La Dre Monia Lachance, anesthésiologiste au CIUSSS de l'Estrie-CHUS (à droite) a les yeux rivés sur les moniteurs et sur son appareil d'anesthésie pendant la chirurgie subie par la patiente Manon Bisson.

L’art de l’anesthésie dans une chirurgie éveillée du cerveau

L’éveil d’un patient pendant une chirurgie au cerveau soulève son lot de défis pour l’anesthésiologiste qui devra assurer un niveau de confort adéquat pour le patient pendant toute la durée de l’intervention. Pas question que le patient souffre alors que le chirurgien découpe un volet osseux dans sa boîte crânienne!

« Un aspect important de la craniotomie éveillée est la préparation du patient par l’équipe multidisciplinaire. La communication entre les différents intervenants avant et pendant la chirurgie est décisive », soutient l’anesthésiologiste Monia Lachance, qui a tenu ce rôle important durant la chirurgie de Manon Bisson.

Ce type de chirurgie est maintenant facilité par l’arrivée sur le marché de nouvelles molécules qui permettent d’amener le patient sous sédation plus profonde sans toutefois qu’il ne perde sa respiration spontanée.

« Les chirurgies éveillées sont un type d’intervention qu’on fait de plus en plus, surtout chez les patients plus jeunes, pour tous les avantages qu’il y a pour préserver certaines de leurs fonctions importantes. Par contre, au niveau de l’anesthésie, il n’y a pas encore de consensus reconnu pour la meilleure approche anesthésique d’une craniotomie éveillée parce que les agents anesthésiques à utiliser varieront selon le chirurgien, la pathologie, la durée de la chirurgie, et bien sûr, les facteurs liés au patient comme ses autres pathologies et comorbidités, sa coopération et sa fatigue », explique Dre Lachance, qui est anesthésiologiste au CIUSSS de l’Estrie-CHUS et professeure à l’Université de Sherbrooke.

Comme c’est le cas lors d’une chirurgie sous anesthésie générale, une dizaine de médicaments sont administrés à un patient éveillé placé sous une sédation variant de légère à profonde selon les moments.

« Quand le chirurgien utilise la perceuse pour faire les trous de trépan par exemple, l’éveil du patient n’est pas nécessaire. Avec le dosage des médicaments, on peut l’amener dans un moment de bien-être avec un approfondissement de son niveau de sédation », cite en exemple Dre Lachance.


« Certains patients veulent être réveillés pour les bienfaits de la chirurgie, mais ils ne tiennent pas à s’en rappeler après l’opération. On peut même jouer sur l’amnésie »
Dre Monia Lachance, anesthésiologiste

Certains médicaments administrés sont à longue action. D’autres agissent très rapidement, selon ce qui se passe pendant la chirurgie, le niveau de confort du patient et les demandes du chirurgien.

La Tribune a d’ailleurs pu observer les changements rapides survenir durant la chirurgie.

« Le but et le challenge de la technique anesthésique sont de varier les niveaux de sédation tout en maintenant une ventilation spontanée. Si la sédation n’est pas titrée de façon appropriée, il y a un risque d’obstruction des voies respiratoires. À l’inverse, un patient qui ne reçoit pas un niveau adéquat de sédation sera inconfortable et particulièrement anxieux », ajoute-t-elle.

Parmi les nombreux paramètres qui peuvent être contrôlés par les médicaments de l’anesthésie, il y a aussi... la mémoire.

« Certains patients veulent être réveillés pour les bienfaits de la chirurgie, mais ils ne tiennent pas à s’en rappeler après l’opération. On peut même jouer sur l’amnésie à l'aide de nos médicaments », souligne Dre Lachance en précisant que c’était plutôt tout le contraire dans le cas de la patiente Manon Bisson. 

Peu importe ce qui aurait pu se passer en salle d’opération, Dre Lachance, son résident et l’inhalothérapeute de son équipe étaient prêts à faire face à toutes les éventualités.

« L’anesthésiologie est une médecine d’anticipation. Tout était prêt, quoi qu’il arrive : des convulsions, un saignement important... Nous aurions pu agir », précise-t-elle.

Manon Bisson a quitté la salle d’opération en disant que « ça allait bien ». « Quand j’ai entendu ça, moi, je me suis dit "mission accomplie" », conclut Dre Lachance.