Francine Ruel raconte son histoire et celle de son fils qui vit dans la rue dans Anna et l’enfant-vieillard.

Francine Ruel: l’impuissance d’une mère

Après avoir écrit quatre livres sur le bonheur, Francine Ruel avait envie d’un virage à 180 degrés. Une idée lui est soudainement apparue, comme ça, naturellement, au moment où elle ne s’y attendait pas. Après avoir évité d’en révéler ne serait-ce qu’une seule parcelle pendant des décennies, elle allait raconter son histoire, celle de son fils unique, qui vit dans la rue.

Francine Ruel est une habituée du salon régional. Ses lecteurs lui sont fidèles. Malgré tout, cette année, elle avait peur de les perdre. « J’ai pris un virage à 180 degrés que j’ai moi-même initié. J’ai écrit quatre livres sur le bonheur. Ce nouveau roman, c’est autre chose, en raison de l’histoire, mais aussi à travers la langue et le style, explique-t-elle. C’est l’histoire de l’impuissance d’une mère et de la peur de son fils. »

Francine Ruel raconte son histoire et celle de son fils qui vit dans la rue dans Anna et l’enfant-vieillard.

Anna et l’enfant-vieillard est sorti en septembre. Le livre s’amorce sur des mots lourds de sens.

« J’ai besoin de faire le deuil d’un enfant vivant. Et je ne sais pas comment faire », affirme Anna.

Francine Ruel raconte son histoire et celle de son fils qui vit dans la rue dans Anna et l’enfant-vieillard.

Anna, c’est Francine Ruel, ou presque. L’enfant-vieillard, c’est son garçon, un homme de 44 ans qui, dit-elle, a toujours des pensées de jeune adolescent. Ce livre, c’est leur histoire, racontée à travers des personnages.

« Je n’avais jamais parlé de ça avant. Quand notre enfant se drogue et qu’il vit dans la rue, on ne parle pas de ça. Un jour, lors d’une conférence dans une bibliothèque, j’ai ‘‘choké’’. Une dame m’a dit que mon fils devait être bien heureux d’avoir vécu de beaux voyages, une belle vie avec moi. Je lui ai répondu tout bonnement : ‘‘Pas tellement. Il vit dans la rue.’’ Ensuite, j’ai réalisé que je l’avais dit et que c’était simple de le dire. Et c’est là que je me suis dit que ça devait être le sujet de mon prochain livre. »

Son livre contient des images fortes. Il y a l’enfant-escargot, qui porte sa vie sur son dos, et la maman couturière.

« Elle est habile pour faire et défaire. Elle se demande pourquoi elle qui a tant de talent pour réparer ne peut réparer une partie de la vie de son fils. »

Le fils de Francine Ruel a eu un très grave accident à l’âge de 18 ans. Il a été victime d’une balle perdue, à Montréal. Il n’a jamais été le même ensuite.

Pendant des décennies, elle l’a tenu à bout de bras, espérant qu’il pourrait un jour atteindre un équilibre. Elle n’ose même pas évoquer le mot bonheur.

« Il a lutté pendant des années. Ç’a été une longue descente aux enfers. »

L’auteure et comédienne n’a pas vu son fils depuis six mois. Il ne répond pas à ses appels. « Il ne doit pas avoir d’argent pour mettre des minutes dans son cellulaire », suppose-t-elle.

Elle aurait voulu lui dire qu’elle avait écrit un livre sur son histoire. « Il ne le saura pas tant que quelqu’un ne lui mettra pas dans les mains. J’aurais aimé être cette personne. J’ai écrit ce livre-là pour lui montrer à quel point c’était un enfant formidable et qu’il y a moyen d’y revenir. Il n’est pas méchant, il est malheureux », affirme-t-elle, le regard embué.

Depuis la sortie de son livre, en septembre, la comédienne et auteure reçoit nombre de témoignages. À Saguenay, elle vit son premier salon du livre. « C’est énorme. Les gens veulent me prendre dans leurs bras. C’est plus fatigant émotivement comme expérience, mais quand les gens me disent merci... »

Francine Ruel sera au Salon du livre pour rencontrer les lecteurs samedi de 10 h à 11 h 30 et de 19 h à 20 h 30, ainsi que dimanche de 11 h 30 à 13 h. Dimanche soir, le public pourra l’entendre parler de son histoire à Tout le monde en parle à Radio-Canada.