Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, croit qu’il y a eu des failles dans le dossier de la fillette morte à Granby et demandera une enquête si nécessaire.

Fillette morte à Granby: le ministre Carmant confirme qu’elle était connue de la DPJ

La fillette morte à Granby était connue de la DPJ depuis son tout jeune âge, a confirmé le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant. Outré, il a demandé une enquête mercredi à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPJ), qui a aussitôt accepté.

La CDPJ a confirmé mercredi après-midi qu’au terme de son enquête, elle formulera des recommandations.

«Il y a clairement eu des failles», a tranché le ministre Carmant au sujet de ce drame, qui soulève des questions sur le fonctionnement de la DPJ.

Il n’a pas voulu révéler les détails de la situation de la petite fille de sept ans, mais a néanmoins révélé qu’elle avait fait l’objet d’une intervention fort récemment, après un signalement en avril.

La DPJ de l’Estrie se démène actuellement avec une liste d’attente de quelque 400 dossiers.

La fillette avait été retrouvée lundi dans une résidence privée de Granby, en Montérégie, et avait été transportée à l’hôpital dans un état critique. La Sûreté du Québec a annoncé son décès en fin de journée, mardi.

Deux arrestations

Deux personnes — le père de la fillette et sa conjointe — ont été arrêtées mardi matin. L’homme de 30 ans et la femme de 35 ans ont comparu plus tard dans la journée.

L’homme fait face à une accusation de séquestration, qui serait survenue le 29 avril dernier. La dame est elle aussi accusée de séquestration, mais également de voies de fait graves. À la lumière du décès de la fillette, d’autres accusations pourraient être ajoutées.

L’identité des accusés et de la jeune victime est protégée par un interdit de publication.

Situation troublante

«Je ne comprends pas comment un enfant qui a été retiré de l’école et dont les grands-parents ont tenté de se mêler à la situation n’a pas été pris en charge par le système, par le réseau. S’il le faut, on demandera une enquête», a déclaré le ministre Carmant à la sortie du conseil des ministres, mercredi matin, ajoutant avoir demandé aux autorités un état de la situation, afin d’avoir un portrait clair de ce qui s’est passé.

M. Carmant a indiqué qu’il fallait voir si la prise en charge par la protection de la jeunesse s’est faite dans les règles de l’art.

«Il faut vérifier ce qui s’est passé dans cette situation-là et il faut corriger le tir pour la DPJ [Direction de la protection de la jeunesse] de l’Estrie comme pour toutes les DPJ du Québec en ce moment», a-t-il ajouté.

Le ministre a donc demandé au CIUSSS (Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux) de l’Estrie — dont relève la DPJ régionale — une analyse détaillée de ce qui s’est passé, pour savoir ce qui aurait pu être fait dans son cas, et aussi, afin que pareille tragédie ne se reproduise pas, avec une autre victime. C’est la qualité de l’intervention auprès de la fillette qui sera scrutée.

Le directeur de la Protection de la jeunesse en Estrie, Alain Trudel, s’est dit triste et ébranlé par ce qui a été diffusé au sujet de l’enfant.

«Il s’agit d’un événement troublant qui nous touche tous comme société», a-t-il déclaré en conférence de presse, mercredi.


« Il faut vérifier ce qui s’est passé dans cette situation-là et il faut corriger le tir pour la DPJ de l’Estrie comme pour toutes les DPJ du Québec »
Lionel Carmant, ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux

Disant comprendre les émotions qu’un tel décès peut faire ressortir, M. Trudel demande aux citoyens de respecter le personnel de la DPJ, qui se fait insulter depuis.

L’ensemble de nos intervenants «ont tous les enfants tatoués sur le cœur», a-t-il insisté.

La porte-parole du Parti libéral en matière de services sociaux, Hélène David, salue les initiatives entreprises par le ministre Carmant.

Elle insiste que le rapport demandé au CIUSSS doit être confectionné rapidement, et demande que ses conclusions soient rendues publiques.

De façon plus générale, elle juge qu’une réflexion doit être entreprise sur le fonctionnement de la DPJ. Il manque de personnel, dit-elle, et les employés en place sont épuisés.

Le ministre Carmant a aussi révélé un chiffre troublant en point de presse mercredi après-midi : il y a eu plus de 100 000 signalements à la DPJ au Québec cette année. «C’est 20 000 de plus que le nombre de naissances», a-t-il dit.