Carole Ménard et son frère Pierre déplorent que leur mère soit déracinée de sa résidence, sans préavis.
Carole Ménard et son frère Pierre déplorent que leur mère soit déracinée de sa résidence, sans préavis.

Fermeture d’une aile à la Résidence St-Charles: «C’est de l’improvisation»

Jean-François Guillet
Jean-François Guillet
La Voix de l'Est
La pénurie de personnel dans le réseau de la santé, jumelée à la période estivale des vacances, fait monter la pression dans plusieurs établissements pour aînés. C’est le cas à la Résidence St-Charles, à Granby, où les dirigeants doivent fermer d’urgence une unité, faute d’effectifs. Or, des personnes âgées en perte d’autonomie seront redirigées dès mardi dans un établissement à Sherbrooke, d’ici à ce qu’une place se libère en CHSLD. Une situation que déplore la famille d’une des résidentes touchées.

Carole Ménard a travaillé durant des années dans le réseau de la santé, notamment en CLSC. Elle dit en avoir vu «de toutes les couleurs» durant sa carrière. Elle est néanmoins restée estomaquée lorsqu’on lui a annoncé, vendredi dernier, que sa mère allait être transférée «en catastrophe» à Sherbrooke moins de quatre jours plus tard.

«On m’a dit qu’il manque tellement de personnel dans l’unité où est ma mère à la Résidence St-Charles qu’on doit la fermer. Non seulement, elle doit partir vite, mais en plus, elle ira à Sherbrooke, alors que toute la famille est à Granby. On ne peut presque rien nous donner comme information. Vraiment, c’est déplorable», a-t-elle confié.

En fait, l’aile en question est dans la portion «ressource intermédiaire» de l’établissement qui comprend des places subventionnées, donc liées au réseau public. On y héberge une douzaine de résidents, principalement des personnes âgées ayant des problèmes cognitifs. La mère de Mme Ménard, Lucille Gagnon, est du nombre.

Inconnu

Carole Ménard n’en revient pas que sa mère soit déracinée de sa résidence, sans préavis. Elle estime que les répercussions néfastes sur la santé de sa mère, une dame de 87 ans, seront «énormes».

«Quand une personne a des problèmes cognitifs, tu essaies de garder un environnement sécurisant autour d’elle. Chaque semaine, elle avait de la visite, a-t-elle souligné. Des gens qu’elle reconnaît, avec qui elle interagit. Mais à Sherbrooke, à quoi ressemblera son quotidien?»

Outre le confinement obligatoire de leur mère durant 14 jours, dès son arrivée au centre sherbrookois, c’est également l’inconnu quant aux délais pour avoir une nouvelle place en centre d’hébergement.

«Personne ne peut nous dire combien de temps notre mère restera dans la ressource temporaire. On nous a dit il y quelque temps qu’il y a 6 à 12 mois d’attente pour une place en CHSLD à Granby. On est donc dans le néant», a clamé Mme Ménard, qui représente également son frère Pierre et sa soeur Diane dans le dossier.

Jamais une telle situation ne devrait survenir, «dans le réseau de la santé ou ailleurs», a-t-elle renchéri. «Tout s’est fait à la dernière minute, a-t-elle fait valoir. Ce n’est pas orchestré, organisé. C’est de l’improvisation pure et dure, comme on le voit trop souvent.»

À peine quelques minutes après la demande d’entrevue auprès du CIUSSS de l’Estrie, lundi, la famille a eu de nouvelles informations de la part de l’organisation. «Je viens juste d’apprendre qu’on aura jusqu’à mercredi pour vider les effets personnels de notre mère, a dit Carole Ménard. Une belle surprise.»

La directrice du programme SAPA au CIUSSS de l’Estrie, Sylvie Moreault.

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La directrice du programme soutien à l’autonomie des personnes âgées (SAPA) au CIUSSS de l’Estrie, Sylvie Moreault, a confirmé la précarité de la situation à la Résidence St-Charles.

«En date du 6 août, l’exploitant de la ressource nous a interpellés en raison d’une difficulté temporaire à avoir du personnel et à maintenir les services sécuritaires dans la portion ressource intermédiaire», a-t-elle indiqué.

Le manque de main-d’oeuvre touche principalement les préposés aux bénéficiaires travaillant sur les quarts de soir et de nuit, a mentionné la représentante du CIUSSS. L’équipe de la Résidence a refusé de commenter le dossier.

Une rencontre a donc eu lieu vendredi dernier pour dénouer l’impasse. Selon Mme Moreault, les dirigeants de la Résidence avaient au préalable fait plusieurs démarches pour trouver du personnel, notamment auprès d’agences, en vain.

De son côté, le CIUSSS a pu envoyer le personnel nécessaire pour maintenir «six à sept usagers» à Granby. En ce qui concerne les autres, qui «présentent des profils de résidents en CHSLD, la stratégie la plus gagnante est de les transférer vers le SNT (site non traditionnel) de Sherbrooke», a fait valoir la directrice SAPA.

Il s’agit d’une ressource transitoire qui accueille la plupart des personnes en attente de places en CHSLD en Estrie. à leur arrivée, les résidents sont placés en isolement durant 14 jours, a confirmé Mme Moreault. Les visites sont toutefois permises «une personne à la fois».

En ce qui concerne les délais pour un transfert de l’établissement de Sherbrooke vers un centre d’hébergement, la représentante du CIUSSS s’est faite rassurante. «C’est clair que ce n’est pas une question de jours, a-t-elle dit. [...] Mais, tous ceux qui sont passés par le SNT jusqu’ici ont été relocalisés [en CHSLD] en dedans de 18 à 20 jours maximum.»