé a démontré des signes d’impatience devant l’insistance de la victime, qui agissait comme concierge de l’immeuble, à vouloir faire le ménage de son logement.

« Au procès, mon client a précisé qu’il avait avisé souvent le concierge de ne pas faire le ménage et surtout de ne pas toucher à ses affaires. Cette journée-là, il lui a encore dit. C’est là que la victime aurait poussé mon client et l’a frappé à l’épaule », raconte Me Cantin.

« M. Boivin est allé à la cuisine, a sorti un sac d’os à soupe, en a pris un et a asséné un solide coup au visage de la victime. Celle-ci est tombée au sol », a ajouté le criminaliste.

La victime a subi une légère commotion cérébrale, a eu des contusions au visage, une céphalée, a été trois mois sans travailler et a eu une entorse cervicale sévère. Un de ses yeux a été atteint et il craint les séquelles. Son moral a aussi été affecté.

« La victime dit craindre l’accusé et ne veut surtout pas le revoir », a précisé Me Vallée, de la Couronne.

Au moment du plaidoyer de culpabilité, le juge Hudon a alors demandé à l’accusé s’il avait des regrets et si un tel événement pourrait se reproduire.

La réponse a été claire et n’a guère été appréciée par le magistrat.

« Il m’a cherché et il m’a trouvé. Il avait juste à ne pas me frapper. Il m’a donné un coup sur l’épaule et je l’ai ‘‘sluggé’’ », a déclaré l’accusé.

« Et si c’était à refaire, probablement que je recommencerais », a-t-il dit.

Le juge Hudon n’a pas vraiment aimé ses propos et a laissé voir que l’on ne pouvait se faire justice soi-même.

« J’ai été 80 ans sans vous voir au palais de justice et j’espère bien ne pas vous revoir. Je ne dirai pas encore pour 80 ans, mais je souhaite que ce soit la dernière fois. Vous avez un sursis, mais si vous faites quelque chose d’incorrect, vous allez revenir et il se pourrait que la conclusion ne soit pas la même », a conclu le juge.